Inauguration du pôle recherche de l’Amiad : développer un écosystème autour de l'IA de défense

Direction : Ministère des Armées / Publié le : 04 mars 2025

L’IA, instrument de supériorité militaire et civile, est au cœur de l’engagement opérationnel des armées françaises mais aussi de leur stratégie en amont. C’est pourquoi l’Agence ministérielle de l'intelligence artificielle de défense (Amiad) s’est dotée d’un pôle recherche. Entretien avec Michaël Krajecki, son directeur, à l’occasion de l’inauguration de ce pôle, ce mardi 4 mars. 

Michaël Krajecki, directeur du pôle recherche de l’Amiad - © MDL Victor François / DICoD / Ministère des Armées

Pouvez-vous nous présenter le pôle recherche de l’Amiad – qui sera inauguré le 4 mars –  et ses visées principales ? 

Michaël Krajecki : L'Amiad est une agence ministérielle qui a pour mission la mise en production d'outils IA pour l'ensemble du ministère. Elle est organisée en deux pôles principaux : un technique qui est chargé de la mise en œuvre des solutions développées par l'agence et, un pôle recherche qui se concentre sur la préparation de l'avenir. Trois objectifs principaux peuvent être observés pour cette cellule recherche. Nous souhaitons développer un écosystème autour de l'IA de défense qui va s’appuyer sur le monde civil, notamment les chercheurs du monde académique, mais aussi du monde industriel et des startups. Aujourd’hui, l’IA est une technologie d'abord développée dans le monde civil et qui trouve de nombreuses applications dans le monde de la défense : partager un état de l’art avec le civil est donc une action importante pour le pôle. Notre deuxième objectif est d'attirer des talents, puisque nous nous trouvons bien dans une guerre des talents. Nous avons besoin de recruter des chercheurs expérimentés ou débutants dans ce domaine de recherche très particulier. Enfin, dernier élément sur lequel je tiens à insister : avoir des chercheurs qui travaillent sur les questions des applications de l'IA dans le secteur de la défense contribue à renforcer la notoriété du ministère dans ce secteur.

S’agissant précisément de la composition du Pôle recherche, les docteurs, universitaires, doctorants vont donc pouvoir postuler pour y mener des recherches. Quelles seront leurs missions ?

Nous avons déjà quatre doctorants qui travaillent au sein de l'Amiad – qui font partie du personnel du ministère des Armées – et qui développent leurs travaux de recherche dans le cadre de coopération avec les laboratoires de Palaiseau. Le Laboratoire d’Informatique de l’École polytechnique (LIX) qui est associé au CNRS et à l’INRIA*, l’ENSTA** et aussi l’École normale supérieure Paris-Saclay participent aux travaux de nos premiers doctorants. Nous accueillerons évidemment des jeunes chercheurs, mais également des chercheurs confirmés qui vont pouvoir s'investir dans l'encadrement des thèses sur les sujets d'intérêt pour la France, soit nous rejoindre à plein temps en tant que chargé de recherche ou directeur de recherche. Par ailleurs, les chercheurs peuvent publier les résultats de leurs travaux dans le cadre de conférences internationales où ils discutent avec leurs pairs.

Quels sont les axes de recherche qui doivent être privilégiés pour optimiser la prise en main de l'IA par les armées françaises ?

Rappelons, en premier lieu, que l’intelligence artificielle touche tous les domaines du monde civil et du monde de la défense. Il est vital de préparer l'avenir et d’identifier les verrous scientifiques et techniques qui pourraient avoir un impact sur nos systèmes de défense. Contrairement à un laboratoire de recherche académique qui va saisir un axe de recherche très précis et le creuser en profondeur, nous allons plutôt scruter le spectre des applications d'intelligence artificielle « en largeur », en nous concentrant sur certains sujets que nous estimons être plus importants.

Concrètement, nous nous intéressons beaucoup à la désinformation, notamment aux images qui peuvent être truquées et diffusées. Comment des campagnes de désinformation sont-elles organisées ? Il faut pour cela cerner les initiateurs de ces campagnes. Nous allons aussi nous pencher sur les problématiques d'imageries, qu'elles soient satellites ou au sol, pour de la détection d'objets, comme l’observation d’un drone dans le ciel et l’anticipation de sa menace. Nous allons aussi pouvoir, à partir d'imageries satellites, construire un « jumeau numérique » qui nous permettra de représenter le terrain opérationnel. 

Dernier axe essentiel : la robotique, qui voit ses capacités d’action se développer très largement grâce au recours à l’intelligence artificielle. Nous connaissons tous les développements des véhicules autonomes qui vise à améliorer la sécurité routière et offrir une mobilité plus efficace.

Dans le contexte de la défense, les verrous scientifiques et techniques sont renforcés car les données à notre disposition sont plus rares (notion de frugalité) et les cas d’usages plus variés.  

* Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique.

** École nationale supérieure de techniques avancées.


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