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30/05/08 - Allocution du général Cuche, chef d'état-major de l'armée de Terre, lors du séminaire du CORTOME

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Mise à jour : 28/06/2010 05:26

J'ai naturellement plaisir à me retrouver parmi vous aujourd'hui à ce séminaire du commandement organique Terre de l'Outre-mer et de l'Etranger (CORTOME) pour vous parler de la réforme de l'armée de Terre.

Cette réforme sera de grande ampleur et elle concernera également nos forces stationnées outre mer et à l'étranger. Je l'ai écrit, je l'ai dit à plusieurs reprises, j'ai souhaité cette réforme car elle doit nous permettre de moderniser l'armée de Terre.

L'adaptation aux engagements réels et les plus probables est en effet un impératif. Nous devons prendre acte des changements de paradigme stratégique et de la situation financière de la France pour réussir notre modernisation. A l'initiative du Président de la République et chef des armées, les travaux du Livre blanc et ceux de la RGPP vont fixer pour plusieurs années le cadre de la stratégie militaire de la France et les moyens financiers afférents. Nous sommes dans la phase terminale de ces travaux. Le Président devrait présenter publiquement les attendus du Livre blanc le 17 juin prochain. Les annonces concernant les restructurations pourraient intervenir soit à la fin du mois de juin, soit mi-juillet.

L'armée de Terre aura des moyens pour se moderniser ; le Président s'est engagé à maintenir l'effort de défense à hauteur de 2% du PIB. Mais l'armée de Terre n'aura pas de moyens supplémentaires. Comme les autres armées, nous devrons faire des choix dont certains seront douloureux.

Je vous propose de faire un point de situation de ces travaux, de leurs conséquences pour l'armée de Terre, tout en vous précisant que ce ne sont là que des tendances lourdes dans l'attente des décisions officielles.

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Le Livre blanc tout d'abord.

Il a pour objectif, vous le savez, de remettre en perspective les ambitions de la France en fonction de la situation stratégique et des ressources de l'Etat.

De ce que j'en connais, le Livre blanc reprend à son compte des analyses que je partage depuis longtemps et qui ont le mérite de la clarté. Ainsi, il prend acte du changement de la menace, de l'improbabilité d'une guerre conventionnelle symétrique aux portes de la France à moyen terme et de l'émergence de nouveaux risques. La contribution des forces armées à la sécurité du territoire et la nécessaire interopérabilité des acteurs de la Défense et de la sécurité sont plus fortement affirmées que précédemment. Le centre de gravité stratégique de la France pourrait désormais se situer sur un axe Méditerranée-Golfe persique-océan Indien. La participation de la France à l'Europe de la Défense sera renforcée, avec comme préalable un rapprochement avec l'OTAN.

Au bilan, le Livre blanc donne plutôt la priorité aux capacités d'intervention aéroterrestres comme instrument privilégié de la stratégie militaire de la France et il reconnaît l'importance de l'armée de Terre dans la protection du territoire. Nous en trouvons la traduction concrète dans ce qui sera notre nouveau contrat opérationnel. L'armée de Terre devra en effet être capable de mettre sur pied en 6 mois une FOT 30 000 hommes pour une intervention extérieure de grande ampleur ; ce qui suppose d'avoir rapatrié nos forces déjà engagées sur des théâtres secondaires. 10 000 hommes devront pouvoir être engagés simultanément sur le territoire national ; ce qui est nouveau et qui marque la reconnaissance de notre rôle éminent au titre de la sécurité de nos concitoyens. Enfin, 5 000 autres seront en alerte permanente.

Soyez bien conscients que nous revenons d'assez loin sur toutes ces questions. Mais le CEMA et moi-même avons été entendus.

Bien que réduites en volume, toutes nos capacités militaires seront en effet préservées. Nos lacunes actuelles en termes d'aéromobilité et l'obsolescence de certains de nos équipements sont identifiées. La spécificité militaire est préservée ainsi que la nécessaire complémentarité des moyens de sécurité et de Défense, alors que certains étaient favorables à des rapprochements organiques, conférant de facto aux forces militaires un rôle secondaire.

A ces réflexions du Livre blanc qui vont globalement dans le bon sens, dans le sens attendu par l'armée de Terre, s'ajoutent les travaux de la RGPP. L'objectif de cette démarche, que vous devez connaître et qui s'applique à l'ensemble des administrations, est de réformer la puissance publique pour générer des économies budgétaires et désendetter l'Etat. La baisse des effectifs est le levier privilégié pour y parvenir. Et le ministère de la Défense, comme les autres ministères, mais plus que les autres en proportion pour ce qui concerne le personnel militaire, appliquera le principe voulu par le Président du non renouvellement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Il est cependant convenu pour notre ministère que les gains ainsi réalisés seront entièrement réinvestis au profit du renouvellement des équipements et de l'amélioration de la condition militaire.

