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Armée de Terre
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02/06/08 - Adresse du général Cuche, chef d'état-major de l'armée de Terre, devant la 122e promotion du cours supérieur d'état-major

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Mise à jour : 28/06/2010 05:26

Mes chers camarades,

J'ai beaucoup de plaisir à me retrouver parmi vous aujourd'hui. Vous êtes la relève des chefs de l'armée de Terre et je vais donc m'adresser à ceux qui sont destinés à commander, à ceux qui seront responsables de la conduite des opérations et de l'adaptation de notre outil de combat.

Or la période actuelle est sensible. Les changements que va vivre l'armée de Terre seront importants. Et je vous le dis, la réforme que nous allons mettre en oeuvre dans les mois et les années à venir est vitale. Elle doit permettre la modernisation de l'armée de Terre, son adaptation aux engagements réels et les plus probables.

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Car la réalité des opérations ne nous laisse pas d'alternative.

Depuis deux ans, je répète à qui veut m'entendre que la guerre est de retour. La guerre, un mot que nous avons insidieusement rayé de notre vocabulaire alors que le fait de guerre est immanent et immuable partout dans le monde. Cette réalité nos forces la côtoient sur tous les théâtres d'opérations. Mais en Afghanistan, dans quelques semaines, nos forces en Kapisa conduiront des opérations de combat dans la durée. Nous ne renoncerons pas pour autant à l'aide humanitaire, aux opérations de reconstruction. Elles demeurent en effet un volet indispensable dans une manoeuvre globale dont l'objectif final est de rallier la population. Mais les actions de force pour neutraliser et détruire les groupes armés ne seront plus l'exception, comme aujourd'hui : elles seront la règle.

L'important pour nous est de bien en mesurer les conséquences. En voici quelques unes :

Nous devrons d'abord être prêts à assumer des pertes, des morts, des blessés physiques et psychologiques. Le général Dannatt, mon homologue britannique, me confiait récemment qu'un BG de retour d'Helmand avait perdu 18 hommes et comptait 40 blessés sérieux dans ses rangs. Et que pour reconstituer l'unité en question, éprouvée par ce bilan dramatique, il fallait du temps et des moyens considérables, sociaux, sanitaires et financiers.

Ensuite, l'aptitude au combat sera la règle pour tous nos hommes, quelles que soient les fonctions occupées. Car dans ce type de guerre, il n'y a ni front, ni arrière ; les soutiens et les appuis sont des cibles prioritaires. Comme aiment à le dire les Marines : « everyone is a rifleman ».

De plus, l'intégration interarmes, interarmées - notamment au titre des appuis air-sol et du renseignement - et multinationale avec nos alliés de l'OTAN, devra être développée à l'entraînement, plus systématiquement qu'elle ne l'est aujourd'hui, et d'emblée aux plus bas niveaux tactiques.

Enfin, nous devrons amplifier le processus d'adaptation réactive que nous avons mis récemment en place. Nous devrons accélérer l'acquisition des équipements en fonction de l'urgence opérationnelle et y consacrer plus d'argent.

Sachez que nous avons récemment commandé de nouveaux gilets pare-balles plus légers, des brouilleurs anti IED et des tourelleaux 12.7 téléopérés pour les VAB. Et je compte bien, bénéficiant de l'appui inconditionnel du CEMA, obtenir enfin de la DGA la commande de VBHM, dont nos alliés britanniques ont éprouvé les capacités en Irak et en Helmand, et qui nous seront indispensables dans les montagnes de l'est de Kaboul.

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J'en viens maintenant à la réforme de l'armée de Terre dont la finalité est bien de nous permettre d'affronter la réalité opérationnelle que je viens de vous décrire.

Cette réforme s'inscrit dans une perspective plus large de redéfinition des ambitions stratégique de la France et d'assainissement des finances publiques, voulue par le Président de la République et chef des armées. Les travaux du Livre blanc fixeront le cadre de notre stratégie militaire et ceux de la RGPP les moyens afférents. Ils sont en cours de finalisation. Le Président présentera le Livre blanc le 17 juin prochain et l'annonce du détail des restructurations par le ministre de la Défense interviendra avant le 14 juillet.

