[Defcast] Embarquez avec un membre opérationnel de soute
On peut dire du caporal-chef Matthieu qu’il a eu plusieurs vies en une. Ancien parachutiste, il est aujourd’hui membre opérationnel de soute au 5e régiment d’hélicoptères de combat, à Pau. C’est le cheminement de cette carrière atypique qu’il nous raconte derrière son micro. Un engagement qui l’a mené de l’île Europa dans l’océan Indien, à la vallée de l’Ametettaï, au Mali jusqu’à la soute d’un NH90 Caïman. Et pourtant, tout a commencé dans un salon de coiffure …
En effet, avant de débuter sa carrière en uniforme, Mathieu avait pris une toute autre direction « J'ai fait un CAP coiffure et une première année de styliste visagiste parce dans ma famille, on était soit coiffeur, soit militaire. Et à cette époque-là, j'aimais beaucoup la création » raconte-t-il. Puis, un ensemble d'événements le pousse à changer de voie « J'avais besoin de challenge, j'avais besoin d'expérience. Et un jour, j'ai dit à mes parents : je pense que je vais rentrer dans l'armée. On m’a répondu : l'armée, c'est dur, c'est exigeant, il faut de la rigueur. Tu étais en coiffure, tu étais bien au chaud. Est-ce que tu es sûr ? Je me suis dit : c'est ça mon challenge, c'est de me prouver à moi-même que je suis capable de quelque chose et je vais y aller à 1 000%. »
Après sept ans passés au 35e régiment d’artillerie parachutiste et un quasi tour du monde en sac à dos, il s’engage à nouveau au sein de l’armée de Terre pour devenir membre opérationnel de soute. « C'est un quotidien qui demande de la polyvalence, beaucoup de rigueur et de l'humilité. On doit savoir s'adapter à chaque vol, à chaque situation » explique-t-il. Un poste qui lui permet de continuer à évoluer, à gagner en compétences « J'ai passé deux formations : aérocordeur, c'est ce qui permet de maîtriser la descente en rappel et en corde lisse des commandos ; et plus récemment j’ai appris à manier la mitrailleuse M3M. »
La suite est à écouter dans le podcast.
Defcast avec Samantha Lille
Introduction Samantha Lille : Bonjour à toutes et tous, bienvenue dans le Defcast, le podcast du ministère des Armées. Une discussion à bâtons rompus pour vous faire rencontrer une personnalité de la sphère défense et découvrir la richesse de son parcours.
Voix off invité : « Il faut aller au bout de ses rêves. L'armée, c'est une très belle aventure dans laquelle on vit énormément de choses. »
Samantha Lille : C'est un épisode un peu exceptionnel que nous vous proposons ce mois-ci. En effet, nous sommes allés à la rencontre de notre interviewé directement sur son lieu de travail et plus particulièrement à l'intérieur de la soute d'un hélicoptère en NH90 Caïman en vol. Bonjour Caporal-chef Matthieu. Bonjour !
Vous êtes ce que l'on appelle un MOS, dans l'armée de Terre, un membre opérationnel de soute au 5ème régiment d'hélicoptères de combat à Pau. Un MOS, en trois mots, qu'est-ce que c'est ?
Caporal-chef Matthieu : Un MOS, c'est un membre opérationnel de soute. On a pour mission la gestion de la soute, du personnel, du matériel et nous avons aussi la sécurité de l'environnement de l'hélicoptère. Et de plus, nous sommes qualifiés sur différents optionnels tels que l'aérocordage, le sling et le treuil.
Samantha Lille : Alors, je vous propose de continuer à vous observer, puis, on terminera notre échange au sol, car on a beaucoup de choses à se dire, mais je n'ai pas envie de vous perturber. À tout à l'heure.
Présentation de l’invité Samantha Lille : Alors, vous vous en doutez peut-être, comme pour tous mes invités, j'ai activé mon réseau d'indics pour en savoir un peu plus sur vous. Calme et serein, selon vos collègues, vous êtes rigoureux et en quête de perfectionnement dans votre travail. Sur un plan plus personnel, vous êtes passionné par la moto, le trek et la guitare que vous pratiquez. Et ça tombe bien puisqu'on aime parler musique en fin de podcast. Et je sais aussi que les projets de restauration, quels qu'ils soient, ne vous font pas peur. Exactement !