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Prenant en compte ces attendus généraux sur le Livre blanc et la RGPP, l'armée de Terre, comme les autres armées, réduira son format, se réorganisera et nous procèderons à des rééquilibrages capacitaires.

Notre idée de manoeuvre est de faire porter prioritairement l'effort sur les soutiens et l'administration afin de préserver les forces.

Pour cela :

Nous diminuerons le format de l'administration centrale et nous poursuivrons sa déconcentration.

Nous supprimerons des états-majors de forces et régionaux.

Des régiments et des formations seront dissous, d'autres seront regroupés et densifiés au sein de bases de défense interarmées ; une cinquantaine pour l'armée de Terre.

Nous le ferons cependant en respectant certains principes nous permettant de renforcer nos capacités opérationnelles et d'améliorer la condition militaire.

Nos forces resteront ainsi articulées autour de huit brigades interarmes, disposant du soutien logistique afférent : deux brigades dites de décision, deux d'engagement d'urgence et quatre multi-rôles. Elles seront soutenues par une brigade logistique renforcée et appuyées par trois brigades spécialisées (BRENS, BTAC et BFST).

Nous procéderons en interne à des rééquilibrages entre les fonctions opérationnelles ; le combat débarqué, les moyens blindés roues-canon seront conservés à leur niveau actuel. L'artillerie et le génie seront en revanche resserrés ; certaines capacités seront réparties dans les régiments restants. Nous poursuivrons la montée en puissance des capacités de renseignement qui nous font défaut, en créant dès cet été les premières Unités de Renseignement de Brigade.

Par ailleurs, la densification de nos implantations nous permettra d'améliorer la préparation opérationnelle de nos forces. L'allègement des tâches administratives et de soutien au sein des régiments facilitera leur recentrage sur l'entraînement et la préparation au combat. En outre, deux grands complexes d'entraînement seront créés, celui de Champagne autour du camp de Mourmelon et celui de Provence à Canjuers.

Concernant la condition militaire, nous avons redessiné la carte de nos implantations en prenant en compte l'attractivité des bassins de vie en termes d'emploi des conjoints, d'éducation, de logement et de recrutement.

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Vous le savez, et le général Lechevallier vous en a parlé avant moi, notre dispositif outre mer et à l'étranger sera affecté ; il sera resserré. En l'état, nous avons quelques certitudes que nous pouvons déduire de ce qui précède et beaucoup d'incertitudes. Les seules certitudes, concernant notre dispositif outre mer, portent sur le maintien de nos forces en Guyane, voire leur renforcement, ainsi que de notre présence dans l'Océan indien. Pour le reste, les négociations interarmées et interministérielles se poursuivent afin de garantir partout la présence de l'Etat ; l'objectif étant de limiter les duplications. A l'étranger, notre dispositif permanent en Afrique évoluera également. Le bien fondé de disposer de forces stationnées en permanence et de points d'appui permettant la projection de forces venues de métropole ou leur entraînement, n'est pas remis en question. Cependant, le nombre de ces points d'appui sera réduit. Le choix sera fait en fonction du nouveau centre de gravité stratégique et du résultat de la renégociation de nos accords de défense. Ainsi, notre implantation durable dans le golfe persique se confirme.

Cette ré articulation de notre dispositif, vous vous en doutez, aura nécessairement des conséquences sur notre façon d'appréhender l'outre mer et l'étranger. La gestion de nos personnels sera différente de ce qu'elle est aujourd'hui, en particulier pour les Tdm et les Légionnaires ; la réduction du format, conjuguée à la pression des opérations, nous imposera de réévaluer nos ratios tournants-permanents et probablement de réviser notre politique des MCD / « proterre ». Là où nous conserverons des détachements, la création de bases de défense devrait conduire à densifier notre organisation autour d'une entité Terre unique.

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Je terminerai en vous disant que cet effort considérable de réorganisation devrait, certes, se traduire dans la prochaine LPM par des baisses importantes d'effectifs, mais aussi par la priorité donnée à la modernisation des équipements terrestres et d'aérocombat. Ce ne sera là que la juste reconnaissance de la contribution éminente de l'armée de Terre aux opérations. Mais le temps presse désormais. Le besoin est urgent car il en va de la vie de nos soldats. En particulier, nos forces en Afghanistan seront engagées dès cet été auprès de nos alliés dans de véritables opérations de combat dans la durée. Je ne doute pas cependant que la réalité de la guerre finira rapidement de convaincre ceux qui avaient encore des interrogations sur la nécessité de réinvestir au profit des forces terrestres, comme l'ont fait avant nous les Américains, les Britanniques ou les Israéliens.

Je vous remercie.

Sources : armée de Terre 2008
Droits : Armée de Terre 2008

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