[Defcast] Former des chefs de guerre
Ce nouvel épisode vous ouvre les portes du Centre des hautes études militaires (CHEM). Depuis 1911, cette structure, plutôt confidentielle, forme les cadres de haut niveau des armées, directions et services. Comment sont sélectionnés les auditeurs ? Comment sont-ils préparés à répondre aux crises ? Quelles qualités devront-ils développer pour être des chefs inspirants ? C’est à ces questions et bien d’autres que le directeur du CHEM, le général de brigade aérienne Bruno Cunat répond.
Cette année, la 75e session du Centre des hautes études militaires (CHEM), regroupe 33 auditeurs dont 26 Français et sept représentants des pays alliés de l'Otan. Il n'y a pas de concours pour accéder à ce cercle très restreint. « Chaque auditeur est sélectionné dans un vivier de hauts potentiels par les chefs d'état-major d'armée ou les directeurs centraux du Service de santé des armées, du Service de l’énergie opérationnelle ou de la Direction générale de l’armement, par exemple. Cette liste est proposée au chef d'état-major des armées qui l'entérine. » explique le général de brigade aérienne Bruno Cunat, avant de poursuivre « Il sont choisis sur leur qualité de leadership de chef militaire, leur capacité de travail élevée, leur capacité à dégager une vision, un dynamisme pour, après la scolarité, être capable de mener en tant que chef, de diriger, de commander à haut niveau. Et puis également, pour leur capacité à évoluer, à travailler en milieu non seulement interarmées dans le ministère, mais aussi en interministériel ».
La suite de l’interview est à écouter dans le podcast !
**[Musique d'introduction]**
**Samantha Lille :**
Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans le Defcast, le podcast du ministère des armées. Une discussion à bâtons rompus pour vous faire rencontrer une personnalité de la sphère défense et découvrir la richesse de son parcours.
**[Transition musicale]**
**Samantha Lille :**
Pour ce nouvel épisode, nous recevons le général de brigade aérienne Bruno Cunat, directeur du CHEM, le Centre des Hautes Études Militaires. Bonjour, Général.
**Général Bruno Cunat :**
Bonjour, Samantha.
**Samantha Lille :**
Alors pour préparer cette interview, j’ai interrogé vos proches collaborateurs. Ils ont souligné votre mode de raisonnement rapide, très structuré, qui va directement vers des solutions efficaces. Ils ont également évoqué votre bureau, toujours parfaitement rangé, avec très peu de papier visible, voire aucun. Enfin, il paraît que vous êtes un grand sportif, adepte du trail longue distance, et que vous appréciez aussi boire une bière fraîche entre amis devant un bon match de rugby. Est-ce que tout cela vous ressemble ?
**Général Bruno-Cunat :**
Samantha, je vois que votre service de renseignement est bien efficace. Tout ça est parfaitement correct. L’un des meilleurs de Balard, il paraît.
**[Rires]**
**Samantha Lille :**
On entend souvent parler de l’école de guerre, présentée comme l’école des chefs militaires de demain, mais assez peu du centre des hautes études militaires. Pouvez-vous lever le voile sur cette structure, qui est, si je ne me trompe pas, le niveau d’enseignement militaire le plus élevé en France ?
**Général Bruno Cunat :**
En effet, on parle souvent de l’école de guerre, destinée à des commandants ou des lieutenant-colonels, formés pour devenir des futurs chefs interarmées. Le CHEM arrive plus tard dans la carrière. Il est réservé à une trentaine de colonels ou grades équivalents, sélectionnés pour leur qualité intrinsèque et leur potentiel pour devenir des hauts cadres dirigeants militaires du ministère.
**Samantha Lille :**
Pouvez-vous nous en dire plus sur l’histoire du CHEM ?
**Général Bruno Cunat :**
Il a été créé en 1911. La première forme de CHEM a été formée par le général de brigade Foch, qui avait voulu une troisième année post-école de guerre pour les meilleurs stagiaires. Ça n’a pas trop bien marché, mais ça a lancé le mouvement. Les armées ont créé leur CHEM de manière différente, et en 1952, tout ça a fusionné dans un CHEM unique interarmées. Aujourd’hui, nous en sommes à la 75e session, avec 33 auditeurs cette année, dont 26 Français et 7 auditeurs des pays alliés de l’OTAN.
**Samantha Lille :**
Comment sont sélectionnés ces auditeurs ?