Et puis enfin, vous adorez voyager. Et ça, on y reviendra, car c'est assez structurant dans votre parcours. Est-ce que tout cela vous ressemble ?
Caporal-chef Matthieu : Complètement, exactement. Ça me ressemble beaucoup.
Début de carrière Samantha Lille : Alors, avant de tout nous raconter sur votre poste actuel, j'ai envie que l'on évoque le début de votre carrière au sein du ministère, car j'ai l'impression que vous avez eu plusieurs vies en une. Qu'est-ce qui vous a amené à porter le treillis ? Car je crois savoir que c'était loin d'être une évidence.
Caporal-chef Matthieu : Oui, exactement, c'est vrai. Avant l'armée, j'étais coiffeur. J'ai travaillé trois ans en coiffure et donc j'ai fait un CAP coiffure et j'ai fait une première année de styliste visagiste. Parce que simplement, dans ma famille, on était soit coiffeur, soit militaire. Et à cette époque-là, j'aimais beaucoup la création, dessiner. Du coup, ça me correspondait. J'ai fait des allergies sur les mains avec les produits de coiffure et il y a eu un ensemble d'événements qui ont fait que j'ai décidé d'arrêter. Et à l'issue de ça, j'ai travaillé quelques mois dans le monde de la moto, mais il me manquait quelque chose. J'avais besoin de challenges, j'avais besoin d'expérience. Et un jour, j'ai dit à mes parents: « Je pense que je vais rentrer dans l'armée. » C'est vrai qu'on m'a quand même dit assez régulièrement: « L'armée, c'est dur, c'est exigeant, il faut de la rigueur. Tu étais en coiffure, tu étais bien au chaud. Est-ce que tu es sûr ? » Et cette phrase, je me suis dit: « C'est ça mon challenge, c'est ça mon expérience, c'est de me prouver à moi-même que je suis capable de quelque chose et je vais vous le prouver. Donc, je vais y aller à 100%. »
Je me suis retrouvé au cirfa à La Rochelle, devant un major qui me dit : « Qu'est-ce que tu veux faire dans l'armée ? » Je lui ai dit : « Je ne connais pas vraiment l'armée. Je sais juste que je veux faire de l'opérationnel. Donc, je suis là, je suis prêt. » Je suis parti au CSO à Bordeaux passer les tests. Ça s'est très bien passé pour moi.
Samantha Lille : Le CSO, pour ceux qui ne connaissent pas ?
Caporal-chef Matthieu : Le CSO, c'est le Centre de recrutement, finalement, là où on passe nos tests pour savoir si on est apte ou non, déjà physiquement et médicalement pour entrer dans l'armée. On a toute une batterie de tests et en revenant au Cirfa, il me dit : « Je te propose trois régiments », dont le 35ᵉ régiment d'artillerie parachutiste. J'ai vu de très belles vidéos qui m'ont bien motivé et je lui ai dit : « Ça me convient totalement. » Pourquoi pas être parachutiste. Et donc, quelques semaines après, j'ai reçu ma convocation et me voilà sur le quai de la gare, à La Rochelle, prêt pour une nouvelle aventure. Et c'était un moment très marquant pour moi parce que je n'étais jamais sorti de mon cocon familial, je n'avais jamais vraiment beaucoup voyagé, alors je savais que j'en avais envie. J'avais envie de vivre des expériences. Je n'avais jamais pris le train et je me retrouve sur le quai de la gare vers une nouvelle aventure.
Samantha Lille : Et vous m'avez confié en préparant cet entretien que la première fois que vous êtes monté dans un avion, c'était dans un cadre militaire.
Caporal-chef Matthieu : Exactement, je n'avais jamais pris l'avion et finalement, dans l'armée, on y vient pour vivre des expériences, des aventures. Et typiquement, quand on n'a jamais pris l'avion et qu'on y monte pour la première fois avec un parachute sur le dos, c'est très particulier. Et j'ai fait 11 sauts avant de savoir ce que c'était d'atterrir avec un avion. Donc très particulier.
Samantha Lille : Et comment ça s'est passé ?
