Au Cannet-des-Maures, les élèves de l’école de l’aviation légère de l’armée de Terre (EALAT) travaillent leur tactique sur le logiciel EDITH (entraîneur didactique interactif tactique hélicoptère).
Cet outil de simulation est utilisé pour la formation et l’entraînement des chefs de bord, des chefs de patrouille et des commandants d’unité, autrement dit des militaires qui auront sous leur responsabilité 1 à 17 hélicoptères. Il représente la moitié de la formation de tout stagiaire de l’EALAT.
« Auparavant, la formation tactique du personnel était bien moins poussée car réalisée en vol », se rappelle le lieutenant Matthieu Clenet, instructeur tactique sur EDITH. « En opération, on s’adaptait à un contexte, mais la réaction n’était pas toujours appropriée. Désormais, les équipages sont confrontés en entraînement à tous types de situations. Ce n’est pas grave s’ils réagissent mal car leurs actions sont analysées en fin d’exercice et ils peuvent comprendre quelle aurait été la bonne réaction à avoir. Puis, si une telle situation se retrouve en vol, ils sauront y faire face car ils l’auront déjà rencontrée. »
L’opération Harmattan en Libye en a été la parfaite illustration puisque certains pilotes avaient déjà éprouvé un scénario similaire sur EDITH.
Le réalisme des situations jouées sur EDITH donne rapidement le ton aux stagiaires en formation chef de bord à l’EALAT. Bien que six postes équipent le centre EDITH, pouvant jouer individuellement ou en réseau, trois seulement sont occupés ce soir. Devant une toile blanche en arc de cercle sur laquelle est projeté le paysage, des écrans d’ordinateurs affichent les tableaux de bord. Sept types d’hélicoptères différents peuvent être configurés, en fonction de l’exercice joué et des personnes formées ou entraînées.
L’exercice se déroule en France, mais aurait tout aussi bien pu se passer en Afghanistan. EDITH possède en effet trois bases de données enrichies : les zones sud-ouest et sud-est en France et, depuis un an et demi, la zone Kaboul-Kapisa-Surobi (KKS). Créées à partir de photos satellites, elles affichent une précision surprenante.
L’exercice débute. Sur l’écran, les hélicoptères s’élèvent. Pour les stagiaires, il s’agit de rester le moins visible possible de l’ennemi : s’ils se découvrent trop, la sanction sera immédiate. Les personnages générés par le logiciel sont en effet dotés d’une intelligence comportementale. Si l’ennemi voit l’hélicoptère, il fera feu. « On peut se faire tuer si notre tactique est mauvaise, mais on peut aussi tirer pour neutraliser l’ennemi, ce qui n’est pas le cas lors d’un entraînement en vol réel », constate le sous-lieutenant David Frain, pilote sur Gazelle au 1er régiment d’hélicoptères de combat (RHC) de Phalsbourg.
Du choix des pions à celui du climat, il n’y a qu’un pas pour faire du logiciel un jeu vidéo plus grand que nature. « Nos stagiaires pensent souvent, la première fois qu’ils passent sur EDITH, qu’ils vont jouer comme sur leurs ordinateurs », constate le lieutenant Matthieu Clenet. « Mais très rapidement, ils entrent dans la mission et oublient le côté virtuel de l’exercice. D’autant que, contrairement à un jeu vidéo, une même mission ne se déroulera jamais de manière identique sur EDITH. »
Livré en 2008, EDITH équipe aujourd’hui quatre centres dans les régiments de l’ALAT : à l’école du Cannet-des-Maures, au 1er RHC de Phalsbourg, au 3e RHC d’Étain et au 5e RHC de Pau.
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