La dengue et le chikungunya font l’objet d’une attention soutenue par le Service de santé des armées (SSA) depuis plus de vingt ans. Ces deux maladies peuvent en effet être responsables d’infections aiguës invalidantes chez les militaires en mission en zone tropicale. Le Service a donc développé les moyens pour les connaître et les contrôler. Enseignement, diagnostic, recherche fondamentale et clinique, surveillance épidémiologique et lutte anti-vectorielle : ses compétences sont également mises au service de la santé publique en France et à l’étranger.
Même si elles ont une expression clinique différente, la dengue et le chikungunya ont en commun une transmission par des moustiques, notamment les Aedes, leur prévention et un fort potentiel épidémique menaçant le caractère opérationnel des forces armées.
Aussi, ces arboviroses font partie de la formation initiale et continue de tous les médecins militaires. Prise en charge de patient, diagnostic et santé publique sont enseignés par les spécialistes du Service à l’Institut de recherche biomédicale des armées-Institut de médecine tropicale du service de santé des armées (IRBA-IMTSSA) à Marseille, et à l’Université de la Méditerranée ainsi que dans de nombreux enseignements post-universitaires au profit de médecins civils.
Suivi des patients à l’hôpital militaire
Le service de pathologies infectieuses et tropicales de l’hôpital militaire Laveran de Marseille accueille régulièrement des patients militaires, et civils, atteints d’infections, dont le paludisme, la dengue et le chikungunya, contractées en zone tropicale. C’est en 2005 qu’il a reçu les premiers cas de chikungunya importés des Comores et alerté l’Institut de Veille Sanitaire. En 2006, la crise sanitaire liée à l’épidémie à la Réunion a entraîné une augmentation de son nombre de consultants présentant le tableau classique du chikungunya aigu (fièvre intense, douleurs articulaires incapacitantes avec arthrites) mais aussi chronique (manifestations rhumatismales persistantes, troubles divers). Le suivi de plusieurs dizaines de patients a permis d’affiner les particularités cliniques et biologiques de cette maladie en collaboration avec le laboratoire de virologie de l’IRBA-IMTSSA de Marseille. Plusieurs publications scientifiques ont permis la diffusion de ces connaissances scientifiques nouvelles. Le Service continue de suivre les patients souffrant de manifestations chroniques dont la prise en charge reste complexe. Des études sont en cours pour tenter d’identifier un marqueur biologique d’évolutivité de la maladie et de préciser les choix thérapeutiques des formes persistantes.
Le département d’épidémiologie et de santé publique
A côté de ces données hospitalières, le Département d’épidémiologie et de santé publique (DESP) du SSA a débuté en 2006 une étude prospective sur plusieurs centaines de gendarmes exposés au chikungunya à la Réunion pendant la période épidémique. L’objectif initial était de décrire les caractéristiques cliniques chez des adultes jeunes. Le projet se poursuit pour définir l’évolution à long terme de cette maladie. Les premiers résultats à deux ans ont été présentés aux Journées Nationales d’Infectiologie à Montpellier en 2010. Il y apparaît clairement la persistance de manifestations articulaires chroniques multiples, un impact sur la qualité de vie et un retentissement sur le moral.
Par ailleurs, le DESP a pour mission de déclarer les cas, suspects ou confirmés, d’origine militaire de dengue et de chikungunya, maladies sous surveillance épidémiologique, aux autorités sanitaires civiles.
Lutte contre la dissémination des virus
Quant au laboratoire de virologie de l’IRBA-IMTSSA, il est Centre national de référence (CNR) associé des arboviroses depuis 10 ans. Il réalise à ce titre de nombreux diagnostics, assure un rôle d’expert et tient une place majeure dans le plan actuel anti-dissémination de la dengue et du chikungunya en métropole. Il comporte également une unité de recherche fondamentale.
L’expansion progressive des moustiques vecteurs, Aedes albopictus, dans les Alpes-Maritimes, les Alpes-de-Haute-Provence, en Corse, dans le Var et les Bouches-du-Rhône a justifié une surveillance renforcée de mai à novembre, chaque année, dans ces départements. Son intérêt et son efficacité ont été confirmés par la détection des deux cas de dengue de Nice et les deux cas de chikungunya de Fréjus en 2010, dont les diagnostics ont été confirmés par le CNR des arbovirus de l’Institut Pasteur de Paris et par l’unité de virologie tropicale de l’IRBA-IMTSSA.
En conséquence, des actions d’information et de communication ont été faites envers les autorités des professionnels de santé et les populations dans les zones concernées. Des mesures de démoustication visant à interrompre des possibilités de nouvelle transmission ont été prises sous la responsabilité de la Direction Générale de la Santé.
Une action internationale
Lors de l’épidémie de Chikungunya de Libreville en 2007, l’unité d’entomologie médicale de l’IRBA-IMTSSA a révélé qu’Aedes albopictus était le vecteur majeur et démontré l’efficacité des mesures de lutte contre les moustiques menées par les forces françaises sur place (destruction mécanique des collections d’eau, entretien des espaces verts). L’unité dispense des formations sur la lutte anti-vectorielle et effectue des évaluations entomologiques avec piégeage de moustiques dans d’autres embases militaires à l’étranger et, plus récemment, dans le sud-est de la France.
Cette expérience des spécialistes du SSA est régulièrement sollicitée et intégrée dans le maillage scientifique et opérationnel au niveau national et international. Ainsi, en juillet 2010, le Service était invité comme expert à la réunion de préparation du plan anti-dissémination du chikungunya pour l’ensemble du continent américain, organisée par la "PanAmerican Health Organization ».
Médecin en chef Fabrice Simon
Service de pathologie infectieuse tropicale
Hôpital militaire Laveran à Marseille
Droits : IRBA