Je suis heureux de vous accueillir dans ce poste de commandement pour lancer officiellement cette nouvelle campagne de communication -recrutement de l'armée de Terre. Je vous remercie de l'attention que vous portez à notre armée de Terre - je dis bien notre - car elle est celle de tous les citoyens de notre pays. C'est pour cette raison que cette campagne de communication est simultanément lancée aujourd'hui à Paris et bien sûr en régions.
Avant de laisser le général Ponties, en charge du recrutement dans l'armée de Terre, vous présenter cette campagne, je vais répondre à 4 questions. Pourquoi avons-nous besoin de recruter ? Qui souhaitons-nous recruter ? De quoi les jeunes que nous recrutons doivent-ils avoir clairement conscience avant de s'engager ? Que leur proposons-nous ?
Je répondrai à ces questions à travers le prisme de ce qui est la seule raison d'être d'une armée, sa seule finalité, l'engagement opérationnel.
Pourquoi lancer cette campagne, pourquoi recruter ?
- Il peut sembler en effet paradoxal de lancer une campagne de communication-recrutement en période de réduction d'effectifs.
- Et pourtant, même en période de déflation, l'armée de Terre doit recruter inlassablement :
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- 14 100 jeunes « civils » ont ainsi rejoint l'armée de Terre en 2009
- et nous aurons besoin de 14 300 nouveaux soldats en 2010.
- Tout part des engagements opérationnels. Ce qui fonde la capacité opérationnelle d'une armée de Terre, son efficacité, c'est la combinaison de la qualité de ses équipements et de l'excellence de ses soldats. Or, il n'y a pas de mystère, cette excellence opérationnelle est très dépendante du dynamisme, de l'enthousiasme, en un mot de la jeunesse des unités de combat.
- Une armée de Terre a en effet besoin de soldats en pleine forme physique et morale, capables de s'engager sans retenue au service d'une cause qui les transcende, la défense de la sécurité et des intérêts essentiels de leurs concitoyens, où qu'ils soient menacés sur la planète.
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- - Par exemple, aujourd'hui un soldat engagé en Afghanistan ou au Liban porte sur son dos 30 à 40 kilos d'impédimenta, mais de plus en plus, désormais, de protection, de technologie pour mieux communiquer et mieux voir de jour comme de nuit, d'armement et de munitions. Bref, il vaut plutôt mieux être jeune !
- C'est pour satisfaire cet impératif opérationnel de jeunesse que l'armée de Terre doit se régénérer en permanence, c'est pour cette raison qu'elle renouvelle chaque année 10% de ses hommes et femmes, pour cette raison aussi qu'elle est composée à 72% de contractuels - ce que l'on oublie souvent avec une armée professionnelle - pour cette raison qu'elle a besoin cette année de recruter 14 000 jeunes Français.
- Mais c'est aussi pour cette raison qu'elle doit porter une attention particulière à la reconversion et à la réinsertion de tous ces jeunes gens qui ont si bien servi leur pays et ont acquis au fil des missions opérationnelles une fabuleuse expérience professionnelle et humaine.
Qui souhaitons-nous recruter ? Que leur disons-nous ?
- Tout jeune Français ou Française a sa place chez nous, sans discrimination d'aucune sorte, car l'armée de Terre est à l'image de la population du pays qui lui confie sa défense.
- L'armée de Terre offre des métiers et des parcours professionnels au même titre que n'importe quel employeur de ce pays. Mais elle offre aussi souvent une opportunité à des jeunes plus ou moins diplômés ayant parfois du mal à se positionner dans la vie active et à entrer dans cette même vie active.
- Ainsi, 75% de nos engagés volontaires ont un niveau scolaire d'un niveau égal ou inférieur au brevet des collèges ou au BEP mais ils font d'excellents soldats et pourquoi pas plus tard d'excellents cadres.
- En effet, l'important n'est pas tant pour nous ce que nos jeunes sont quand nous les recrutons, mais ce qu'ils auront - ce qu'ils ont - la volonté de devenir, pour une raison toute simple : on ne nait pas soldat, on le devient à force d'implication personnelle et de travail.
- Tout jeune Français ou Française peut donc rejoindre les rangs de l'armée de Terre, pour peu qu'il ou elle remplisse 4 conditions :
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- en avoir l'envie,
- en présenter les aptitudes physiques nécessaires,
- pouvoir acquérir des compétences professionnelles souvent exigeantes,
- avoir conscience du sens de son engagement et des exigences qui en résultent.
Ce point est fondamental.
- Un jeune qui envisage de s'engager doit savoir que le métier de soldat est bien plus qu'un métier, car il s'exerce dans la sphère bien particulière de l'incertitude et du danger.
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- On compare souvent la guerre à une partie d'échecs. Si aux échecs, à défaut de connaître les intentions de l'adversaire, on en voit au moins toutes les pièces. A la guerre, non seulement on ne connaît pas ses intentions, mais on ne voit pas non plus - ou alors très partiellement - les pièces de l'adversaire.