S'il fallait résumer la situation à l'heure où je vous parle, vous pourriez retenir que le rôle central des forces terrestres dans les opérations est reconnu, nous conférant la priorité pour la modernisation de nos équipements mais au prix de la réduction du format.

Je vous propose de faire un point de situation de ces travaux et de leurs conséquences pour l'armée de Terre.

Le Livre blanc tout d'abord.

De ce que j'en connais, le Livre blanc reprend à son compte des analyses que je partage depuis longtemps et qui ont le mérite de la clarté. Ainsi, il prend acte du changement de la menace, de l'improbabilité d'une guerre conventionnelle symétrique aux portes de la France à moyen terme et de l'émergence de nouveaux risques. La contribution des forces armées à la sécurité du territoire et la nécessaire interopérabilité des acteurs de la Défense de la sécurité sont plus fortement affirmées que précédemment. Le centre de gravité stratégique de la France pourrait désormais se situer sur un axe Méditerranée-Golfe persique-océan Indien. La participation de la France à l'Europe de la Défense sera renforcée, avec comme préalable un rapprochement avec l'OTAN.

Au bilan, le Livre blanc donne plutôt la priorité aux capacités d'intervention aéroterrestres comme instrument privilégié de la stratégie militaire de la France et il reconnaît l'importance de l'armée de Terre dans la protection du territoire. Nous en trouvons la traduction concrète dans ce qui sera notre nouveau contrat opérationnel. L'armée de Terre devra en effet être capable de mettre sur pied en 6 mois une FOT 30 000 hommes pour une intervention extérieure de grande ampleur pendant 1 an ; ce qui suppose d'avoir rapatrié nos forces déjà engagées sur des théâtres secondaires. 10 000 hommes devront pouvoir être engagés simultanément sur le territoire national ; ce qui est nouveau et qui marque la reconnaissance de notre rôle éminent au titre de la sécurité de nos concitoyens. Enfin, 5 000 autres seront en alerte permanente.

Soyez bien conscients que nous revenons d'assez loin sur toutes ces questions. Mais le CEMA et moi-même avons été entendus.

Bien que réduites en volume, nos capacités militaires seront en effet préservées. Nos lacunes actuelles en termes d'aéromobilité et l'obsolescence de certains de nos équipements sont identifiées. La spécificité de l'état et de l'engagement militaire est préservée ainsi que la nécessaire complémentarité des moyens de sécurité et de Défense, alors que certains étaient favorables à des rapprochements organiques, conférant de facto aux forces militaires un rôle secondaire.

A ces réflexions du Livre blanc qui vont globalement dans le bon sens, dans le sens attendu par l'armée de Terre, s'ajoutent les travaux de la RGPP. L'objectif de cette démarche qui s'applique à l'ensemble des administrations, est de réformer la puissance publique pour générer des économies budgétaires et désendetter l'Etat. La baisse des effectifs est le levier privilégié pour y parvenir. Et le ministère de la Défense, comme les autres ministères, mais plus que les autres en proportion pour ce qui concerne le personnel militaire, appliquera le principe voulu par le Président du non renouvellement d'un fonctionnaire sur deux paratnt à la retraite. Il est cependant convenu pour notre ministère que les gains ainsi réalisés seront entièrement réinvestis au profit du renouvellement des équipements et de l'amélioration de la condition militaire.

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Prenant en compte ces attendus généraux sur le Livre blanc et la RGPP, l'armée de Terre, comme les autres armées, réduira son format, se réorganisera et nous procèderons à des rééquilibrages capacitaires.

Notre idée de manoeuvre est de faire porter prioritairement l'effort sur les soutiens et l'administration générale afin de préserver les forces.

Pour cela :

Nous diminuerons le format de l'administration centrale et nous poursuivrons sa déconcentration.

Nous supprimerons des états-majors de forces et régionaux.

