La simulation entre dans la formation des militaires dès les années 1980. Elle joue aujourd’hui un rôle primordial dans la formation de nos soldats. Démonstration aux écoles militaires de Draguignan et à l’école de l’ALAT.
Dans une salle obscure équipée de quatre postes de tir de missile antichar ERYX, les stagiaires en tenue de combat travaillent leur technique. Ils sont allongés, à genoux, ou debout à l’épaulé. Face à eux, projetés sur grand écran, des chars circulent dans un décor désertique. Dans leur dos, l’instructeur observe, sur son ordinateur, chaque étape de la séquence de tir.
Les coups partent. Détonation, fumée et explosion, virtuelles bien sûr. Pas de missile réel, mais une masse en queue de munition pour figurer la perte de poids et un fil tendu à l’avant simulant la traction du missile filoguidé.
Arrive ensuite l’heure de l’analyse. Chaque tireur est corrigé sur la tenue de son arme, sa position, sa visée, sa respiration. Autant de fondamentaux que la simulation permet de driller pleinement. Au total, lors de son stage, un chef de groupe passe près de dix heures sur ce simulateur, jusqu’à la maîtrise complète du système d’armes.
Le SIT ERYX Infanterie est l’un des treize simulateurs dont disposent les écoles militaires de Draguignan pour former leurs stagiaires. La majorité d’entre eux sont des outils de simulation virtuelle, dont le plus connu est sans doute le système d’instruction technique du tir aux armes légères (SITTAL). Ces simulateurs permettent l’acquisition des savoir-faire et actes réflexes que le soldat devra s’approprier avant de se confronter au terrain.
Pour le colonel Olivier Franco, directeur de la formation des artilleurs aux EMD, la plus-value de la simulation est bien réelle. « Former et entraîner nos soldats sans outil de simulation signifierait tirer cent fois plus d’obus qu’on ne le fait actuellement et utiliser trois fois plus de moyens en permanence. C’est impensable aujourd’hui. Il y a trois fois moins de régiments d’artillerie sur le territoire et ceux-ci disposent de moitié moins de matériels qu’auparavant. La simulation ne peut qu’être amenée à se développer. »
Aux EMD, elle représente déjà plus de 20 % de la formation des capitaines d’infanterie et près de 15 % de celle des capitaines d’artillerie. C’est presque autant que l’application terrain.
Aux écoles de l’aviation légère de l’armée de Terre (EALAT), ce pourcentage est d’autant plus significatif. 41 % de la formation des pilotes au Cannet-des-Maures se fait sur simulateur. Un chiffre qui atteint 63 % à l’école franco-allemande du Tigre. Quant au centre de formation interarmées (CFIA), il devrait comptabiliser à lui seul près de 20 000 heures de simulation par an. En effet, lorsqu’y sera intégré l’ensemble des simulateurs de pilotage et maintenance du NH90, la simulation représentera 85% de la formation des pilotes et mécaniciens de l’hélicoptère.
« Les simulateurs permettent de mieux prendre en main les nouveaux systèmes d’armes, plus complexes et aboutis que les précédents », précise le général de brigade Olivier Gourlez de la Motte, commandant l’EALAT. « Ils permettent également de maîtriser de nouvelles procédures. Les tirs de roquettes sur Tigre par exemple doivent être de plus en plus précis pour ne pas toucher les troupes amies. Pour cela, il faut tirer à plus de 500 mètres de haut, même pour les tirs fichants. La réglementation de Canjuers ne le permettant pas, les équipages ont acquis la maîtrise de ce tir sur simulateur et l’ont appliquée dans la foulée en Afghanistan, avec de très bons résultats. »
En termes de rentabilité, les chiffres parlent d’eux-mêmes : une heure sur le simulateur de vol du Tigre sera vingt fois plus efficiente qu’une heure de vol réel, le simulateur étant plus souvent utilisé et moins cher à l’entretien.
Mais qu’on ne s’y trompe pas. Si la simulation présente des avantages incontestables pour la formation de nos soldats, elle ne pourra jamais se passer de l’expérience du terrain.
Droits : Armée de Terre 2012