M. le Préfet,
M. le Député,
M. le Maire,
Messieurs les officiers généraux,
Mon cher président Desgeorges,
Mesdames, messieurs, mes chers amis et jeunes camarades
Je veux remercier et féliciter votre nouveau chef de corps, le colonel Duchon de m'avoir convié à cette traditionnelle cérémonie de rentrée.
C'est avec une profonde émotion que je me replonge dans ces souvenirs et que je retrouve ces murs, que j'ai quittés voilà 40 ans, pour rejoindre les classes préparatoires du lycée militaire d'Aix. C'est également avec un immense plaisir que je retrouve les têtes connues de certains de mes camarades.
J'ai passé dans cette enceinte, que l'on appelait encore « école militaire préparatoire d'Autun », qui deviendra collège en 1971 puis lycée en 1983, sept années qui comptent dans la vie d'un homme et j'y ai noué des liens particulièrement forts de camaraderie, qui perdurent encore aujourd'hui. Entré en 6e à la fin de la guerre d'Algérie, j'en suis ressorti tout juste après mai 1968, après avoir passé mon bac dans les conditions assez rocambolesques qui ont prévalu cette année là.
Bien du chemin a été parcouru depuis 1885, date à laquelle l'école d'Autun devenait une école d'enfants de troupe de cavalerie. Nos écoles puis collèges et enfin lycées militaires, parfois décriés, régulièrement menacés, mais toujours enviés pour la qualité de leur enseignement, ont continué de répondre à leur double vocation : l'aide aux familles et l'aide au recrutement d'officiers.
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L'aide aux familles a toujours été une constante et je me souviens que bon nombre de mes camarades étaient orphelins d'un père tué en Indochine ou en Algérie, ou issus de milieux plus que modestes. Aujourd'hui, cette mission à caractère social doit perdurer en appui d'une armée professionnelle toujours très sollicitée par ses engagements opérationnels.
Mais il est clair que nos lycées militaires ne doivent pas être réservés aux seuls enfants de militaires mais s'ouvrir, comme c'était d'ailleurs le cas il y a près de 40 ans, à l'ensemble de la société nationale et offrir, en juste proportion, à tous ceux qui le souhaitent, cette exceptionnelle opportunité de s'élever et de se construire par le travail dans un cadre bien structuré. Je suis fier de dire que j'en suis, parmi d'autres, sinon un exemple, du moins la preuve. Ce qui ferait sourire tous mes anciens professeurs
Aussi j'approuve et je soutiens la mise en oeuvre cette année au sein de votre lycée, du plan « égalité des chances » qui concerne 9 élèves boursiers en seconde et se traduit par l'ouverture d'une « classe préparatoire à l'enseignement supérieur » comprenant une quinzaine d'élèves, qui devraient ensuite se diriger vers un métier de la Défense.
Ce plan ambitieux, ne vise en aucun cas à se substituer à l'action de l'Education nationale. Il est tout à la fois, la marque de la confiance que la Nation toute entière accorde à nos lycées militaires, le symbole de l'engagement de la Défense dans la solidarité nationale, mais aussi la reconnaissance de l'enseignement de qualité délivré par l'ensemble de nos équipes pédagogiques.
Si nos armées disposent d'atouts évidents - expérience, promotion interne, discipline - c'est d'abord à vous, enseignants et encadrement des lycées militaires que reviendra le rôle essentiel d'intégrer ces jeunes et de réussir cette ouverture. C'est pourquoi, les lycées militaires, en offrant des chances égales à tous dans la préparation des concours et en inscrivant leur action dans les priorités actuelles du ministre, conserveront toute leur place au sein de notre outil de Défense.
Je veux finir cette partie en vous donnant mon sentiment personnel sur le sujet. Certes, l'égalité des chances consiste à offrir une opportunité qui permet de combler un certain retard afin d'être dans les mêmes conditions que les autres pour présenter un concours ou un examen ; mais l'égalité des chances, c'est d'abord la volonté et le travail régulier et soutenu pour combler ses lacunes, en dépit de son milieu social ou de ses qualités intellectuelles. Je crois à la vertu égalisatrice du travail et je vous incite tous à travailler d'arrache-pied pour ensuite avoir le choix dans la construction de votre projet professionnel.