Caporal-chef Matthieu : Très bien, parce qu'on n'a pas peur. On a peur, forcément, on a de l'appréhension, mais quand c'est de l'inconnu, il y a la camaraderie aussi qui aide beaucoup et on y va. Et c'est un souvenir qui restera gravé à jamais.
Expériences marquantes Samantha Lille : Vous allez rester sept ans au 35ᵉ RAP. Qu'est-ce qui vous a le plus marqué ?
Caporal-chef Matthieu : Déjà, pour commencer, le 35ᵉ régiment d'artillerie parachutiste, c'est un régiment prestigieux dans lequel la vie est particulière. C'est un rythme qui va très vite. Physiquement et mentalement, on nous demande toujours d'être très performant. Ces sept années sont passées très vite et on a énormément de souvenirs. J'ai énormément de souvenirs, de très bons souvenirs comme de mauvais souvenirs qui, avec le temps, se transforment en bons souvenirs. Mais j'ai deux événements marquants. Le premier, je suis parti en mission de courte durée à l'Île de la Réunion. J'ai été employé en tant que radiographiste. J'avais passé une formation pour être Morse à cette époque. Et durant cette mission, j'ai été déployé deux mois sur une île qui s'appelle Île Europa, c'est dans le canal du Mozambique. Et donc mes missions étaient incroyables. On était sur une île paradisiaque interdite au tourisme. On était 15 et il y avait un gendarme et 14 militaires. Et mon travail, c'était de faire des comptes rendus radio aux journaliers en Morse et de participer à des actions scientifiques. Et je devais tous les matins partir sur les plages, compter les tortues pour faire des remontées. Et donc c'était absolument incroyable.
Ensuite, un deuxième événement marquant, c'était tout au début de ma carrière. J'avais à peine un an de service. On était au début du conflit au Mali. C'était les premiers temps du conflit au Mali, c'était tout le début. On était un mardi et mon chef de section vient me voir, il me dit : « Écoute, Matthieu, jeudi, on est dans l'avion, je t'ai choisi, on part au Mali pour l'ouverture du conflit. » Dans la foulée, on est partis sur un brief pour faire un peu de géopolitique, comprendre ce qui se passait là-bas. Je m'en souviendrai toujours, à la fin de ce brief, on nous a dit : « Vous ne prévenez pas vos amis, vous prévenez que votre cercle très proche, donc vos parents, votre femme, vos enfants. Vous n’expliquez pas trop ce qu'on va faire là-bas. L'idée, c'est de garder un petit peu cet effet surprise. » Et donc j'ai appelé mes parents le soir et je leur ai dit : « Je ne peux pas venir vous voir. Jeudi, je pars. Je ne sais pas trop où, trop combien de temps, pour combien de temps. Et le régiment vous appellera pour vous donner des nouvelles. » Et donc nous voilà en Afrique, prêts pour mener l'assaut. Et ça a été trois mois très intenses, et notamment dans l’Adrar des Ifoghas, dans la vallée d'Ametettai, où on a vécu sept heures de combat.
Quand on a à peine 20 ans, qu'on n'y connaît pas grand-chose dans l'armée, finalement, parce qu'en un an, ça va très vite. On ne connaît pas tout dans l'armée. J'ai tout découvert là-bas. Et sur une de ces journées-là, on a perdu le caporal-chef Charenton de 20 ans. Ça a été un événement très marquant, comme je l'ai dit, quand on a 20 ans. C'est dans ces moment-là où on prend réellement conscience du sens de notre engagement. Parce qu'aujourd'hui, on s'engage, on a conscience qu'être militaire, c'est un métier particulier, mais quand on vit des événements comme ça, on prend vraiment conscience de la valeur de notre engagement.
Samantha Lille : Du sens de votre engagement et aussi, j'imagine, de la fraternité d'âme, parce que je pense qu'elle est très forte à ce moment-là et qu'elle vous permet aussi de poursuivre la mission malgré le drame.
Caporal-chef Matthieu : Exactement, c'est un combo d'émotion, de sentiments, de cohésion qui est très particulier.
Voyage et retour dans l'armée Samantha Lille : Donc, vous faites un premier mandat, un premier contrat de sept ans. Puis après, vous allez partir voyager en sac à dos pendant un an, mais avec l'idée de revenir. Expliquez-nous un peu pourquoi cette décision ?
