[Defcast] Innover pour vaincre

Direction : Ministère des Armées / Publié le : 17 novembre 2025

A quelques jours du Forum innovation défense, découvrez le colonel Nicolas Chaligné, adjoint au directeur de l’Agence de l’innovation de défense en lien avec les forces armées. Cet officier « Géo Trouvetou » est un créatif infatigable. A notre micro, il évoque notamment la pépinière de talents dont le ministère dispose et le volet innovation du programme Radar, un club de réflexion chargé d’anticipation et de prospective.

Colonel Nicolas Chaligné, adjoint au directeur de l’Agence de l’innovation de défense © Ministère des Armées et des Anciens combattants

Visuel promotionnel d’un podcast de défense, le Defcast, avec un militaire, le colonel Nicolas Chaligné, en tenue de camouflage posé devant un fond bleu décoré de formes évoquant une onde sonore.

Le programme Radar est la suite de la Red Team, lancée en 2019, par l’Agence de l’innovation de défense, et qui consistait à faire collaborer des auteurs et scénaristes de science-fiction, des experts scientifiques et des militaires pour imaginer les menaces potentielles pesant sur la France à l’horizon 2030-2060. « C’est le passage à l’échelle de l’initiative Red Team Défense. On industrialise le processus, on crée des scénarios avec des cycles. Là, on a terminé le cycle 1 avec un événement majeur l’année dernière à la Maison de la Radio et on lance le cycle 2 à l’occasion du Forum innovation défense, fin novembre 2025 », explique le colonel Nicolas Chaligné. Pour lui, ce changement d’échelle était indispensable : « Je dirais que la guerre, c’est l’affaire de tous. Si jamais elle arrivait sur notre territoire, tout le monde serait impacté. Donc, impliquer tout le monde dans la réponse me semble le plus sensé. Et puis, la démarche Red Team a montré que des non-initiés au monde de la défense pouvaient imaginer des menaces, mais aussi des solutions. »

Et qui dit programme dit méthodologie et comitologie. Des commissions régulières sont ainsi organisées : « Il y a un directeur de programme Radar qui appartient à la Direction générale de l’armement et qui convoque ses quatre managers régulièrement. Chaque manager est en charge d’un aspect du programme, et dans mon cas, avec mon camarade civil, nous allons chercher des innovations qui répondent aux problématiques de Radar.

Son interview complète est à retrouver dans le podcast !

© Ministère des Armées et des Anciens combattants

Samantha Lille :
Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans le Defcast, le podcast du ministère des Armées. Une discussion à bâtons rompus pour vous faire rencontrer une personnalité de la sphère Défense et découvrir la richesse de son parcours.
Et c’est tout l’esprit aussi de l’Agence de l’innovation de défense (AID) : aller chercher dehors ce qu’on n’a pas dedans.

Pour ce nouvel épisode, nous recevons le colonel Nicolas Chaligné, adjoint au directeur de l’AID en lien avec les forces armées, et pilote du volet innovation du programme Radar, un club de réflexion chargé d’anticipation et de prospective.
Bonjour colonel !

Colonel Nicolas Chaligné :
Bonjour Samantha.

Samantha Lille :
Colonel, qu’est-ce qui vous effraie le plus : l’évolution du monde actuel ou les scénarios de science-fiction ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Pour être honnête, après avoir relu les trois saisons de Scénarios Red Team Défense, je crois que les auteurs de science-fiction me font plus peur que la réalité.

Samantha Lille :
J’ai enquêté un peu sur vous, et j’ai appris qu’il ne fallait jamais vous dire « ce n’est pas possible ». Peut-être est-ce lié à votre nature curieuse ou à votre ADN de “géo-trouvetout” ? Vous êtes aussi amateur et collectionneur de bandes dessinées, et il paraît que vous êtes un grand bavard. J’ai raison ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Ce n’est pas faux ! Effectivement, je suis un peu bavard.

Samantha Lille :
Depuis cet été, vous êtes adjoint au directeur de l’AID. Que recouvre exactement cette mission ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Je représente l’ensemble des forces armées, directions et services, et je fais valoir leurs priorités dans la démarche innovation du ministère, qu’elle soit planifiée, ouverte ou participative.

Samantha Lille :
Vous êtes aussi un des représentants de l’AID au sein du programme Radar, héritier de la Red Team lancée en 2019. Ces scénarios de science-fiction ont-ils réellement inspiré nos forces armées ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Tout à fait. Certains scénarios publiés ont servi à repenser des programmes d’armement, dont plusieurs majeurs. D’autres, classifiés, ont directement influencé la conception de ces programmes.

Samantha Lille :
Certains vous ont-ils personnellement marqué ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Oui, plusieurs m’ont effrayé, notamment celui sur le cyber-hacking des implants humains. Plus récemment, le scénario Épiplastique m’a aussi frappé : une bactérie censée détruire le plastique finit par échapper au contrôle et à… dissoudre tout. Et sans plastique, notre quotidien devient impossible.

Samantha Lille :
Pourquoi avoir fait évoluer la Red Team vers le programme Radar ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Radar, c’est le passage à l’échelle de la Red Team. On industrialise la démarche : cycles de scénarios, ateliers, événements. Après le cycle 1, nous lançons le cycle 2 au prochain Forum Innovation Défense.

