Le centre d'instruction naval de Saint-Mandrier (CIN Saint-Mandrier) est le plus grand centre d'instruction de la marine. Il accueille en moyenne 1400 élèves ou stagiaires par jour répartis en une soixantaine de classes. Le CIN, dont la mission principale est l'instruction, fonctionne grâce à une infrastructure, une logistique et de nombreux services. Plus de 1000 permanents travaillent quotidiennement pour le bon déroulement de l'instruction.
Le CIN s'étend sur 90 hectares répartis en deux sites reliés par un tunnel : au nord, le site Saint-Georges et au sud le site Cépet. La surface bâtie (45 bâtiments) représente 8 hectares et est desservie par 14 kilomètres de routes. Deux centres de restauration sont installés au CIN : le Bucentaure sur le site Saint-Georges (nord) et Cavalas sur le site Cépet (sud).
La musique et le bagad
Dirigée par des musiciens professionnels de la flotte, la musique se compose du personnel permanent et d'élèves volontaires et se produit dans l'ensemble de la région Provence Alpes Côte d'Azur pour diverses cérémonies. Elle contribue ainsi au prestige de la Marine nationale.
Un bagad, composé également de personnes volontaires, joue essentiellement de la musique celtique et bretonne lors de diverses manifestations. Comme la plupart des écoles de la marine, le Centre d'instruction naval incorpore le personnel dont il assure la formation initiale de spécialité.
L’incorporation
Au cours de cette incorporation, qui dure deux journées et demi, les jeunes gens sélectionnés perçoivent leurs différents uniformes, accomplissent les formalités administratives, bénéficient d'une visite médicale qui déterminera leur aptitude et exécutent des tests psychologiques écrits qui se concluent devant un psychologue du centre. Au cours du troisième jour, ils signent un engagement de 10 ans.
Niveaux de formation enseignés
2 niveaux "officier"
- Cadre de conduite : Ecole de spécialité
- Cadre de direction : Ecole supérieure de Combat et Armes Navales (ESCAN)
2 niveaux "officier marinier"
- Technicien supérieur : Brevet supérieur (BS)
- Cadre technique : Maître système
2 niveaux "quartier-maître"
- Opérateur élémentaire : Certificat d'aptitude technique (CAT)
- Opérateur qualifié : Complément maistrance (CMAIST)
Le CIN forme à 10 spécialités réparties en 4 grands pôles : systèmes de détection, systèmes de transmission, systèmes d'armes et flotteur énergie propulsion.
Le Fanion
L'emblème
L'ancre, support de l'écu, marque l'appartenance de l'unité à la marine.
La roue dentée rappelle les spécialités touchant à la mécanique (mécaniciens, missiliers).
La couronne de gisement évoque à la fois la spécialité de timonier et la navigation.
Le canon est le symbole traditionnel des écoles d'artillerie.
Neptune, dieu de la mer, tient les foudres qui rappellent les spécialités consacrées à l'électricité et à l'électronique, mais également aux télécommunications.
Saint-Mandrier a été choisi pour suggérer le lieu d'implantation de l'unité.
La fibule timbrée de la croix de la Légion d'honneur rappelle que le drapeau des apprentis mécaniciens, dont le CIN a la garde, a reçu cette décoration.
La jarre d'où s'échappent les eaux évoque le savoir distillé aux élèves lors de leur séjour dans les différents cours et stages du centre.
L'histoire du CIN Saint-Mandrier
La Provence était du Ve au VIe siècle sous domination wisigothe jusqu'à leur défaite à Vouillé en 507 face aux Francs de Clovis. Elle passa ensuite sous la tutelle des Ostrogoths avant de devenir une puissante principauté sous le nom de comté de Provence. Son rattachement au Royaume de France ne date que de 1483 et fut l'oeuvre des habiles manoeuvres de Louis XI.
Le nom de Saint-Mandrier provient d'un guerrier wisigoth qui était chargé de la surveillance côtière de l'île (elle ne devint une presqu'île qu'au XVIIe siècle grâce aux courants marins qui ensablèrent la passe des Sablettes).
Ce soldat du roi Alaric II vivait en ermite (état qui se traduit en latin par mandreas) et soignait bénévolement ceux qui venaient à lui. Comme le saint dont elle tire son nom, la presqu'île de Saint-Mandrier avait deux vocations : hospitalière et militaire.
La vocation hospitalière
Ce n'est qu'au XIIème siècle que la presqu'île se développe. Créée dans le but évident d'acquérir la souveraineté commerciale en éliminant la grande puissance maritime que représentaient les Provinces-Unies, la marine française a du développer toute une infrastructure. Saint-Mandrier se voit alors "greffé" de l'hopital Saint-Louis qui resta opérationnel jusqu'en 1936.
L'hôpital fut construit dès 1669 par les bagnards de Toulon. Il servait surtout aux équipages des navires en quarantaine et son éloignement de Toulon et des grands foyers de population permettait d'éviter la propagation des épidémies. L'hôpital fut fermé en 1785. Pendant la Révolution, l'hôpital servit surtout à l'accueil des blessés après le départ des Anglais et la prise de Toulon par les armées de Paris. Mais entre-temps, les conditions d'hygiène s'étaient considérablement détériorées.