Des régiments et des formations seront dissous, d'autres seront regroupés et densifiés au sein de bases de défense interarmées ; une cinquantaine pour l'armée de Terre.

Nous le ferons cependant en respectant certains principes nous permettant de renforcer nos capacités opérationnelles et d'améliorer la condition militaire.

Nos forces resteront ainsi articulées autour de huit brigades interarmes : deux brigades dites de décision, deux d'engagement d'urgence et quatre multi-rôles. Les brigades interarmes seront soutenues par une brigade logistique renforcée et appuyées par trois brigades spécialisées (BRENS, BTAC et BFST).

Nous procéderons en interne à des rééquilibrages entre les fonctions opérationnelles ; le combat débarqué, les moyens blindés-roues canon seront conservés à leur niveau actuel. L'artillerie et le génie seront en revanche resserrés ; certaines capacités seront réparties dans les régiments restants. Nous accélèrerons la montée en puissance des capacités de renseignement qui nous font défaut, en créant dès cet été les premières Unités de Renseignement de Brigade.

Par ailleurs, la densification de nos implantations nous permettra d'améliorer la qualité de la préparation opérationnelle de nos forces. L'allègement des tâches d'administration et de soutien général au sein des régiments facilitera leur recentrage sur l'entraînement et la préparation au combat. En outre, deux grands complexes d'entraînement seront créés, celui de Champagne autour du camp de Mourmelon et celui de Provence à Canjuers.

Concernant la condition militaire, nous avons redessiné la carte de nos implantations en prenant en compte l'attractivité des bassins de vie en termes d'emploi des conjoints, d'éducation, de logement et de recrutement. Par ailleurs, je suis très attentif à ce que l'adoption des nouvelles grilles indiciaires soit effective au premier janvier 2009 et qu'elles s'appliquent à tous dans les trois ans à venir, comme s'y est engagé le ministre. Enfin, je considère que l'accompagnement social sera l'une des clés de la réussite de la réforme. 50 000 militaires, civils et leurs familles seront en effet concernés soit par une mobilité exceptionnelle, soit par des départs. Il s'agit de 50 000 hommes et femmes d'une armée professionnelle, fondamentalement différente de l'armée d'appelés de 1996. Nos officiers, nos sous-officiers, nos soldats méritent la plus haute considération de la Nation.

J'en conviens nous passerons par des moments difficiles mais nous ouvrons également une nouvelle page pour l'armée de Terre. Nous lui donnons un nouvel élan.

Nous sommes allés, je crois, au bout d'un processus. « L'armée d'emploi » va devenir une armée strictement suffisante ; celle des opérations de guerre au milieu des populations. Je vous invite à relire à cette occasion, l'ouvrage prophétique du colonel De Gaulle, « Vers l'armée de métier ». Sa philosophie pourra très utilement vous inspirer. En effet, nous y sommes : l'armée de Terre nouvelle comptera 100 000 hommes. Vous, demain, vous aurez à tirer toutes les conclusions de ce changement. Car après avoir révisé notre organisation, nous devrons opérer un changement culturel. L'armée de Terre, moins nombreuse, devra compenser la baisse du format par la qualité de ses hommes et un nouvel esprit militaire qui lui donnera son âme, celle « d'un corps maçonné d'un ciment spécial ». Cet esprit militaire, vous en serez les porteurs. Vous le cultiverez non pas en cherchant à vous comparer avec le monde civil mais en réaffirmant notre spécificité militaire. Vous le ferez en faisant prévaloir « le bon sens sur la routine et les préjugés » et en continuant de « vous adapter en permanence aux faits nouveaux » car « rien ne prévaut contre l'esprit du temps ».

Nous sommes une exception professionnelle dans notre société démocratique et libérale mais cette exception, loin de nous en exclure, garantit au contraire notre appartenance. C'est elle qui fonde notre utilité sociale, celle de « l'ordre guerrier », dont la seule raison d'être demeure la Défense de la France et des Français.

Je vous remercie

Sources : armée de Terre 2008
Droits : Armée de Terre 2008

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