Mon général, messieurs les ambassadeurs,
Mon général et cher président,
Mes chers amis,
C'est pour moi une très grande joie de me retrouver parmi vous pour la deuxième année consécutive. C'est à la fois le CEMAT et l'ancien commandant des écoles qui s'exprime aujourd'hui.
Je considère l'Epaulette et le corps des officiers de recrutement interne comme une force de proposition, un vecteur d'influence et un ferment de cohésion. J'attends de vous, eu égard aux circonstances, que vous contribuiez plus que jamais à la cohésion de l'armée de Terre.
En effet, et c'est la raison principale qui m'amène à m'exprimer ce matin, je veux vous parler de la réforme qui interviendra au sein de l'armée de Terre dans les mois à venir.
Ne vous attendez pas de ma part à des annonces fracassantes, sur la dissolution de tel ou tel régiment, le transfert de tel autre. Tout cela est prématuré. Les travaux au titre du Livre blanc sur la stratégie de défense et de sécurité et de la Révision générale des politiques publiques sont en cours. Leurs conclusions seront connues au printemps. A l'issue, il reviendra au Président de la République et chef des armées, et à lui seul, de décider.
En revanche, je peux vous donner mon appréciation de situation sur la réforme qui nous attend, en vous précisant d'abord son sens, puis ses modalités telles que les connais, et enfin, en vous disant ce que j'en attends concrètement.
La réforme des armées et de l'armée de Terre est inéluctable et souhaitable.
Elle est inéluctable parce que le Président de la République a décidé de réformer l'Etat pour diminuer la dette publique et relancer la croissance.
Elle est souhaitable car elle est indispensable pour maintenir notre capacité de combat, dans un contexte de distorsion grandissante entre nos moyens financiers et nos besoins opérationnels.
En effet, à format et à budgets constants, nos coûts augmentent mécaniquement, en termes de solde, de fonctionnement des unités, d'entretien ou d'acquisition des matériels les plus modernes comme les hélicoptères et le VBCI. Nous ne pouvons plus continuer à « saupoudrer » nos investissements. Il y a donc des choix à faire.
Par ailleurs, si la professionnalisation a scellé la fin de la guerre froide. La réforme à venir tirera toutes les conséquences d'un après 11 septembre déjà loin et du nouveau contexte stratégique.
Nous devrons tout à la fois conserver nos capacités de combat conventionnelles, renforcer celles dédiées aux opérations dans la durée au milieu des populations, et contribuer de manière plus visible et permanente à la sécurité de nos concitoyens sur le territoire national.
Pour atteindre cet objectif opérationnel, c'est à dire pour continuer de remplir la mission régalienne de défense et de sécurité que nous confie la Nation, l'armée de Terre a anticipé une réorganisation, qui s'étendra également à l'ensemble du ministère dans les semaines à venir.
L'armée de Terre depuis plus d'un an a pris des mesures correctives énergiques pour s'adapter aux évolutions de son environnement, pour limiter la dérive budgétaire et réorienter les investissements au profit des forces.
Nous avons ainsi procédé à des variations capacitaires fondées sur le besoin avéré en OPEX. Par exemple, les fonctions renseignement et combat débarqué seront renforcées grâce à des transferts d'autres fonctions parmi lesquelles la fonction feux dans la profondeur ; la capacité LRM sera diminuée en attendant la mise en service du LRU et des unités de renseignement de brigade seront créées.
Par ailleurs, la chaîne de commandement est en cours de transformation. L'EMAT a réduit sa taille et s'est réarticulé pour tenir compte des nouvelles prérogatives de l'EMA. Le CFAT et le CFLT pourraient très prochainement fusionner dans la perspective de former un CFT. Le commandement territorial évoluera nécessairement pour prendre en compte l'interarmisation partielle des soutiens et réaffirmer la place de l'armée de Terre dans la sécurité du territoire national.