La restauration reconstruisit entièrement l'hôpital et ajouta une chapelle. Cette dernière, construite par 600 bagnards entre 1825 et 1829, est un très bel exemple de l'art religieux provençal du début du XIXème siècle. Ce n'est qu'en 1936 que l'hôpital ferma ses portes, l'hôpital Sainte-Anne de Toulon ayant pris le relais après une campagne d'agrandissement.
La vocation militaire
Avec l'émergence de Toulon comme port militaire, la presqu'île de Saint-Mandrier s'est très vite révélée une position stratégique de première importance, puisqu'elle bloque la rade et permet de contrôler l'accès au port. C'est en 1695 que furent construites un certain nombre de batteries afin de contrer une éventuelle menace anglaise sur Toulon. La France est alors en pleine Guerre de la Ligue d'Augsbourg. Ces défenses servirent surtout pendant le siège de Toulon en 1707, lors de la Guerre de Succession d'Espagne.
Napoléon, à défaut d'avoir une marine, fit construire de nombreux ouvrages de défense côtière sur le littoral atlantique comme sur le littoral méditerranéen. Parmi eux se trouvent les Tours Modèles, dont une seule fut élevée à Saint-Mandrier en 1812, sur le site de la Croix des Signaux. Après cette tentative d'établir un réseau de batteries standardisées, la Monarchie de juillet reprit le flambeau en édifiant des ouvrages de "type 1846". C'est dans cet esprit qu'en 1850 fut construit le fort de la Croix des Signaux. L'oeuvre fut prolongée par le Second Empire, de 1852 à 1860.
La crise des fortifications consécutive à l'apparition de l'obus à la mélinite obligea à réadapter tout le système défensif. L'invention des armes chimiques à la fin du XIXème siècle, ainsi que l'augmentation de la puissance de feu, amena la construction de galeries souterraines pour se protéger.
L'essor final eut lieu lors de l'entre-deux guerres. Les canons des forts furent alors remplacés par des tourelles doubles de 340 provenant des surplus de la marine. Ironiquement, ces canons ne furent utilisés que par les Allemands lors de l'occupation de la Provence, entre 1942 et 1944.
Saint-Mandrier et l'enseignement militaire
L'ultime métamorphose de la presqu'île commence en 1936 avec l'installation de l'Ecole des mécaniciens chauffeurs et scaphandriers dans les locaux de l'hôpital Saint-Louis… Après sa fermeture durant les hostilités de 1939-1945, l'école réouvre ses portes à la Libération et s'appelle désormais l'EAMF (École des Apprentis Mécaniciens de la Flotte), puis GEEM (Groupement des Écoles Energie de la Marine) en 1989.
Parallèlement, le site Sud de la presqu'île vit la création du CIN (Centre d'Instruction Naval) en 1971. Il fut le fruit d'une décision de regroupement des nombreuses écoles de la marine dispersées jusqu'alors dans la région toulonnaise. Les deux écoles fusionnèrent en 1993 pour former aujourd'hui le plus grand centre de formation de la marine nationale.
Les drapeaux du CIN Saint-Mandrier
Le drapeau des canonniers marins
Il est actuellement confié à la garde du centre d’instruction naval de Saint-Mandrier.
Il fut le résultat d’une souscription publique des Toulonnais pendant le premier conflit mondial, en hommage aux glorieux canonniers marins.
Ce drapeau porte :
- au centre des quatre couronnes d’angle, les initiales C.M.
- les inscriptions suivantes :
Champagne 1915
Verdun 1916
Somme 1916
Malmaison 1917
Bataille de France 1918
- les décorations suivantes :
Croix de guerre 1914/1918 avec palme
Croix de guerre 1939/1945 avec palme
Médaille militaire
Dans la cravate il est écrit sur l’un des pans : « Don patriotique de la Ville de Toulon »
Le drapeau des apprentis mécaniciens de la flotte
Remis à l’Ecole des apprentis mécaniciens de la flotte (EAMF) le 25 janvier 1985, ce drapeau est l'un des huit "drapeaux en activité attribués à une unité constituée" existant dans la marine. Quatre décorations sont épinglées à la cravate du drapeau rappelant les services éminents rendus à la France par les élèves de cette école.
- la croix de guerre 1914-1918 avec palme, reçue en 1922 avec citation à l'ordre de l'Armée,
- la croix de guerre l939-1945 avec palme, reçue en 1953 pour récompenser la bravoure et la conduite des marins mécaniciens et armuriers pendant la deuxième guerre mondiale,
- la croix de guerre des Théâtres d'Opérations Extérieurs avec palme, reçue en 1955, dont la citation exalte l'esprit de devoir et de sacrifice des marins formés à l'E.A.M.F,
- la croix de Chevalier de la Légion d'honneur, remise en 1958 par le vice-amiral d'escadre Barjot.
En 1985, la promotion Dupleix fut la première promotion d'apprentis présentée à ce glorieux drapeau qui rappelle le courage et la volonté de servir la France de leurs aînés.