- Quant à comparer la guerre à la chasse, le général de Gaulle avait une formule explicite : « à la différence de la chasse, à la guerre, le lapin tire » !
- Ce métier n'est pas le seul à risques bien sûr. Mais le recruteur a une obligation morale de clarté vis à-vis du candidat potentiel à l'engagement qui doit avoir pleine conscience :
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- qu'il sera un serviteur de l'Etat, au service de son pays, exerçant un métier pour défendre des intérêts qui le dépassent ;
- qu'il sera un soldat, qui, quelle que soit sa spécialité, pourra être amené à utiliser son arme pour combattre.
- Il doit comprendre, comme doit le comprendre son entourage, qu'une fois choisi ce métier en conscience, il ne choisira plus ensuite ses missions en fonction de leur dangerosité.
- C'est pour cette raison - et ce n'est pas nouveau - qu'il atteste avoir pris connaissance, avant de signer son contrat, des articles de la loi portant sur le statut général des militaires, dont les suivants :
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- « L'armée de la République est au service de la Nation. Sa mission est de préparer et d'assurer par la force des armes la défense de la patrie et les intérêts supérieurs de la Nation. L'état militaire exige en toute circonstance esprit de sacrifice, pouvant aller jusqu'au sacrifice suprême, discipline, disponibilité, loyalisme et neutralité » (article 1).
- « Les militaires peuvent être appelés à servir en tout temps et en tout lieu » (article 7).
Qu'avons-nous à offrir à ces jeunes qui nous rejoignent en conscience ?
- Bien sûr, dès le début, une formation solide préparant directement à l'engagement opérationnel, formation faite d'instruction militaire et d'éducation à devenir des citoyens en armes respectueux des lois.
- Mais dans une armée « pro », la nécessité de jeunesse n'interdit ni l'expérience, ni la maturité. L'armée de Terre doit donc offrir des perspectives personnelles valorisantes et professionnelles responsabilisantes, et bien évidement de réelles possibilités de promotion à tous ceux qui veulent bien « s'élever par l'effort » et faire une carrière longue comme contractuel ou comme militaire de carrière.
- Dans notre armée de Terre où 77% des officiers de carrière sont issus du recrutement interne dont plus de la moitié des sous-officiers, dans une armée de Terre où plus de la moitié des sous-officiers sont issus du rang - proportion qui devra s'accroître - égalité des chances et promotion sociale ne sont pas seulement des concepts, mais des réalités bien concrètes.
- Ainsi, fondés sur deux vertus égalisatrices, celles du courage et du travail, nos parcours professionnels privilégient les acquis de l'expérience, ils sont régis par le principe de la gestion individuelle au mérite.
- Bien sûr, égalité des chances ne veut pas dire égalité de destin. Tous ne finiront pas leur carrière à mon poste, mais tous devront, une fois terminé leur parcours chez nous, retrouver dans notre société une place à la hauteur de leurs acquis humains et professionnels.
- Aussi, à tous ceux qui veulent faire fructifier les qualités qui souvent sommeillent au plus profond d'eux-mêmes, à tous ceux qui veulent trouver un moyen de faire s'épanouir ce qu'ils ont de meilleur ou ne demande qu'à le devenir, à qui veut « devenir soi-même », l'armée de Terre offre un réel potentiel de développement personnel et professionnel.
- En fait, nous ne sommes pas des transformateurs de personnalité, nous sommes surtout des révélateurs de personnalité ! Un chef de corps rentrant d'un engagement très dur en Afghanistan m'écrivait il y a quelques jours par mail : « Je suis impressionné par la maturité et la sérénité de nos soldats. Ils restent maîtres de leur force et de leurs sentiments ».
Voici dressé en quelques mots le sens de cette nouvelle campagne de communication recrutement.
- Le fait qu'elle soit lancée sur le Champ de Mars à proximité immédiate de l'Ecole Militaire souligne sans ambiguïté la finalité de notre métier.
- Que nous la lancions depuis un PC numérisé renvoie à la dynamique d'évolution technologique que nous connaissons aujourd'hui.
En effet, dans le contexte actuel, notre pays consent un effort marqué pour sa défense et nous sommes résolument entrés dans le 3e cycle de renouvellement de nos équipements depuis la fin de la 2e Guerre Mondiale. Les matériels déployés à proximité mais aussi en opérations le soulignent. Nous avons également pris le virage de la numérisation pour la conduite de nos opérations comme en atteste le PC qui nous abrite ce matin. Je fais le point une fois par semaine sur la bonne centaine d'opérations d'adaptation réactive que nous menons actuellement dans le domaine des équipements.
Mais il est clair que nous aurons encore pour quelques années des équipements déjà trentenaires et que bon nombre de militaires continueront à porter quelques années encore le même treillis et les mêmes rangers que moi aujourd'hui et ils ne s'en porteront pas plus mal.
Ce n'est pas un scoop, et les jeunes Français qui nous rejoindront au cours des prochains mois contribueront à la transformation de cette armée de Terre en perpétuel devenir.
Je vous remercie de votre attention.
Droits : Armée de terre 2010