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L'aide au recrutement d'officiers au profit des armées doit rester une priorité très claire et je me réjouis de voir les classes préparatoires y contribuer avec une efficacité qui ne se dément pas au fil des ans. Votre présence en ces murs est la première étape d'un projet professionnel qu'il vous appartient de mûrir au travers des enseignements délivrés par ce lycée que je sais moderne et dynamique, loin des images d'Epinal traditionnellement attachées à nos lycées militaires.
Car la tradition, la vraie, ce n'est pas le repli sur soi dans le cocon confortable des idées préconçues et dépassées. La cohésion qui fait votre force n'est pas le sectarisme qui rejette les autres. Vous venez tous d'horizons différents, avec votre passé, vos expériences. Alors profitez de cette situation, de l'occasion qui vous est offerte, pour vous enrichir de vos différences, en un mot pour vous ouvrir aux autres.
J'en profite pour renouveler ma ferme opposition à toute forme de bizutage qui humilie et peut traumatiser celui qui en est la victime. Le dernier officiellement recensé à Autun remonte au mois d'octobre 2006.
Sachez que cette déviance est interdite en vertu d'une loi de la République de juin 1998 et par le règlement intérieur des lycées militaires.
Pour beaucoup d'entre vous, vous avez décidé de devenir officier. Je comprends que ce choix provoque une certaine exaltation mais ne confondez pas ce qui est l'essentiel - votre vocation militaire - avec des pseudo-traditions censées vous donner un semblant de vernis militaire.
Vous n'êtes ni propriétaires, ni dépositaires des traditions de nos armées. Les vraies traditions restent une prérogative du commandement. Elles restent surtout l'attribut de tous ceux qui écrivent l'histoire de ce pays avec leur sang et leur sueur, souvent loin de ceux qui les aiment, « loin de chez nous » comme le dit notre chant.
Si certains d'entre vous se sont donnés pour mission d'entretenir certaines valeurs dites traditionnelles, ils agissent en marge du commandement voire contre lui, en organisant de véritables hiérarchies parallèles et en créant une véritable culture de la désobéissance. C'est inacceptable car l'honneur militaire c'est le devoir d'obéissance, tout autant que l'exemplarité.
Certains également estiment que leur devoir consiste à « former » les plus jeunes. A ma connaissance, vous n'avez reçu aucune mission de formation. Vous n'en avez ni la capacité, ni le droit, ni l'expérience. Vous avez en revanche le devoir de vous former intellectuellement, de travailler à la réussite de vos concours. C'est déjà un beau programme!
A titre personnel, sachez qu'en 9 années de lycées militaires ici et à Aix, je n'ai pour ma part, jamais été bizuté. Ce qui ne signifie nullement que notre vie était morose mais nos chahuts s'inscrivaient naturellement dans une ambiance de saine camaraderie dont la tonicité, il est vrai, ne facilitait pas la tâche de nos cadres.
Dans nos armées, il n'y a qu'une seule tradition : le service de la France !
Enfin, certains de ceux qui fréquentent le lycée préféreront rechercher dans le civil des satisfactions professionnelles à la hauteur des efforts qu'ils auront consentis. On ne peut que se féliciter de cette nécessaire respiration entre les mondes civil et militaire, surtout au moment où se forgent les caractères et les personnalités, et je suis convaincu que les liens d'amitié noués tout au long de ses années y contribueront durablement.
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Mon intervention s'achèvera par la délivrance de quelques messages « d'ancien ».
Je veux témoigner aux professeurs et éducateurs civils et militaires qui ont fait de ce lycée, au fil du temps, ce qu'il est aujourd'hui, la gratitude des armées, et tout particulièrement celle de l'armée de Terre, pour le travail accompli. Qu'ils soient remerciés pour l'enseignement dispensé, pour l'éducation patiemment inculquée mais aussi pour avoir su entretenir cet état d'esprit si particulier fait de joie de vivre, mais aussi de culture du résultat, qui distingue généralement « l'Autunois » de ses pairs.