Caporal-chef Matthieu : C'est une décision très atypique de mettre un stop dans une carrière comme celle-ci. Pour expliquer rapidement, j'avais toujours cette ambition d'évoluer. J'avais demandé un recrutement transverse pour intégrer le 1er RPIMA. C'est un régiment prestigieux des forces spéciales et ma candidature a été retenue. C'est un endroit où il y a beaucoup de prétendants pour très peu de place. J'ai fait une formation qui dure un peu moins d'un an et je n'ai pas été jusqu'au bout de cette formation. Donc, j'ai fait trois, quatre mois là-bas. Et au retour dans mon régiment, je suis revenu à mon poste, à ma place, avant. Et ce n'est pas ce que je voulais. J'avais envie d'autre chose. C'était une période assez plate dans ma carrière et avec ma compagne, on parlait beaucoup de voyage à cette époque-là et on s'est dit : « On va partir, on va mettre un stop dans notre carrière, on va voyager. » Et puis moi, je retournerai dans l'armée après. Et puis elle, elle reprendrait son travail. Et donc, je suis allé à terme de mon contrat et nous voilà arrivés à l'aéroport avec déjà une bonne barbe, des cheveux qui avaient bien poussé. Et nous sommes partis pour une très, très belle aventure qui devait durer un an.
Samantha Lille : Qui a duré un peu plus ?
Caporal-chef Matthieu : Un peu moins.
Samantha Lille : Un peu moins ? Oui. Pour rentrer un petit peu dans le détail de ce voyage, on a été dans un premier temps au Sri Lanka. Ensuite, on a été en Inde, on a voyagé pas mal dans le Rajasthan. C'est un pays magnifique dans lequel se mélange le magique au tragique. Ensuite, on a été au Népal. On a eu la chance de faire un trek qui s'appelle le Tour des Annapurna. C'est un trek qui fait un peu plus de 200 kilomètres pour une dizaine de jours au marché. On a franchi un col qui s'appelle Thorung La Pass à 5 416 mètres d'altitude. Vous voyez, finalement, c'est une aventure civile, pas militaire, dans laquelle je m'y suis retrouvé parce que j'ai toujours ce besoin d'aventure, d'expérience et de challenge. En fait, on a un tour du monde, on s'y retrouve complètement. Ensuite, nous sommes partis en Birmanie. C'est un pays dans lequel le tourisme de masse est très préservé, donc l’échange avec les locaux est très sympathique. Je vais aller un petit peu plus vite parce que des souvenirs... Vous nous faites rêver, là ! Des souvenirs, il y en a énormément. Ensuite, on a été en Malaisie faire le Nouvel An, puis aux Philippines, en Australie et en Nouvelle-Zélande.
On devait continuer à Tahiti, Île de Pâques et redescendre l'Amérique latine. Malheureusement, il y a eu le Covid qui nous a freiné, qui nous a bloqué en Nouvelle-Zélande. On était dans une période un peu floue. On ne savait pas vraiment ce qu'on devait faire. On était confiné à Auckland. Ça nous coûtait très cher de rester là-bas et on a dû prendre une décision de rentrer. Nous sommes rentrés. On a passé sept mois tous les deux, ensemble et en fait, arrivé à l'aéroport à Paris, elle est retournée dans sa famille, moi dans la mienne. Et puis j'ai commencé un cursus pour retourner dans l'armée.
Retour dans l'armée et métier de MOS Samantha Lille : Exactement, parce que vous avez tenu parole et vous êtes revenu au sein de l'armée de Terre avec l'ambition, notamment, de passer les tests pour devenir un membre opérationnel de soute. Alors pourquoi, là aussi ? Qu'est-ce qui vous motivait ?
Caporal-chef Matthieu : Pourquoi ? Parce que lors d'une mission, j'ai eu l'occasion d'avoir un brief pour, à l'issue, faire un vol avec l’ALAT.
Samantha Lille : L’ALAT, l'aviation légère de l'armée de Terre.
