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15/03/08 - Discoursdu général Bruno Cuche, chef d'état-major de l'armée de Terre, devant l'assemblée générale de la Saint-Cyrienne

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Mise à jour : 28/06/2010 05:26

Mon général et cher Président,
Mes chers anciens,
Mes chers camarades,

C'est toujours pour moi un plaisir renouvelé de me retrouver parmi vous. Vous savez combien je suis attaché de coeur à la famille des Saint-Cyriens. Mais l'heure n'est ni au lyrisme, ni à l'introspection sur le passé. L'avenir de l'armée de Terre va s'écrire dans les prochains mois et les Saint-Cyriens en seront les acteurs principaux.

En quelques mots, je vais maintenant vous donner mon appréciation de situation sur les perspectives d'évolution de l'armée de Terre puis je vous dirai comment je vois le profil de l'officier Saint-Cyrien au XXIe siècle.

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2008 sera l'année du changement, d'une réforme importante pour l'armée de Terre qui répond à un double impératif : la réduction des dépenses publiques et l'adaptation des forces au nouveau contexte géopolitique.

Soyons très clairs. Les perspectives budgétaires sont mauvaises. Le Président de la République s'est engagé au maintien des dépenses de Défense à plus ou moins 2% du PIB mais les besoins dépassent aujourd'hui très largement les capacités de financement. Pour atteindre l'objectif d'assainissement des finances publiques, le gouvernement a déjà annoncé le non renouvellement par an d'un départ sur deux à la retraite de fonctionnaires, soit 6 000 personnels militaires et civils pour la défense pendant cinq ans. Pour l'armée de Terre, la facture pourrait s'élever à moins 13 000 sur la durée du quinquennat, soit moins 9 000 personnels militaires et moins 4 000 personnels civils. Par ailleurs, nous sommes amenés à nous réorganiser pour réaliser des économies d'échelle en termes de fonctionnement courant. Nous avons ainsi pour projet de diminuer le nombre de nos emprises sur le territoire national et à l'étranger, ainsi que de mutualiser en interarmées, voire d'externaliser vers le secteur privé certaines fonctions d'administration et de soutien.

Volontairement, je n'entrerai pas devant vous dans le détail. La raison est simple : les travaux tant au titre du livre blanc que de la RGPP ou de la revue de programmes sont toujours en cours. Le Président de la République, chef des armées n'a encore rien décidé. Toutes les options restent ouvertes.

Car au-delà de ces considérations budgétaires difficiles, auxquelles évidemment il nous faut ajouter des considérations de politique nationale et locale qui limiteront nécessairement les ambitions de remodelage de notre organisation territoriale, je vois dans la réforme qui s'annonce l'opportunité d'accélérer la modernisation de nos forces dans deux directions : l'amélioration de la condition militaire et le renouvellement des équipements.

L'amélioration de la condition militaire. C'est la marque de la considération de la Nation à l'égard de ses soldats. C'est un facteur constitutif essentiel de la « force morale » de l'armée de Terre et donc de son efficacité opérationnelle. Or, malgré les efforts de rattrapage déjà réalisés, « l'ordre guerrier », pour reprendre l'expression du général de Gaulle, reste en retrait et ne bénéficie pas encore, par rapport à la fonction publique en uniforme, d'une considération tout à fait à la hauteur du caractère exceptionnel de son métier. Le Président de la République - qui a évoqué lors de ses voeux aux armées le décrochage des officiers - et le ministre de la Défense, se sont engagés à redistribuer une partie des économies générées par les suppressions de postes au profit des rémunérations. Un premier effort se fait sentir cette année. J'attends, pour ma part, l'application de la nouvelle grille indiciaire, une fois que sera intervenue la publication de certains décrets particuliers. Et je souhaite que les mesures au profit des officiers ne soient pas différées. Je fais observer qu'en Grande-Bretagne, le relativisme n'a pas cours. Ainsi, suivant littéralement les recommandations de l'AFPBR (Armed Forces' Pay Body Review soit l'équivalent de notre Haut comité d'évaluation de la condition militaire), le gouvernement a octroyé pour 2008 une augmentation de 3.5% des rémunérations des militaires contre 1.9% pour le reste de la fonction publique.

