Monsieur les élus,
Messieurs les officiers généraux,
Général Verlot,
Mes chers camarades chasseurs et hussards,
C'est avec beaucoup d'émotion que je participe à ma première commémoration de la Sidi Brahim en tant que chef d'état-major de l'armée de Terre.
C'est également avec un profond plaisir que je partage avec vous ce moment de communion dans le souvenir du sacrifice de nos anciens. Vous me permettrez d'y associer le souvenir de nos frères d'armes morts en Afghanistan, au service de notre pays.
Je voulais d'emblée vous féliciter, chasseurs et hussards, pour votre allure et votre rigueur lors de la prise d'armes.
Je souhaite vous dire en quelques mots en quoi je suis attaché à perpétuer la commémoration de la Sidi Brahim, comme d'autres grands évènements qui ont rythmé l'histoire militaire française.
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La raison est simple : Sidi Brahim et l'esprit chasseur qui en découle, restent, un siècle et demi après, d'une grande actualité et une source d'inspiration pour notre action militaire, présente et future.
La Sidi Brahim nous rappelle le sens et l'exigence de l'engagement militaire, pouvant aller jusqu'au sacrifice, et dont je tiens, dans un contexte opérationnel toujours plus complexe et meurtrier, à souligner l'importance.
Depuis l'épopée glorieuse de Sidi Brahim, les plis de votre drapeau témoignent et sont toujours porteurs d'une « force morale » hors du commun. Cette « force morale », faite de rigueur, d'allant, d'enthousiasme, de volonté et de camaraderie, a permis à nos anciens de venir à bout des épreuves les plus rudes. C'est toujours elle qui doit nous permettre non seulement de surmonter les nouveaux défis qui attendent l'armée de Terre, mais également d'atteindre tous les objectifs opérationnels qui nous seront fixés dans un contexte de plus en plus difficile.
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Car les temps ne sont pas faciles, vous le savez. Le monde est aujourd'hui aussi troublé qu'imprévisible, ce qui nous conduit, en coalition, à nous efforcer de maîtriser certains foyers d'instabilité au plus loin de nos quartiers et des préoccupations quotidiennes de nos concitoyens. L'Afghanistan nous renvoie aux dures réalités de la guerre, derrière le vocable toujours trompeur d'opérations de stabilisation ou d'aide de retour à la paix.
Ces évolutions en cours ou prévisibles, tout autant que des contraintes d'équilibre budgétaire désormais incontournables, ont conduit à la redéfinition de nos choix stratégiques.
Tout cela nous impose de poursuivre le vaste effort de réorganisation initié en 1996, qui a permis de réussir la professionnalisation en 2002. L'armée de Terre va conduire une réforme ambitieuse et nécessaire, où elle perdra près de 24 500 personnels (dont 19000 militaires et 5500 civils) et 18 régiments en métropole et abandonnera une trentaine de garnisons. Ces nouvelles perspectives n'affecteront les Chasseurs qu'à la marge, avec le transfert de deux régiments : le 16 à Illkirsch et le 7 à Varces mais toutes nos capacités d'infanterie et toutes les unités de chasseurs seront préservées.
Contre vents et marées, ma seule et unique priorité reste l'engagement opérationnel. Je puis vous assurer que nos bataillons sont bien entraînés, et équipés des meilleurs matériels dont nous disposons. Notre efficacité opérationnelle est unanimement reconnue en France et à l'étranger et ce ne sont pas nos pertes qui m'amèneront à douter du courage de nos soldats et de la solidité de nos unités, même si nous avons l'ardente obligation de tirer toutes les conséquences des derniers engagements. La guerre est par définition un choc de volontés par nature contingent, qui réclame de la part du chef intelligence et instinct. Je rappelle que nos bataillons et nos équipes de liaison auprès de l'armée afghane se battent quasiment chaque jour et qu'elles ont eu depuis le début du mois d'août plus d'une trentaine d'accrochages.
L'engagement du 27e BCA en Kapisa à partir du mois de décembre, pendant les mois d'hiver, est dans la logique des choses. Il va pouvoir faire la preuve, dans des conditions et un milieu exigeants qui lui sont familiers, de son excellent niveau opérationnel. Il peut témoigner de l'investissement que nous réalisons au profit de nos unités projetées en opérations. Pour illustrer mon propos, permettez-moi d'avoir recours à quelques chiffres parlant : le bataillon a reçu près de 400 000 cartouches supplémentaires de 5.56 mm en plus de sa dotation initiale. Nous avons engagé depuis le début de l'année en adaptation réactive, au profit des 2400 hommes engagés en Afghanistan, 8 M€ pour les équipements personnels et 108 M€ pour les équipements lourds soit 116 M€.