Caporal-chef Matthieu : L'aviation légère de l'armée de Terre, exactement. Et je me rappelais que c'était un caporal-chef et j'avais trouvé son travail incroyable. Je voulais retourner dans l'armée, mais le voyage m'avait changé. J'avais évolué, j'avais pris un peu de maturité. J'avais plus envie d'être au contact, d'être devant, finalement. Je voulais quelque chose de différent. Et en fait, l'aéronautique, c'est un environnement militaire que je ne maîtrisais pas du tout. Et je me suis dit : « Voilà, ça, c'est un nouveau challenge, c'est une nouvelle expérience. » Et donc, j'ai fait le nécessaire pour arriver ici.
Samantha Lille : Alors, comment ça se passe, justement ? J'imagine que c'est une sélection. Est-ce que vous pouvez un peu nous raconter les différentes étapes, peut-être ?
Caporal-chef Matthieu : Le métier de membre opérationnel de soute, c'est un métier dans lequel on ne peut pas rentrer directement dans l'armée. C'est des sélections en interne. Donc, dans un premier temps, j'ai pris contact avec mon Cirfa, qui m'a guidé vers le 5e RHC. Arrivé ici, j'ai été employé deux ans au peloton de transmission, qui correspondait plus ou moins à mon métier d'avant. J'avais l'ambition de passer les tests, donc j'ai pris du temps pour me préparer, parce que c'est une sélection qui dure une semaine. Il y a beaucoup de prétendants pour très peu de place. Actuellement, en actif, On doit être à peu près 80 en nationale, membres opérationnels de soutes. Et chaque année, il y a des sélections où on est une cinquantaine pour à peu près 5 ou 6 places en moyenne, voire un peu moins. Et donc c'est important d'être bien préparé. La semaine de test, c'est une semaine pendant laquelle on va être testé sur nos aptitudes physiques, sur des tests théoriques et aujourd'hui, psychotechniques.
Samantha Lille : Et comment on se prépare à ça ?
Caporal-chef Matthieu : Ce qui est important, c'est de se renseigner en amont. Aujourd'hui, dans l'armée, il y a suffisamment de communication, suffisamment de personnes, tout ce qu'il faut pour se renseigner, aller chercher les informations, être curieux. Et déjà, c'est un premier pas pour arriver à préparer.
Samantha Lille : Alors, une fois les tests réussis, j'imagine qu'il y a une formation assez longue et dense.
Caporal-chef Matthieu : Donc, on finit la semaine de sélection, on a un retour qui est positif ou négatif. Si le retour est positif, on a une convocation pour passer une formation qui dure en moyenne six semaines. Dans cette formation, on va apprendre le socle de base des membres opérationnels de soute. Et donc, on apprend à faire de la gestion de personnel, de la gestion de matériel, du guidage et des bases d'autoprotection avec une mitrailleuse en sabord.
Quotidien et évolution Samantha Lille : Aujourd'hui, à quoi ressemble votre quotidien, s'il y en a un, évidemment.
Caporal-chef Matthieu : C'est un quotidien qui demande de la polyvalence, beaucoup de rigueur et de l'humilité. Notre quotidien, il est très varié parce que nos missions sont variées. On doit savoir s'adapter à chaque vol, à chaque situation. Donc, une journée type, elle va commencer par un brief. Ce brief nous donne la trame à suivre pour la journée. Ensuite, si on a un vol dans la journée, on va prendre contact avec notre chef de bord et en fonction de la mission, on va préparer la machine pour qu'elle soit adaptée au type de mission, que ce soit de l'aérocordage, du sling, du rappel, du treuil. Ça fait partie de notre travail. On a beaucoup de travail en amont, on a du travail pendant le vol et après le vol. Donc, notre journée, elle est bien remplie.
Samantha Lille : Vous avez parlé de machine. Peut-être nous dire sur quoi vous volez.
Caporal-chef Matthieu : Je travaille sur NH90 Caïman.
Samantha Lille : Cette machine, est-ce que vous pouvez un peu nous en parler ?
Caporal-chef Matthieu : Oui, c'est une super belle machine. C'est une machine qu'on utilise pour de la manœuvre et de l'assaut. On a des missions qui vont être principalement des missions de soutien, pour transporter, comme je l'ai dit, du matériel, du personnel qui nous permet de remplir tout un tas de missions. Donc, l'avantage de cette machine, c'est qu'elle est très polyvalente.