Le renouvellement de nos matériels est également urgent du fait de l'obsolescence avancée des parcs et de leur nécessaire adaptation aux différents contextes d'engagement. C'est le cas en particulier des hélicoptères de manoeuvre. Les premières commandes du NH90 sont enfin passées ce qui nous permettra de disposer du premier appareil en 2011. L'arrivée en 2008 des premiers VBCI (42), des canons Caesar (16), du Tigre (6) constituent des avancées très positives et je compte bien faire en sorte qu'ils soient déployés en opération dès que possible. L'acquisition des VHM (Véhicule haute mobilité) et du LRU (Lance roquette unitaire), dont les Britanniques font un usage intensif en Afghanistan reste à l'ordre du jour. Plus encore, sur le court terme, je veux tout à la fois garantir la pérennité des programmes dits de cohérence opérationnelle (munitions, optronique, communications) et modifier le processus d'acquisition en urgence de matériels en fonction des conditions locales en opération (tourelleaux téléopérés 12.7, dispositif anti IED). A plus long terme, il s'agira prioritairement de remplacer nos engins blindés roue-canon Sagaie et AMX 10RC dont les modernisations partielles ne sont que des rémissions. Mais vous me direz en m'écoutant. Mais alors, comment financer ? Si sur la problématique de la condition militaire, les pistes de financement sont assez évidentes, concernant les matériels, c'est plus délicat. En effet, nous vivons sur un héritage qui favorise les grands programmes selon des considérations d'abord industrielles. Nous continuons actuellement de privilégier le rendement industriel au rendement stratégique. Alors que les forces terrestres sont les plus engagées et les plus exposées en opération, l'investissement à leur profit décroit. Cette distorsion est dangereuse. Elle est dangereuse pour la vie de nos hommes sur le terrain. Elle menace notre performance opérationnelle et à ce titre l'influence stratégique de la France. Car aujourd'hui l'influence de la France se mesure essentiellement à la capacité à déployer des unités combattantes au sol. Au Darfour, comme ce fut le cas précédemment au Congo par deux fois (Artémis et Benga), la politique étrangère de la France repose sur la crédibilité de son armée de Terre autour de laquelle s'articulent les forces des pays alliés. De la même manière, la place de la France au sein de l'OTAN se mesurera à sa capacité à déployer des forces au sol aux côtés de ses alliés en Afghanistan. Car le véritable déficit n'est pas satellitaire, naval ou aérien mais terrestre, en hommes et en hélicoptères. La France qui va prendre la présidence de l'UE à l'été prochain a fait le choix de renforcer sa contribution à l'OTAN pour relancer la PESD (Politique européenne de sécurité et de défense ). Elle le fera notamment en s'engageant plus loin avec des soldats au sol. C'est là une donnée stratégique conjoncturelle qui se surajoute à une tendance stratégique lourde de prédominance des guerres longues au milieu des populations. Ce que les Israéliens, les Britanniques et les Américains ont déjà traduit par des rééquilibrages au profit de leurs forces terrestres. C'est pourquoi pour ma part, je m'oppose à une approche de réduction homothétique des budgets d'équipement et des effectifs des armées et que je milite pour une recapitalisation prioritairement en faveur de l'armée de Terre.

***

J'en viens au second volet de mon propos, quel officier Saint-Cyrien pour demain?

Pour déterminer les qualités des chefs de l'armée de Terre de demain, il faut se poser les bonnes questions. Un chef militaire pour quoi faire ? Je vous répondrai très simplement pour gagner la guerre, en la faisant ou en empêchant qu'elle ne se déclenche. Encore faut-il savoir ce que signifie la guerre ? Si ses modalités évoluent sans cesse et sa typologie s'avère diverse, sa nature, elle, reste immuable. Et je crois que la description qu'en donne Clausewitz dans De la guerre peut nous servir de référence au-delà des circonstances. Je retiendrai pour ma part l'idée que la guerre est d'abord un « affrontement des volontés », « un duel », pouvant conduire « à la montée aux extrêmes ». Donc, le chef militaire doit avoir comme première qualité la volonté, la force morale, celle qui permet de prendre l'ascendant sur l'adversaire. Cela signifie d'avoir avant tout du courage physique et intellectuel. Le courage physique pour affronter les pires circonstances, pour montrer l'exemple à ses soldats sur le terrain, en un mot pour commander. Le courage intellectuel pour « décider dans l'incertitude », pour reprendre l'expression du général Desportes. La formation académique n'est pas une fin mais un moyen pour analyser la complexité du champ de bataille car la guerre terrestre est d'abord un acte social, un moyen pour juger les situations, décider d'une manoeuvre et agir. Notre légitimité passe également par nos compétences tactiques sur le terrain et stratégiques. Sur la question tactique, je crois que nos écoles d'armes forment de bons chefs même si nous devons anticiper un durcissement sensible des opérations. Sur le plan de l'enseignement stratégique et de la culture militaire, nous avons progressé sous l'impulsion du Commandement de la Formation de l'Armée de Terre (COFAT) mais la « réacculturation » de nos officiers prendra un certain temps. Or je suis persuadé que notre reconnaissance au sein de la société passe par la réaffirmation de notre spécificité militaire et non par la recherche du mimétisme avec d'autres professions civiles. Nous sommes une exception professionnelle dans notre société démocratique et libérale mais cette exception, loin de nous en exclure, garantit au contraire notre appartenance. C'est elle qui fonde notre utilité sociale. Si nous abandonnons notre spécificité, nous perdrons notre efficacité et donc notre utilité. D'une certaine manière, notre identité professionnelle forte est la garante de notre intégration à la société. Les officiers Saint-Cyriens seront mieux entendus parmi les élites nationales non pas en faisant valoir principalement des compétences que les civils détiennent déjà mais en apportant une plus-value grâce à la conjonction de leur expérience opérationnelle et de leurs connaissances des sciences et de l'art de la guerre.

A ce titre, je voudrais saluer le général Godinot, notre président qui quitte aujourd'hui la direction de la Saint-Cyrienne. Durant son mandat, je peux en témoigner, il a parfaitement pris conscience de cet enjeu, réaffirmant l'identité Saint-Cyrienne sans la scléroser ou la figer, pour mieux rayonner au sein de la société civile. Il s'en est donné les moyens en ouvrant le conseil d'administration aux plus jeunes des officiers d'active et en sollicitant leur avis, en organisant un salon annuel du livre des Saint-Cyriens ou encore en pérennisant les débats lors des colloques et au sein du Casoar. C'est une dynamique à mon sens très positive. Et je crois qu'en initiant comme vous l'avez fait, mon général, le débat des idées entre officiers, en dehors des considérations formelles liées au grade ou à l'ancienneté, vous créez les conditions d'un renforcement de l'unité des officiers Saint-Cyriens et au-delà de tous les officiers. Ce n'est pas toujours facile. C'est encore plus difficile au sein de nos états-majors. Mais je compte sur vous pour que la famille des Saint-Cyriens continue d'évoluer autour d'une cohésion morale et intellectuelle réaffirmée et de la conscience collective d'appartenir à ce que la Nation peut produire de meilleur.

Je vous remercie.

Sources : Sirpa Terre
Droits : Armée de Terre

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