**Général Bruno Cunat :**
Il n’y a pas de concours. Chaque auditeur est sélectionné dans un vivier de haut potentiel par les chefs d’état-major d’armée ou les directeurs centraux du SSA, du SEO, de la DGA, par exemple. Cette liste est proposée au chef d’état-major des armées, qui en décide. Les critères de sélection incluent le leadership, la capacité de travail, la vision, le dynamisme, et la capacité à évoluer en milieu interarmées, interministériel et international.
**Samantha Lille :**
Et les auditeurs étrangers, d’où viennent-ils ?
**Général Bruno-Cunat :**
Ils sont sélectionnés par leur pays. Cette année, nous avons des auditeurs des États-Unis, de Grande-Bretagne, d’Allemagne, d’Espagne, d’Italie, de Belgique et de Roumanie.
**Samantha Lille :**
Comment se déroule une année de scolarité ?
**Général Bruno Cunat :**
Sur dix mois, nous déroulons une quinzaine de séminaires thématiques. Chaque séminaire est un mix de conférences plénières avec des intervenants extérieurs, de travaux de groupe, de travaux individuels, et de voyages d’études en France et à l’étranger.
**Samantha Lille :**
Quels sont les intervenants ?
**Général Bruno Cunat :**
Nous avons des intervenants de très haut niveau, comme les grands adjoints du ministre, les chefs d’état-major d’armée, des grands patrons d’entreprise, l’archevêque aux armées, des procureurs, des membres du ministère de l’Intérieur, et des services de renseignement. Nous essayons aussi d’avoir des contradicteurs pour challenger les auditeurs.
**Samantha Lille :**
Quel est votre rôle en tant que directeur ?
**Général Bruno Cunat :**
J’ai deux rôles. Le premier est de commander le CHEM avec une dizaine de personnels du staff. Le deuxième est plus personnel avec les auditeurs. Je peux jouer un rôle de mentor, les orienter sur les enjeux du commandement à la sortie du CHEM, et les aider à organiser les séminaires.
**Samantha Lille :**
Dans un contexte marqué par de multiples crises, comment abordez-vous cette responsabilité ?
**Général Bruno Cunat :**
Le CHEM doit former des futurs chefs militaires. Il y a des invariants, comme le leadership, l’abnégation, la capacité à comprendre les enjeux et à fédérer une organisation. Le deuxième aspect est de former des chefs adaptés à la situation actuelle, extrêmement complexe, avec des adversaires qui utilisent la violence et remettent en cause l’ordre international.
**Samantha Lille :**
Quelle qualité doit impérativement avoir un bon chef, selon vous ?
**Général Bruno Cunat :**
Il faut des chefs résilients physiquement, psychiquement, pour pouvoir encaisser les chocs, les crises, discerner une vision, une orientation, et la diffuser de manière pragmatique et positive. Un chef est un diffuseur d’espoir, quelqu’un qui incarne une autorité positive.
**Samantha Lille :**
Avez-vous eu des modèles de chefs qui vous ont inspiré ?
**Général Bruno Cunat :**
Oui, une génération d’officiers généraux qui a construit la dissuasion nucléaire après la Seconde Guerre mondiale, comme les généraux Poirier, Galois, Beaufre, Elray et Morin. Ils ont été capables de reprendre la vision politique du général de Gaulle pour la décliner en un effet militaire.
**Samantha Lille :**
Le chef d’état-major des armées, le général Mandon, a exposé ses priorités récemment. Est-ce que ces orientations rentrent en compte dans la formation de ces officiers supérieurs ?
**Général Bruno Cunat :**
Oui, tout à fait. Nous avons décliné ces orientations suivant trois axes principaux : se préparer à une confrontation majeure en Europe, renforcer l’enseignement en langue anglaise, et former des chefs connectés à la société civile.
**Samantha Lille :**
Dans quel état d’esprit sont vos auditeurs ?
**Général Bruno Cunat :**
Je les trouve parfaitement déterminés, conscients de leurs responsabilités et des enjeux qui seront les leurs à la sortie du CHEM. Ce sont des cadres dirigeants qui construiront les armées de demain et devront répondre aux crises.
**Samantha Lille :**
Avec quel bagage doivent-ils repartir à la fin de cette année ?
**Général Bruno-Cunat :**
Ils doivent repartir avec une connaissance approfondie du fonctionnement du ministère des armées, de l’état français, des notions de finances publiques, de droits constitutionnels, des services de renseignement, et des grands enjeux de la société française et du contexte international.
**[Transition musicale]
A écouter sur Podcastics.
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