Enfin, la mise ne oeuvre de la PEGP doit nous permettre d'améliorer la disponibilité des matériels les plus sollicités en opération et à l'entraînement, en concentrant les dépenses de MCO prioritairement sur le besoin opérationnel. Néanmoins, la PEGP ne résoudra pas tous les problèmes. Le vieillissement accéléré de nos parcs et les coûts de possession exponentiels des matériels les plus sophistiqués rendent incontournables un engagement financier supplémentaire, sauf à accepter une indisponibilité prolongée de certains matériels et donc de faire des impasses capacitaires.
Je vais maintenant évoquer le volet ministériel de la réforme qui nous concernera.
La réforme ministérielle, comme celle de l'armée de Terre, s'inscrit dans un souci d'efficience, à budget constant.
Elle se traduira très concrètement par des suppressions de postes de personnels civils et militaires appartenant aux fonctions de soutien et d'administration. Le ministre a publiquement affiché le chiffre total de 30 000 militaires et civils en cinq ans. La clé de répartition entre armées n'est pas encore décidée et je ne suis pas favorable à une diminution homothétique au moment où les forces terrestres sont engagées durablement et massivement partout dans le monde, du Darfour à l'Afghanistan, en passant par le Liban, le Kosovo ou la Côte d'Ivoire.
La réforme ministérielle se traduira également par un resserrement territorial des forces autour de pôles de soutien, en partie externalisés et mutualisés avec les autres armées. Cela veut dire, pour être précis, que certains régiments des forces devraient quitter leurs garnisons actuelles pour en rejoindre d'autres. Notre schéma directeur est prêt et a été réalisé selon des critères d'optimisation de la préparation opérationnelle, des conditions de vie et d'exercice du métier.
Il faut maintenant vérifier la faisabilité de ces restructurations à l'aune des capacités de financement de l'Etat et de leur sensibilité politique.
C'est pourquoi, nous devons rester calmes, sereins et réactifs dans ce contexte encore très incertain.
Mais nous devons également rester vigilants. Mon rôle est de veiller à ce que nous disposions des moyens nécessaires pour nous instruire, nous entraîner, agir sur le terrain au profit des populations et combattre.
Sachez que je rends compte au quotidien de nos difficultés, de vos attentes et de nos besoins, auprès du Ministre, du CEMA, des parlementaires et de bien d'autres décideurs.
Plus particulièrement, j'attends de la réforme à venir qu'elle nous permette de poursuivre, sans délais supplémentaires, la modernisation de nos équipements à travers l'acquisition du VBCI (41 seront livrés en 2008), du Tigre (6), de Félin (358) et du NH90 (34 commandés) pour ne citer que les principaux. Elle doit également sanctuariser nos programmes de cohérence opérationnelle, par exemple tout ce qui protège nos soldats les plus exposés en opération, nos munitions, l'optronique, trop souvent écrasés par les grands programmes des autres armées. Je crois avoir été clairement entendu
Il y a enfin un dernier domaine qui me tient à coeur parce qu'il participe de notre force morale au combat, c'est la condition militaire. J'attends de cette réforme, qui se traduira par des réductions d'effectifs, qu'une part des économies réalisées soit bien réinvestie au profit des rémunérations des militaires et des officiers notamment, conformément aux orientations données par le Président de la République. Sur ce point précis, et je le dis d'autant plus volontiers en présence du major général de la Gendarmerie, il n'est pas souhaitable ni envisageable que nous assistions à un décrochage des militaires des armées par rapport aux gendarmes. Dans cet esprit, je souscris entièrement à l'appréciation rendue sur la question par le CFMT en novembre dernier.
Au-delà, je m'attacherai à ce que le plan de restructuration soit mis en oeuvre dans de bonnes conditions. L'armée de Terre en 2008 est une armée professionnelle, une communauté de soldats, d'hommes, de femmes et de familles dont le destin est lié. La mobilité exceptionnelle de nos ressortissants et d'éventuels départs provoqués pourraient avoir des répercussions sociales et économiques considérables. Il sera de notre devoir de les accompagner spécifiquement, par respect pour toutes celles et ceux qui se sont engagés au service de la France et pour préserver le moral de nos soldats, leur aptitude au combat.
Droits : armée de Terre 2008