Samantha Lille :
Le délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva, disait : « La mobilisation de toutes les forces créatives et des expertises disponibles est essentielle ». Pourquoi cet appel à la société civile ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Parce que la guerre concernerait tout le monde si elle arrivait sur notre sol. Impliquer la société civile, c’est logique. Et la Red Team a montré que des non-initiés pouvaient imaginer des menaces inédites. L’innovation, c’est aller chercher dehors ce qu’on n’a pas dedans.

Samantha Lille :
Comment fonctionne concrètement Radar ?

Colonel Nicolas Chaligné :
C’est un véritable programme, avec une méthodologie et des comités réguliers. Quatre managers supervisent chacun un domaine : mobilisation, conception, veille, solutions. Et tout le monde apporte sa pierre à l’édifice.

Samantha Lille :
Tout le monde peut y participer ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Pas spontanément, il faut être invité. Mais le forum Innovation Défense permettra à beaucoup de découvrir et de contribuer.

Samantha Lille :
Justement, ce forum se tiendra du 27 au 29 novembre 2025. Que va-t-on y voir ?

Colonel Nicolas Chaligné :
C’est la cinquième édition. On y présentera une centaine de projets, des conférences, des démonstrations et des ateliers très populaires, comme le wargaming ou la simulation. L’entrée est gratuite !

Samantha Lille :
Et vous, qu’attendez-vous de ce forum ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Des échanges, des rencontres, des idées. C’est un lieu où tout peut commencer. Je me souviens d’une startup, Furion, qui y a trouvé 80 contacts qualifiés en une seule journée.

Samantha Lille :
On parle d’un MOOC pour clôturer la saison 1 de Radar ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Oui, il sera révélé au forum. Plus de 100 pages de scénarios, d’analyses scientifiques et prospectives : un très bel ouvrage.

Samantha Lille :
Même pour les anxieux, on peut le lire ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Absolument ! Ça rassure de voir que nous préparons des réponses à l’impensable.

Samantha Lille :
Comment imagine-t-on le pire ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Les équipes utilisent des méthodes comme le wargaming : certains imaginent les menaces, d’autres cherchent les ripostes, d’autres encore valident la cohérence scientifique. C’est un jeu rigoureux entre “rouges”, “bleus” et “violets”.

Samantha Lille :
Quelles sont les limites à cet exercice ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Elles existent, fixées par la communauté scientifique, pour éviter les scénarios trop “hollywoodiens”.

Samantha Lille :
Revenons à votre parcours. Pourquoi avoir choisi l’uniforme ?

Colonel Nicolas Chaligné :
C’est ma mère, réserviste, qui m’a poussé à canaliser mon énergie en entrant en lycée militaire. J’y ai eu des modèles inspirants et l’envie est venue naturellement.

Samantha Lille :
Vous avez vécu en Allemagne. Cela vous a-t-il ouvert l’esprit ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Oui, j’y ai découvert une autre culture, une autre manière de penser. Et j’ai appris qu’on pouvait tout faire… du moment qu’on le fait bien.

Samantha Lille :
On a souvent l’image d’un ministère rigide. Est-ce vrai ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Pas du tout. Quand un projet est solide, on peut aller loin. Il existe même un budget d’innovation participative pour concrétiser les idées des personnels.

Samantha Lille :
Des innovateurs vous ont-ils impressionné ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Oui, notamment un capitaine du 132e Régiment qui a déposé plusieurs brevets, dont un qui changera probablement l’emploi des chiens militaires.

Samantha Lille :
Y a-t-il une vraie culture de l’innovation dans les armées ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Oui, et elle s’étend à tout le ministère. Chacun peut déposer une idée via l’application API. Aucune hiérarchie ne bloque. C’est un vrai foisonnement !

Samantha Lille :
Que diriez-vous à ceux qui hésitent à se lancer ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Qu’il n’y a pas de raison d’échouer. L’échec n’est pas sanctionné. La seule chose qu’on risque, c’est d’être récompensé !

Samantha Lille :
Comment nourrir sa créativité ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Je fais mon marché aux idées sur LinkedIn. En lançant un sujet, les réponses affluent. Même pour développer un véhicule spécial, j’ai trouvé partenaires et pièces grâce au réseau. Ce véhicule a d’ailleurs défilé au 14 juillet !

Samantha Lille :
Vos défis à venir ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Finaliser un projet pour une brigade, et à plus long terme, voir mon véhicule produit en série.

Samantha Lille :
Que peut-on vous souhaiter ?

Colonel Nicolas Chaligné :
De continuer à innover au profit de mes camarades, et de faire émerger de beaux projets avec l’AID.

Samantha Lille :
Une recommandation musicale ?

Colonel Nicolas Chaligné :
La bande originale du Cinquième Élément.

Samantha Lille :
Et en bande dessinée ?

Colonel Nicolas Chaligné :
Les classiques : TintinAstérixLargo Winch… Je reste mainstream.

Samantha Lille :
Et votre innovation de rêve ?

Colonel Nicolas Chaligné :
La téléportation. Je ne suis pas patient !

Samantha Lille :
Merci colonel. Rendez-vous le mois prochain pour un nouveau Defcast. N’hésitez pas à vous abonner et à réagir sur nos réseaux.

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