Samantha Lille : Est-ce que votre métier, est-ce que c'est conforme à ce que vous imaginiez avant les tests, avant tout ça ?
Caporal-chef Matthieu : Oui, c'est vrai qu'on imagine beaucoup de choses. Et une fois qu'on a cette place, qu'on a ce poste, c'est un peu différent parce qu'on doit maîtriser beaucoup de choses. Ça demande beaucoup de rigueur et en fait, c'est que mieux, c'est que du bonheur de faire ce métier.
Samantha Lille : Avant, vous aviez aussi l'habitude de sauter dans un aéronef. Là, vous restez dedans. Oui, il faut rester.
Caporal-chef Matthieu : Il ne faut pas avoir envie de sauter.
Samantha Lille : Là aussi, est-ce que c'est une nouvelle façon de penser, un nouvel esprit ?
Caporal-chef Matthieu : Oui, complètement. On parle aussi beaucoup d'esprit d'équipage aussi. Est-ce que vous pouvez un peu nous raconter ?
Caporal-chef Matthieu : Alors, l'aéronautique, c'est un environnement, comme je l'ai dit, que je ne maîtrisais pas du tout. Et six semaines de formation, ça va très vite. C'est-à-dire que j'étais artilleur parachutiste, j'avais des missions bien précises et aujourd'hui, ma mission, c'est un environnement aéronautique. Et donc, c'est un environnement complètement différent parce qu'on n'a pas vraiment le droit à l'erreur. Donc oui, c'est très particulier comme environnement.
Samantha Lille : Est-ce que c'est aussi un poste dans lequel vous allez pouvoir évoluer ? Est-ce que vous allez avoir d'autres qualifications à passer, par exemple ?
Caporal-chef Matthieu : La particularité de ce poste-là, c'est que c'est un métier qui est réservé aux militaires du rang. À partir du moment où on est caporal-chef, on ne peut pas passer sous-officier. Et après, en termes d'optionnel, d'évolution de carrière, comme je l'ai dit, on a un socle de base en sortie de formation. Et ensuite, avec l'expérience, on va passer différents optionnels qui demandent un petit peu d'expérience et de maîtrise. Et Ça fait partie de notre cursus.
Samantha Lille : Quand on parle d'optionnel, peut-être que le grand public ne voit pas vraiment.
Caporal-chef Matthieu : Les optionnels, par exemple, j'ai deux optionnels. J'ai passé deux formations, donc aérocordeur. C'est ce qui permet de maîtriser la descente en rappel et en corde lisse. Ce n'est pas moi qui descend. J'ai tout un tas de missions à réaliser en soute pour la sécurité du personnel et de l'hélicoptère. On fait descendre en rappel les commandos en corps de lisse. De plus, je suis passé récemment M3M. Là, ce n'est pas une mission d'auto-protection, la M3M, c'est un armement en sabord qui permet de faire des missions un peu plus offensives.
Travail avec d'autres unités Samantha Lille : Vous parliez de commandos, donc j'imagine que vous travaillez avec beaucoup d'autres unités. Ça aussi, j'imagine que c'est un plaisir de rencontrer, d'échanger avec d'autres unités de l'armée Terre ou autres.
Caporal-chef Matthieu : Oui, humainement, c'est hyper intéressant. On travaille autant avec la régulière qu'avec des unités particulières. C'est très enrichissant. On apprend plein de choses, on rencontre de belles personnes et c'est toujours un moment sympathique de travailler avec des unités particulières.
Passion et conseils Samantha Lille : Qu'est-ce que vous préférez dans votre métier au quotidien ?
Caporal-chef Matthieu : J'aime beaucoup la polyvalence dans mon travail. Mes journées ne se ressemblent pas, les vols sont différents et comme on vient de le dire, travailler avec des unités particulières.
Samantha Lille : Et est-ce qu'on se lasse de la beauté des paysages ?
Caporal-chef Matthieu : Je ne pense pas. Je pense que c'est un métier passion et un métier passion qui dure longtemps. Et le jour où on n'a plus cette passion, je pense qu'il faut partir.
