Le jour où « nous avons contribué à libérer Mossoul de Daech »
Analyste Irak à la Direction du renseignement militaire (DRM), François1 a participé, entre octobre 2016 et juillet 2017, à la reconquête de Mossoul, alors capitale de l’État islamique autoproclamé en Irak. Une bataille intense de près de neuf mois.
Cet article est tiré d’Esprit Défense n°12.
Quel a été le rôle de la DRM dans la bataille de Mossoul ?
François : Évaluer la capacité militaire et l’environnement de Daech dans toute la zone. Le renseignement que nous avons recueilli à travers de nombreux « capteurs » nous a permis d’éclairer la prise de décision des autorités politiques et militaires. Ce renseignement a évidemment été transmis à nos forces armées (forces spéciales et conventionnelles) afin de leur permettre de mener des opérations avec la meilleure compréhension possible de la menace de Daech.
Comment prépare-t-on une telle opération à la DRM ?
En octobre 2016, à Paris, la DRM réunit dans une même pièce une « équipe Mossoul ». Elle rassemble des analystes spécialistes de l’Irak, des interprètes images chargés de décrypter les images recueillies par nos satellites, nos avions ou nos drones, des cartographes, des spécialistes de la recherche en source ouverte et des cibleurs2. Des experts en armement et en lutte antiterroriste contribuent aussi à la mission. Au sein de la coalition, le renseignement circule beaucoup, mais l’une de nos priorités, à la DRM, est de recueillir notre propre renseignement pour être en mesure d’analyser la bataille et son environnement de manière autonome et souveraine.
Comment se déroule l’opération ?
La périphérie de Mossoul se compose essentiellement de grands axes sur lesquels nous avons une bonne visibilité. La progression des unités terrestres irakiennes y est relativement rapide. Dans le centre-ville et à l’ouest, la situation est plus tendue. La ville est à la fois très peuplée et très dense. Il y a des tunnels, des ouvertures pour circuler d’immeuble en immeuble… Daech pratique des manœuvres de camouflage pour perturber notre renseignement image. Les forces déployées sur le terrain prennent beaucoup de risques, car elles doivent ratisser maison après maison. Il s’agit pour nous de pointer les faiblesses de l’adversaire et de réduire au maximum les risques de pertes humaines au sein de la coalition.
Comment faites-vous pour accompagner au plus près les forces sur le terrain ?
Il faut cartographier méticuleusement les positions défensives de Daech dans Mossoul, décrire les avancées sur le terrain, faire le point sur les combats… Nous travaillons rue par rue, puis nous fusionnons l’ensemble du renseignement recueilli pour avoir une connaissance parfaite de la ligne de front. Sur une même carte, nous superposons des informations démographiques, géographiques, administratives avec du pur renseignement. Ce travail multicouche s’appelle le renseignement géospatial. Comme la situation évolue très vite, nous devons actualiser notre cartographie plusieurs fois par jour. Notre travail s’effectue aussi à plus grande échelle pour caractériser les flux logistiques de l’adversaire ou ses renforcements, ainsi que les éventuelles menaces sur nos propres flux.
Mossoul est libérée en juillet 2017, comment le vit l’équipe de la DRM ?
Quand le gouvernement irakien annonce la libération de la ville, nous sommes évidemment très satisfaits. Néanmoins, nous pensons toujours au coup d’après : si la ville symbolique du califat est tombée, il reste encore des éléments de Daech en Irak et le combat se poursuivra aussi en Syrie. En 2024, la préoccupation reste majeure. La France est toujours engagée aux côtés des Irakiens, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.
1 Le prénom a été modifié.
2 Un cibleur est un spécialiste militaire intégré aux équipes de planification. Il élabore des plans de frappes aériennes pour maximiser l’effet et minimiser les risques collatéraux.
Recueilli par Camille Brunier
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