La France aux côtés de l’Ukraine

Direction : Ministère des Armées / Publié le : 24 février 2026

Depuis le déclenchement de la guerre par la Russie il y a quatre ans jour pour jour, la France apporte un soutien continu aux forces ukrainiennes. Celui-ci vise à donner les moyens à l’Ukraine de défendre ses territoires et, à terme, de dissuader la Russie de mener une nouvelle offensive. Il repose sur trois piliers : volet capacitaire, formation et coopération de sécurité.

Fin 2024, la brigade ukrainienne Anne de Kyiv a été encadrée par 1 500 militaires français - © Sgt Erwin Bouteiller / Armée de Terre / Défense

Cet entretien est tiré d'Esprit défense n° 18 (janvier 2026), dont le dossier principal est « Service national, vers un nouveau modèle d’armée ». 

« Les actions agressives de la Russie, y compris ses activités militaires provocatrices à la périphérie du territoire de l'Otan, constituent une source d'instabilité régionale […] Une Ukraine indépendante […], fermement attachée à la démocratie et à l'état de droit, est essentielle à la sécurité euro‑atlantique. » En 2016 déjà, le sommet des pays de l’Otan à Varsovie se concluait par cette déclaration forte. Des propos qui restent très actuels. La même année, la mission enhanced Forward Presence (eFP), une force militaire de défense otanienne, était lancée pour renforcer la posture de l’Alliance sur le flanc est de l’Europe. L’agression menée contre l’Ukraine, en février 2022, marque une nouvelle étape dans le soutien à l’Ukraine. La France, avec ses partenaires, apporte depuis lors pleinement son aide. Elle s’exprime par la livraison de matériels, par la mise en place d’un partenariat industriel avec l’Ukraine, par des actions de formation du soldat jusqu’au niveau brigade, et par des accords de coopération. Après quatre années d’un conflit de haute intensité, tour d’horizon des actions menées.

Volodymyr Zelensky et Emmanuel Macron, le 17 novembre 2025, à Villacoublay (78) © ADJ Malaury Buis/armée de l’Air et de l’Espace/Défense

Volodymyr Zelensky et Emmanuel Macron, le 17 novembre 2025, à Villacoublay (78)

Quatre cents millions d’euros

Puisque la première des garanties de sécurité réside dans les forces armées ukrainiennes elles-mêmes, l’équipement de ces dernières est au cœur du soutien procuré. La première réponse a été la cession de matériel. « La spécificité de l’aide française est de fournir des capacités complètes – matériels, munitions, pièces de rechange, maintenance, formation à la mise en oeuvre, précise le lieutenant-colonel Jérôme Privat, de la Direction générale de l’armement. Les canons Caesar et les missiles Scalp ont montré des effets significatifs sur le terrain. Ils sont des moyens adaptés au conflit exigeant de frapper fort et loin. Mais la France ne s’illustre pas que dans l’artillerie et dans la défense sol-air. »

En effet, les Mirage 2000-5 cédés en 2025 ont permis de faire face aux attaques de missiles et de drones sur les populations et les infrastructures. Après le vote du Fonds de soutien pour l’Ukraine de 400 millions d’euros répartis sur 2023 et 2024, la réponse capacitaire s’est traduite par l’achat d’équipements neufs par l’Ukraine, devenue le premier parc de canons Caesar au monde.

L'aide capacitaire s'est ensuite orientée vers une logique partenariale au travers de coopérations industrielles permettant le développement de l’industrie de défense ukrainienne. La France encourage ses entreprises à investir et à produire en Ukraine. En plus de bénéficier du retour d’expérience, c’est aussi la possibilité pour l’Ukraine d’acquérir des savoir-faire issus d’entreprises françaises maîtrisant des technologies de pointe. Une quarantaine d’accords ont vu le jour, couvrant les branches de l’artillerie, de la guerre électronique, de la mobilité terrestre ou encore des drones, pour lesquels on remarque une dynamique très forte. Ces derniers contribuent à l’agilité de l’économie de guerre ukrainienne et participent directement aux garanties de sécurité du pays en lui donnant les moyens de développer ses propres capacités.