La préparation opérationnelle du 27 est sans commune mesure avec ce que nous faisions jusqu'alors. J'insiste auprès de son chef de corps et de son commandant de brigade ici présents, pour qu'elle s'effectue avec la plus grande rigueur, en s'appuyant sur les règles en vigueur, fruit de longues années d'expérience et de réflexions et sur les retours d'expérience de nos engagements récents.
A ce titre je souhaite que l'esprit chasseur soit un guide pour l'apprentissage de nos savoir-faire tactiques : l'esprit d'une manoeuvre et d'un commandement en souplesse et en équipe, où chacun, quel que soit son grade, est formé à prendre des initiatives, à l'exemple héroïque du caporal Lavayssière à Sidi Brahim, dans l'obéissance aux ordres reçus. C'est l'esprit d'un commandement moderne, adapté à la conduite des opérations actuelles au sein des populations.
L'entrainement doit aussi laisser une large place à l'aguerrissement, dont j'ai souhaité qu'il devienne la préoccupation quotidienne de nos régiments. A ce titre, permettez-moi de faire une incise sur les centres d'aguerrissement en montagne : je n'ai pas d'autres solutions pour réduire nos coûts de fonctionnement tout en préservant prioritairement nos régiments, que de fermer certains organismes, y compris de formation et de préparation opérationnelle. Mais si je ferme le contenant, le contenu sera préservé car il est indispensable à l'excellence opérationnelle des formations. Cette capacité (ce contenu) sera reprise par un ou deux bataillons que je désignerai au terme des études en cours et auxquels je donnerai bien évidemment tous les moyens humains et matériels pour remplir leur mission. Je rappelle enfin que nous avons, entre les Alpes et les Pyrénées, 26 postes de montagne dont certains sont de véritables casernes. Il y a de quoi faire, nous le ferons différemment tout en gagnant en effectifs et en crédits sur le fonctionnement courant. C'est le prix à payer pour améliorer la préparation opérationnelle et les équipements de nos soldats tout autant que leurs conditions de vie.
Vous le voyez, nous traversons une époque incertaine voire imprévisible où il faudra nous adapter et réagir promptement face aux nouveaux enjeux. Je sais pouvoir compter sur nos Chasseurs dont les qualités individuelles et collectives décrites par le maréchal Lyautey en 1931 dans son manuscrit sur l'esprit chasseur, sont toujours d'actualité: l'« allant » et la « rapidité d'exécution de ceux qui pigent et qui galopent », en un mot la vivacité d'esprit et de corps.
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Je terminerai en soulignant le rôle éminent, de la FNAC, dans la préservation du lien entre l'armée d'active et la Nation. Je salue plus particulièrement votre contribution à l'entretien de la mémoire, et vos actions concrètes pour faciliter le retour à la vie civile des anciens chasseurs. Je compte sur vous à l'avenir, pour accompagner les évolutions de l'armée de Terre et pour continuer évidemment d'épauler nos soldats et leurs familles. Je note d'ailleurs avec reconnaissance, que le cercle de nos anciens nous a bien épaulés dans les moments que nous venons de traverser
Permettez-moi de remercier plus particulièrement votre président, le général Verlot, unanimement reconnu comme le « Grand animateur » et l'ardent défenseur de la « Cause chasseur ». Son dévouement depuis 1993, d'abord comme premier vice-président jusqu'en 2004, puis comme président, est reconnu par tous et mérite d'être souligné.
Je souhaitais également évoquer l'action du colonel Monneveu et de monsieur Jacotot, comme vice-présidents, qui entretiennent activement la présence et l'esprit chasseur au sein des amicales et des bataillons d'active. Qu'ils en soient vivement remerciés.
Messieurs les Chasseurs, soyez fiers de votre héritage et continuez à cultiver votre état d'esprit si particulier et à le faire rayonner autour de vous.
Cet état d'esprit, vous l'aurez compris, je le prône naturellement pour toute l'armée de Terre car de nos cultures d'armes croisées naîtra une puissante efficacité ; il est à mon sens l'une des clés de la réussite des réformes que nous allons conduire et de nos succès en opérations.
Cet été, le hasard de mes randonnées dans les Vosges, m'a amené à me recueillir quelques instants dans une tranchée du Linge, haut lieu de l'héroïsme de nos chasseurs. J'y ai confirmé deux certitudes : la première est que l'engagement opérationnel ne supporte pas l'à peu près. La seconde : que vous tous, continuerez à écrire l'histoire des Chasseurs, et donc celle de notre pays, avec l'allant de vos anciens.
Je laisse à votre président le soin de lancer votre « cri » de tradition et vous demande le privilège d'y faire écho avec vous.
(« Par le Duc d'Orléans notre Père, Vive les Chasseurs ! »)
Sources : Armée de Terre 2008
Droits : Armée de Terre