Cette cérémonie m'offre enfin l'occasion de livrer à votre réflexion quatre principes qui m'animent depuis que je suis tout petit, ici à Autun, et qui vous permettront de mieux aborder cette année scolaire dont les débuts peuvent parfois être difficiles : la rigueur, l'enthousiasme, la volonté, la camaraderie.
La rigueur que j'évoque n'est pas cette rigidité stérilisante qui caractérise parfois à tort le militaire de façon caricaturale, mais plutôt cet état d'esprit comportemental qui incite à l'amour du travail bien fait mais également au respect de soi-même et bien sûr des autres. Travaillez avec rigueur : ce lieu de recueillement (le lycée est un ancien séminaire ) y est propice.
Jeunesse oblige, l'enthousiasme est normalement votre seconde nature. C'est un peu le courage du coeur, une émotion communicative puissante qui produit cette étonnante capacité à surmonter les obstacles les plus rudes. Et si par malheur il devait s'émousser, il ne faudrait jamais céder au découragement, mais aller au bout de soi-même, au bout de sa volonté.
La volonté, c'est le courage de la tête, le courage de l'esprit. C'est le choix entre l'effort et le renoncement, entre l'épreuve et le soulagement, entre la réussite et l'échec. Vous êtes ici pour réussir votre vie d'adulte et votre vie professionnelle.
Mais ces trois vertus ne seraient rien sans la camaraderie, ce liant très fort qu'il convient de cultiver avec soin, d'abord parce qu'il est l'antidote absolue à l'isolement et au repli sur soi, ensuite parce que c'est un fabuleux multiplicateur d'énergie qui vous aidera à réussir, aujourd'hui vos études et demain votre vie personnelle et professionnelle. Oui la camaraderie est une réalité à Autun. Le parrainage des classes de 6e par les prépas en est un exemple émouvant, que l'on ne trouve nulle part ailleurs, mais déjà quand j'étais en 6e, les grands s'occupaient des petits.
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Naturellement, je ne peux me retrouver dans cette école sans avoir une pensée pour ceux qui nous ont précédés. L'école a formé un grand nombre des cadres de la République et de ses armées dans la défense de notre pays et de ses valeurs. Je veux avoir une pensée particulière pour tous ceux qui, au seuil de leur vie d'homme, dans nos maquis, ont fait le sacrifice suprême de leur existence pour que flottent fièrement toujours les trois couleurs auxquelles vous venez d'être présentés, pour que notre chère devise « pour la patrie toujours présents » ait un sens.
Pour conclure, je dirai qu'un minimum de rigueur, un maximum d'enthousiasme, une bonne dose de volonté lorsque le travail se fait plus ardu et surtout de puissants liens de camaraderie vous arment pour réussir, ne serait-ce que par reconnaissance envers tous ceux qui vous y aident chaque jour dans ce lycée, vos professeurs, vos cadres et l'ensemble du personnel civil et militaire.
Bien évidemment, il vous faudra une bonne dose de chance. L'an passé à Aix, le commandant du Lycée a eu la gentillesse de me remettre mon dossier scolaire. Sa lecture a ravivé en moi bien des souvenirs mais elle m'a surtout ramené sur terre et à une certaine humilité.
Je vous souhaite d'être heureux entre vous et au milieu de tous ceux qui vous aident à grandir, vos professeurs et vos cadres. Je vous souhaite bonne chance dans vos études et dans votre vie d'adulte qui, croyez moi, viendra plus vite que votre insouciance bien compréhensible ne vous le laisse penser.
Bonne année scolaire à vous tous et à vous toutes, élèves, professeurs et cadres de cette école à laquelle, comme tant d'autres, militaires et civils unis dans une même fidélité, je dois tout
Sources : Armée de Terre 2008
Droits : Armée de Terre 2008