« Survivre le plus longtemps possible »

Mais que serait une économie de guerre sans des combattants pour faire la guerre ? Lors de l’offensive russe de 2022, l’Ukraine manquait de soldats formés. En octobre 2022, le conseil de l’Union européenne met en place l’European Union Military Assitance Mission (EUMAM) pour former des bataillons opérationnels de manière rapide et complète. Leur mission : la formation de bataillons ukrainiens en cinq semaines, avec le soutien de la France et de la Pologne. Un état-major est installé en Pologne, où un détachement tricolore est présent depuis 2023.

Avec trois cents spécialistes du combat interarmes, la France est la première nation contributrice. Instruction d’infanterie de ligne, combats en tranchée, de tireurs d’élite, de reconnaissance, de génie de combat… Un dispositif à la hauteur de l’enjeu, comme l’explique le colonel Pierre Santoni, représentant national senior en Pologne. « Cette guerre combinant tirs à bout portant et drones pilotés par l ’intelligence artificielle, l’apprentissage allie savoir-faire fondamentaux et [prise en compte des] nouvelles menaces. » Toutes les formations sont pensées selon les besoins exprimés par l’Ukraine et intègrent les retours d’expérience. Par son expertise acquise notamment en Afghanistan et au Mali, l’armée française apporte du réalisme aux entraînements. Le moindre faux pas des soldats en formation est aussitôt corrigé. « On leur apprend à survivre le plus longtemps possible », soutient le colonel. En plus de son action en Pologne, la France forme des soldats ukrainiens sur son territoire depuis 2022. Ainsi, l’armée de Terre a accompagné et équipé la brigade Anne de Kyiv en 2024.

Jusqu’à présent, 16 % des combattants ukrainiens formés dans le cadre de l’EUMAM, soit près de 15 800 soldats, l’ont été par la France, faisant d’elle la troisième nation ayant formé le plus d’ukrainiens dans cette mission.

Une opération qui se poursuivra avec la prorogation de la mission EUMAM jusqu’en novembre 2026.

Entraînement de la brigade Anne de Kyiv à l’utilisation de chars AMX-10 RC cédés par la France. © ADC Anthony Thomas- Trophime/armée de Terre/Défense

La brigade Anne de Kyiv s'entraine à l’utilisation de chars AMX-10 RC.

« Une force de réassurance »

La priorité est de tout faire pour que l’Ukraine puisse préparer la paix dans les meilleures conditions. Une Coalition des volontaires a été créée au siège de l’Otan à Bruxelles, en mars 2025. Elle regroupe trente-cinq pays, principalement  de l’Union européenne.

La France et le Royaume-Uni, toutes deux puissances nucléaires, en ont pris le commandement. La coalition vise à faciliter les négociations et à obtenir de solides garanties de sécurité. « La création d’une force de réassurance dans le but de maintenir la paix en Ukraine en cas de cessez-le-feu [a été proposée] par le président français à l’issue du sommet de Paris en mars 2025 […] Elle aurait pour mission d’aider à la reconstitution des forces du pays et d’assurer la protection des voies maritimes»

Le 6 janvier 2026, à Paris, le président de la République a coprésidé, avec le Premier ministre britannique, le sommet inaugural de cette nouvelle année. Pour l’Élysée : « la balle est plus que jamais dans le camp de la Russie pour enfin cesser ses bombardements et accepter un cessez-le-feu» La France mène des actions avec ses alliés, mais elle fait aussi preuve

d'une grande réactivité à son niveau. Elle a signé un accord de coopération en matière de sécurité avec l’Ukraine, en février 2024. Les deux chefs d’État se sont mis d’accord pour sceller la poursuite du soutien français à l’Ukraine tant que l’agression russe durera.

Tous les engagements pris par la France et l’Ukraine seront effectifs jusqu’au 16 février 2034.

Par le capitaine Anne-Claire Pérédo

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