Le général Bernard Barrera, commandant la 3e brigade mécanisée (3e BM) de Clermont-Ferrand, a signé l’éditorial du TIM n°239. Il explique, justifie et remet dans son contexte la préparation opérationnelle décentralisée (POD).
Notre mission reste inchangée : se préparer à la guerre, mais laquelle, contre qui, avec quoi et comment ? Telles sont les questions que nous devons encore nous poser.
Après 20 ans d’opérations ininterrompues, le rythme faiblit avec la fermeture des « théâtres au long cours » (les Balkans, la RCI et maintenant l’Afghanistan). Nous le savons, nos unités seront moins sollicitées. Pour les brigades, la prise d’alerte du Guépard nouvelle génération (NG) devient de facto la prochaine opportunité de projection. En métropole, les centres spécialisés sont déjà saturés et les camps terminent leur modernisation. Nos unités s’entraînent avec des parcs particulièrement restreints en attendant les nouveaux matériels ou le retour des matériels projetés.
Tout d’abord conserver les formidables acquis capitalisés ces dernières années en opérations et sur le territoire national (notamment en Guyane), ensuite continuer à fidéliser nos hommes qui se sont légitimement engagés pour l’action, enfin et surtout, ne pas préparer la dernière. En dépit des contraintes bien réelles, il s’agit de ne rien céder sur le socle, les fondamentaux et de préparer d’autres formes d’engagements pourtant classiques mais délaissés ces dernières années.
Pour ne pas être surprises par l’Histoire, nos unités doivent aussi bien maîtriser l’infiltration à pied en terrain difficile que le combat blindé et interarmes en ambiance nucléaire, radiologique, biologique et chimique (NRBC). Les armements déployés dans l’arc de crise nous interdisent toute certitude sur «la prochaine», pas obligatoirement asymétrique.
Détachés des longues préparations à l’engagement (mises en conditions avant projection), les régiments doivent maintenant retrouver le temps et la méthode pour permettre l’acquisition des savoir-faire collectifs, comme jadis, par l’apprentissage sans cesse répété des missions globales. Récemment conçue par le Commandement des forces terrestres (CFT), la POD fixe les parcours normés par type d’unité (missions communes de l’armée de Terre, métier), mais ce sont bien les chefs de corps qui définissent la programmation et priorisent au mieux les moyens alloués (équipements, véhicules, infrastructures de garnison) au profit de leurs sections, de leurs unités. Plus que jamais, il appartient à chacun de faire preuve d’esprit d’initiative et d’imagination pour ne pas subir et redécouvrir des recettes réussies comme le terrain libre qui permet la manœuvre à pied, en blindés, les bascules de PC, le retour à la vie en campagne pour tous, mais aussi le devoir de mémoire avec nos municipalités qui aiment et veulent voir leur armée.
Les temps sont durs, mais rien n’est impossible. Refusant la médiocrité, l’improvisation, la routine, nous devons nous préparer à la guerre et nous adapter, car le monde actuel n’a jamais été aussi dangereux et le jour venu, nous partirons toujours avec ceux que nous aurons formés.
Sources : CNE C. Brunetaud/TIM
Droits : Armée de Terre 2012