Général Adam, commandant de l’espace : « La France est prête à se défendre en orbite »
Prévenir les conflits dans l’espace : c’est l’objectif de la diplomatie spatiale menée par la France. Le général Philippe Adam, commandant de l’espace, nous explique ce concept qui prend forme dans un environnement spatial de plus en plus conflictuel. Un sujet que vous pouvez retrouver dans Esprit défense n°9.
Le Centre d’études stratégiques et aérospatiales a organisé courant octobre la conférence Diplomaties aérienne et spatiale, outils stratégiques au service des intérêts français. À cette occasion, le général Philippe Adam est intervenu pour aborder la partie spatiale de cette diplomatie. Il développe le sujet pour defense.gouv.fr.
L’espace est passé d’un milieu de coopération à un espace de confrontation possible. Comment en sommes-nous arrivés là ?
Dans l’imaginaire collectif, l’espace est perçu comme un domaine sanctuarisé et pacifique, car érigé durant la guerre froide en symbole d’une coopération possible entre le bloc soviétique et les États-Unis. Nous nous souvenons, par exemple, de la première mission conjointe Apollo-Soyouz en 1975. Mais, historiquement, la conquête spatiale a bien commencé sur fond de tensions géopolitiques entre l’URSS et les États-Unis. Les premiers satellites mis en orbite créaient des dilemmes en matières de sécurité et de défense. À l’époque, chacun des blocs avait fait preuve de retenue, car l’espace, en permettant l’observation des arsenaux nucléaires déployés sur Terre, jouait aussi un rôle stabilisateur. Cette modération mutuelle s’est concrétisée au travers du Traité de l’Espace de 1967. Il interdit le placement d’armes de destruction massive en orbite, tout en ne précisant rien sur les autres types d’armement.
Dans les années 90, avec la fin de la Guerre froide, les tensions dans l’espace se sont durablement effacées. Nous avons vu se développer de plus en plus de moyens pour appuyer les opérations sur Terre, qu’il s’agisse du GPS permettant des frappes plus précises ou des systèmes de communication militaires de plus en plus performants. Aujourd’hui, les armées modernes n’effectuent plus d’opérations sans la composante spatiale. Elle est devenue un véritable centre de gravité. Et cela, nos compétiteurs actuels l’ont bien compris. C’est pourquoi de nouveaux comportements apparaissent, parfois très ambigus. Ils pourraient viser à entraver notre liberté d’action en ciblant nos capacités spatiales.
La guerre en Ukraine a ainsi débuté par une cyberattaque visant le fournisseur civil de services satellitaires Viasat, et a privé les forces ukrainiennes de leurs capacités de communication à un moment critique.
Comment la diplomatie spatiale peut-elle éviter un conflit dans l’espace ?
L’espace est une zone grise dont nos adversaires potentiels tirent parti. Leur manque de transparence nous oblige à interpréter leurs actions, et il est techniquement très difficile de distinguer une manœuvre hostile d’un comportement plus bénin. Par ailleurs, le référentiel législatif est encore très lacunaire. Le risque d’escalade n’est pas nul, car les mécanismes de déconfliction robustes manquent aussi.
La France n’adopte pas de posture offensive, mais se tient prête à se défendre en orbite. Le pays veut éviter toute attaque surprise : c’est la posture de défense active. Elle repose sur une surveillance permanente du domaine, la capacité à se renseigner in situ, ainsi que la production d’effets, dans le respect des principes cardinaux de la loi des conflits armés : la discrimination, la proportionnalité et la nécessité. Parce qu’elle présente cette posture, la Stratégie spatiale de défense de 2019 est un outil diplomatique : elle nous permet d’être transparents et clairs sur nos intentions, et contribue à décourager les attaques contre nos moyens spatiaux. Le Commandement de l’espace (CDE), qui met concrètement en œuvre la défense active, est de ce fait un moyen militaire qui participe à la prévention des conflits dans l’espace.
À l’échelle internationale, cette transparence est clé pour éviter l’extension des conflits terrestres à l’espace. Avec un certain nombre de partenaires, la France milite à l’Organisation des Nations unies pour l’établissement de normes de comportement responsables dans l’espace. Ces derniers diminueront le risque de mauvaise interprétation des actions menées en orbite, et, de ce fait, permettront de désamorcer les tensions suffisamment tôt pour éviter les situations d’escalade.
Comment le Commandement de l’espace participe-t-il à cette diplomatie spatiale ?
Bien évidemment, le CDE ne travaille pas seul sur ces questions de diplomatie spatiale. Nous contribuons, par notre expertise militaire, aux travaux plus larges pilotés au sein du ministère des Armées par la Direction générale des relations internationales et de la stratégie. Les conseillers juridiques dont dispose le CDE pour mener ses opérations sont, dans ce cadre, particulièrement précieux.
Au quotidien, cette diplomatie spatiale militaire passe par de nombreux échanges avec nos partenaires. Ils visent en particulier à expliquer le concept de défense active tel que défini par la Stratégie spatiale de défense de 2019. L’exercice AsterX est un vecteur important de ces échanges, car il permet de matérialiser notre position. AsterX 23 s’est ainsi voulu volontairement ouvert à de nombreux pays observateurs, parmi lesquels le Japon ou l’Inde.
Pour approfondir le sujet, découvrez Esprit défense n°9 : « La France face à la guerre dans l’espace »
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