Samantha Lille : Est-ce que c'est aussi ça, l'armée, c'est pouvoir changer de voie, comme vous l'avez fait, se challenger, douter aussi, parfois, puis gagner une nouvelle compétence ?
Caporal-chef Matthieu : Oui, l'armée, de toute façon, c'est un environnement qui est tout le temps en mouvement. Je pense que c'est important de ne jamais rester sur ses acquis, de toujours garder de l'ambition, des objectifs. C'est ce qui fait que l'armée a un potentiel énorme.
Samantha Lille : Qu'est-ce que vous diriez, justement, à un jeune qui réfléchit à s'engager, mais qui doute, qui a peut-être peur de ne pas être à la hauteur, qui a peut-être connu des doutes aussi ce que vous avez connu à un moment ?
Caporal-chef Matthieu : Oui, je dirai qu'il faut foncer à 100%, il faut y aller. Il faut aller au bout de ses rêves. L'armée, c'est une très belle aventure dans laquelle on vit énormément de choses et ce serait dommage de ne pas découvrir ça.
Samantha Lille : Et avec un peu de recul, qu'est-ce que vous diriez au jeune Matthieu d'il y a 15 ans, par exemple ?
Caporal-chef Matthieu : Que tu vas beaucoup douter, que tu vas penser que certaines expériences sont des échecs et que la vie est très bien faite et que ces échecs, finalement, t'ont amené ici aujourd'hui et que si c'était à refaire, je le referais sans problème.
Conclusion Samantha Lille : Donc, passer d'un salon de coiffure à la soute d'un Caïman, ça se fait bien ?
Caporal-chef Matthieu : Ça se fait très bien et c'est ça, justement, qui est beau, c'est d'avoir un parcours atypique.
Samantha Lille : Ça a été une force, vous pensez, justement ?
Caporal-chef Matthieu : Ouais, complètement. Complètement, parce que ça veut dire qu'on est capable de passer de coiffeur à membre opérationnel de soute en étant parachutiste, en ayant vécu des moments très forts en émotions qui demandent aussi beaucoup de rigueur, de physique, de mental. Et en fait, l'armée, c'est une force, ça nous fait grandir. Donc oui, c'est incroyable.
Samantha Lille : Qu'est-ce que l'on peut vous souhaiter aujourd'hui ?
Caporal-chef Matthieu : Professionnellement, je pense aujourd'hui avoir atteint un poste qui me convient largement. Donc, professionnellement, je dirais de belles missions. Et personnellement, ma femme est enceinte en ce moment, donc une belle famille, des belles aventures.
Samantha Lille : Félicitations ! Est-ce que vous avez passé un bon moment avec nous ?
Caporal-chef Matthieu : Oui, très, très agréable.
Samantha Lille : Alors, je ne sais pas si vous le savez, mais on a une petite tradition maintenant en fin de podcast. On conseille des playlists. Et comme je sais que vous jouez de la guitare, vous avez peut-être des morceaux, des recos à nous faire.
Caporal-chef Matthieu : Oui, c'est vrai qu'à la guitare, j'aime beaucoup faire du ACDC. Donc forcément, je vais vous dire ACDC, Metallica, Linkin Park, ce sont des groupes qui sont incroyables.
Samantha Lille : Est-ce que vous l'emmenez aussi en mission, votre guitare ?
Caporal-chef Matthieu : Non, j'y tiens et j'ai peur de l’abîmer.
Samantha Lille : Donc vos collègues ne peuvent pas profiter de vos talents ?
Caporal-chef Matthieu : Non, c'est vrai. Je ne joue pas devant un public. J'aime bien être tout seul pour jouer de la guitare, donc c'est vrai, je n’en fais pas profiter les amis ni la famille.
Samantha Lille : C'est peut-être dommage !
Caporal-chef Matthieu : Oui, peut-être.
Samantha Lille : On va y repenser pour la prochaine fois. Merci beaucoup.
Caporal-chef Matthieu : Avec plaisir.
Samantha Lille : Je donne rendez-vous à nos auditeurs le mois prochain pour un nouveau Defcast. N'hésitez pas à réagir sur les plateformes de podcast et sur nos réseaux sociaux et surtout à vous abonner. À bientôt.
Caporal-chef Matthieu : À bientôt.
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