HypAIRion: l'IA au service du combat aérien français

Direction : Ministère des Armées / Publié le : 01 octobre 2026

Lancé en juillet 2026, le projet HypAIRion entend englober toutes les initiatives d'intelligence artificielle de l'armée de l'Air et de l'Espace pour moderniser l'aviation de chasse. Porté avec la DGA et l'AMIAD, ce programme à vocation expérimentale vise un potentiel de transformation majeur : demain, des drones de combat collaboratifs voleront aux côtés des Rafale.

Vol de deux Rafale et du drone Reaper (Chammal 2024) - © E.Tseng-King/Armee de l'Air et de l'Espace

Ukraine, Proche et Moyen-Orient… Face aux évolutions rapides de la menace, les armées françaises misent sur l'intelligence artificielle pour préserver leur avantage opérationnel notamment à travers un projet structurant pour l’armée de l’Air et de l’Espace : HypAIRion.

Pour le colonel Cédric, chef de bureau développement capacitaire de l'état-major de l'armée de l'Air et de l'Espace, le point de départ est opérationnel : « En haute intensité, la qualité ne dispense jamais totalement de la quantité ». Si le Rafale « restera le cœur du combat aérien », il faut « l'épaissir » avec des drones de combat collaboratifs, à savoir « un avion de chasse simplifié et sans pilote, plus simple et surtout moins cher ». Ces plateformes permettront de voir plus loin en forçant l'ennemi à se dévoiler et de faire prendre des risques uniquement à la plateforme inhabitée. 

Autre impératif : le temps. « Celui qui prend l'ascendant est celui qui détecte, comprend, décide et agit plus vite que son adversaire », insiste le colonel, pour qui l'IA doit « transformer l'abondance de données en avantage opérationnel ». Enfin, les équipements devront évoluer au rythme de la menace, à l'image du drone russe Geran, déjà à sa cinquième version, grâce à des architectures ouvertes et modulaires. « Demain, nos plateformes seront de véritables ordinateurs qui volent », imagine-t-il. Deux Mirage 2000 sont d'ores et déjà transformés en bancs d'essai IA sur la base de Mont-de-Marsan.

L'IA souveraine au cœur du dispositif

Le colonel Thibault, sous-directeur « emploi de l'IA » à l’agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD), précise l'apport de son agence au projet : des « technologies d'IA souveraines » pour l'autonomie des plateformes et le système de command and control. L'enjeu : l'autonomie de mission, c'est-à-dire « aider toutes les capacités cognitives de nos pilotes pour toujours avoir un temps d'avance sur la menace ». L'AMIAD capitalisera sur le projet Pendragon, mené avec l'armée de Terre depuis dix-huit mois. Trois défis se dessinent : l'entraînement des modèles sur des données opérationnelles, l'architecture distribuée entre plateformes et la sécurité de l'IA. Deux facteurs de réussite : l'implication des pilotes et « une démarche itérative par expérimentation. »

Le Rafale, laboratoire de l'IA embarquée

Côté industriel, l'ingénieur général de l'armement Sébastien, directeur du programme Rafale à la Direction générale de l’armement (DGA), veut « simplifier la vie de l'équipage tout en améliorant son efficacité opérationnelle », face à une « charge cognitive absolument phénoménale ». Première brique concrète : le pod1 de désignation laser TALIOS, dont l'IA détecte et catégorise automatiquement les cibles au sol, avec une livraison prévue dès 2027. Ces expériences nourrissent le standard F5 du Rafale, attendu en 2033, une « véritable rénovation à mi-vie » intégrant calcul renforcé, système ouvert et maîtrise des données. « Le Rafale s'appuiera encore davantage sur l'intelligence artificielle pour garantir la supériorité aérienne », conclut-il. HypAIRion en sera le premier bénéficiaire.

1Nacelle optronique multifonctions fabriquée par Thales.

L'armée de l'Air et de l'Espace, l'AMIAD et la DGA participent au projet HypAIRion © MDL Victor François / DICoD / Défense

L'armée de l'Air et de l'Espace, l'AMIAD et la DGA participent au projet HypAIRion

A la une