Drones et hélicoptères : une combinaison gagnante
Le général de brigade Hubert Doutaud, commandant en second de l’ALAT*, explique la transformation de cette dernière. Elle opère une transition des opérations de contre-insurrection vers le combat de haute-intensité grâce à un entrainement et des procédures rénovés, une modernisation continue des flottes et une intégration graduelle de drones. La dronisation de l’aérocombat se développe en effet au rythme de celui de l’armée de Terre pour combiner vols habités et non-habités.
Le général de brigade Hubert Doutaud sera présent lundi 15 juin au salon Eurosatory, articulé autour d'une ambition claire, « Se préparer, s’engager et vaincre en coalition aéroterrestre ».
*ALAT : aviation légère de l’armée de Terre
Le ministère à Eurosatory 2026
Consultez le dossier d’accueil du ministère des Armées et des Anciens combattants.
Voir le dossierEn quoi les hélicoptères jouent-ils un rôle essentiel dans les opérations aéroterrestres ?
Général Hubert Doutaud : Le rôle des hélicoptères reste complémentaire de celui des autres fonctions opérationnelles de l’armée de Terre et, ce, dans tous les compartiments du champ de bataille.
Leur rôle s’avère essentiel pour les évacuations sanitaires, la projection rapide et à distance de forces et de puissance pour rétablir un rapport de force ou pour prendre l’ascendant sur l’ennemi souvent dans des lieux où nous n’avons pas assez de moyens au sol.
- sur les arrières : leur rôle est essentiellement logistique, ou pour participer au contrôle de zone sur court préavis mais aussi depuis peu pour la lutte anti-drone de type Shahed ;
- dans les espaces lacunaires et les intervalles: leur rôle est celui d’attaquer ou de contre attaquer face à l’ennemi qu’on attendait pas à ces endroits ;
- sur le front ou la ligne des contacts : ils ont un rôle d’appui-feu ou d’attaque sur des véhicules (idéalement blindés) dès lors que l’ENI est en mouvement ;
- dans la profondeur : pour réduire les capacités du 2e échelon ennemi, c’est-à-dire ses feux longue portée, ses postes de commandement (par exemple mobiles), ses centres logistiques notamment dispersés, sa défense sol-air, ses moyens de guerre électronique. Les hélicoptères complètent aussi utilement les moyens de feux longue portée de l’armée de Terre (actuellement très limités) pour neutraliser en particulier les moyens mobiles. Mais, l’accès à la profondeur dépend du niveau de menace anti-aérienne résiduelle et le risque encouru devra être apprécié par le chef interarmes au vu des enjeux.
Comment l’aéromobilité permet-elle d’améliorer la vitesse, la profondeur et la souplesse des forces engagées ?
Par leur mobilité, leur adaptabilité et leur réversibilité, les hélicoptères procurent vitesse et souplesse dans la manœuvre interarmes. Cela ne veut pas dire que les hélicoptères s’engagent sans préavis et sans préparation. Au contraire, ils doivent être associés le plus en amont possible aux possibilités d’action pour qu’elles soient méticuleusement préparées. L’urgence, avec laquelle nous avions l’habitude d’intervenir en contre-insurrection, ne sera plus possible en conflit de haute intensité, notamment s’il s’agit d’intervenir dans la profondeur. L’accès à la profondeur dépendra de la permissivité du moment et du lieu, car au vu de la nouvelle transparence du champ de bataille et de la multiplication des moyens de défense sol-air (y compris des drones), cet accès est contesté et doit être préparé avec des moyens interarmées requérant beaucoup de coordination : destruction des radars sol-air ennemis, opération de brouillage, de leurrage…
Quel est le rôle de la projection tactique dans les opérations aéroterrestres modernes ? Quels sont ses avantages ?
La projection de force au niveau tactique consiste à déployer dans des compartiments de terrain éloignés, des moyens, la plupart du temps spécialisés pour produire temporairement un effet sur le terrain ou sur l’ennemi. Cela peut se traduire par l’application de feux et/ou la mise à terre en sureté de moyens de renseignement, d’infanterie, du génie, d’artillerie, de guerre électronique... Par sa capacité à s’affranchir du terrain, les hélicoptères contribuent à changer un rapport de force, à accélérer une manœuvre et à créer un effet de surprise. Mais, comme évoqué précédemment, nos modes opératoires classiques sont mis au défi par cette transparence du champ de bataille et la multiplication des senseurs-effecteurs. L’emploi de drones à notre profit sera de nature à faciliter notre action pour réaliser ces missions.
Comment les drones peuvent-ils être intégrés aux opérations aéroterrestres pour renforcer leur efficacité ?
Les drones opérés par les hélicoptères seront essentiels pour compléter et renforcer l’effet de leurs armes et pour leurs permettre d’accéder à des compartiments de terrain contestés. Il s’agit d’une capacité dont plusieurs nations essayent de se doter et qui arrive progressivement.
Nous avons entrepris une dronisation de notre ALAT au travers notamment d’une feuille de route qui s’inscrit dans la révolution des affaires capacitaires de l’EMA et de la DGA et qui vise en quelques années à nous doter d’engins lancés d’aéronefs (ELA), puis de drones ailiers (plus ou moins lourds) et en parallèle de pouvoir communiquer voire prendre le contrôle momentané de la plupart des drones tactiques de l’armée de Terre.
Quels avantages apporterait la combinaison entre hélicoptères et drones dans les missions militaires actuelles ?
Cette coopération avec les drones, prévoyant l’imbrication des vols habités-non habités au sein de l’aviation légère de l’armée de Terre, mise en œuvre à partir du sol ou en vol, doit nous permettre de détecter-reconnaitre-identifier l’ennemi au plus loin et en sûreté, de leurrer, de brouiller, d’illuminer les cibles pour effectuer des tirs au-delà des vues directes qu’autorisent nos missiles et bientôt les munitions télé-opérées. Celle de moyenne portée sera une alternative complémentaire à l’emploi du missile, de la roquette et du canon, à condition qu’elle puisse être embarquée et lancée de nos aéronefs. Avec ces ELA et la perspective d’être un jour accompagnés par des drones ailiers, nous pourrons démultiplier nos effets et conserver ce besoin de masse indispensable à toute fonction opérationnelle de l’armée de Terre.
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