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Marins en opérations

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Mise à jour : 07/07/2011 16:21

« Sans les hommes et les femmes qui les servent, nos unités, nos matériels ne seraient rien. »

Amiral Pierre François Forissier, chef d’état-major de la Marine

« Je me sens utile »

En 2010, me voilà partie pour la mission Brillant mariner, puis pour l’opération Agapanthe qui s’est achevée en février 2011. Après seulement un mois de répit, je me retrouve engagée dans l’opération Harmattan pour une durée indéterminée. Il n’est certes pas facile de dire au revoir à ses proches et de se consacrer uniquement à son travail, mais nous retrouvons à bord une seconde famille. J’ai eu l’opportunité de visiter les ateliers de maintenance des aéronefs, d’être présente sur le pont d’envol lors des catapultages, d’assister aux appontages depuis la passerelle aviation et depuis le centre de contrôle et d’approche mais aussi de voir les avions décoller depuis la cabine de catapulte latérale. C’est une riche expérience tant au point de vue humain que professionnel. Je suis en mer depuis plus de trois mois et la fatigue se fait sentir ; il ne faut cependant pas relâcher ses efforts pour pouvoir durer. Il est important de soigner son hygiène de vie, c’est pourquoi je me couche tôt, je fais du sport plusieurs fois par semaine et je partage des moments de divertissements avec mes collègues. Rien de mieux pour garder le sourire. Après trois ans passés sur le porte-avions Charles de Gaulle, c’est un honneur pour moi de participer à l’opération Harmattan qui est l’aboutissement de ces périodes de préparations et d’entraînements. Je me sens utile et je suis fière d’y apporter mon soutien.

SM Léa B., Bureau administratif / ressources humaines

« Puisque je suis major »

En février dernier, c’est un départ au coup de sifflet pour la mission Harmattan. Excellente réactivité de l’équipage, tout le monde est là, on est reparti. Il fallait être réactif, nous l’avons été. Pour combien de temps partons-nous? Nous verrons bien, je suis confiant. Mais quelques jours après le départ… : « Major, je peux vous poser une question… ? » Et c’est reparti, avec tous ces marins que je ne côtoyais pas en base aéronavale, et qui s’accrochent à moi comme ils s’accrochaient à ce parent laissé sur le quai. Je dois avoir la réponse, puisque je suis major ! « Combien de temps ? », « On est en quelle zone…? », « ça a tiré aujourd’hui…? », « Le commandant va nous parler bientôt…? », « Je dois me marier dans un mois mais…? », « Mon fils est né hier et je n’étais pas là, alors…? ». Toutes ces questions auxquelles il faut trouver une réponse, un exutoire. Direction la passerelle, il y a toujours une réponse là-haut. Sans son commandant, l’équipage n’est rien. Sans son équipage, le commandant n’est rien. Et heureusement qu’il est là le commandant, pour nous faire durer, pour nous aider à durer.
On trouve toujours une solution pour celui qui a un problème et on s’inscrit dans la durée. « Major, on rentre quand ? Vous devez le savoir, puisque vous êtes major… » La relation humaine, le contact, c’est très important, aussi important que le pain frais du matin et le tournoi de poker du soir. Il faut « cohésionner », serrer les coudes, parce que ce n’est pas simple tous les jours.
Quand je regarde la mer tout autour du bateau, je pense à mon Jura, où le niveau des lacs baisse à cause de cette sécheresse dont on nous parle à la télé. Et je me demande comment c’est possible, avec toute cette eau disponible autour de nous. Je devrais le savoir «… puisque vous êtes major… ».
Au bilan, 220 jours de mer en 9 mois, beaucoup d’eau autour de notre porte-avions qui fonctionne très bien, un peu d’eau parfois dans le bateau mais les SECU sont là pour colmater, quelques gouttes parfois sur des joues attristées, et une expérience humaine qui vaut le coup d’être vécue. Et de quoi seront faits les prochains mois, je n’en sais trop rien… « Major, vous devriez le savoir puisque vous êtes major… ». Demain, j’irai faire un tour en passerelle !

MJR Jean-Michel T. 45 ans , chef de secteur GTA et président des officiers mariniers

« Relativiser »

Ayant déjà connu le porte-avions en sortie d’école, comme rondier machine à la propulsion, et après avoir fait la dernière campagne Jeanne d’Arc, je retrouve le porte-avions au Bureau Logistique. Monde différent, car la logistique est tout aussi importante sur un bâtiment que n’importe quel autre service. On y voit de tout : les demandes pour les escales, les procédures à la mer, les besoins divers et variés de tous les services, du genre « j’ai besoin de pièces pour mes pompes, quels sont les démarches ? » ou « tu pourrais m’avoir une grue pour que je puisse monter mes vivres ? ». Une vraie expérience humaine ! Mais surtout je peux, grâce aux formations que la Marine propose, exploiter ma spécialité, tant dans la mécanique que dans la logistique sur le porte-avions. Nos longues missions ne sont pas faciles tous les jours, mais au moins cela me permet de relativiser beaucoup de choses et je ne perds pas de vue le plus important : les retrouvailles avec la famille ne seront que meilleures.

SM Pierre-Maxime P. 25 ans, Bureau logistique

« Le marin est un militaire né pour durer »

J’ai fêté le mois de juin dernier ma deuxième année à bord. Et qu'elle deuxième année! Je cumule déjà 373 jours de mer et ce n'est pas fini. Avec les deux grosses missions que sont Agapanthe et Harmattan, on acquiert un moral d'acier. A bord, c'est un autre monde auquel on s'accommode assez rapidement. Ce qui surprend au début, c'est qu'une fois en mer le mot week-end n'existe plus. Alors, si on n'y prend pas garde, on sombre vite dans la routine. De jour comme de nuit, je suis magasinier et j'assure le remplacement des pièces de nos avions. Nous sommes quatre à assurer une permanence 24h/24. On veille à l'entretien et à la commande des pièces pour aéronefs. Lorsque je ne suis pas de permanence, je varie mes activités au maximum en pratiquant du sport, en organisant des parties de jeux en réseau, en allant discuter avec des collègues autour d'une tasse de café. Tout ça sans jamais oublier de se reposer pour garder la forme. Et puis les jours où ça ne suffit pas, je suis aidé par la famille et les amis avec qui je peux communiquer très facilement. Je pense que sur ce plan-là, tout le monde sait que de gros progrès ont été faits. D'ailleurs j'en profite pour saluer tous ceux qui m'auront reconnu. Ce que j'en retiens : le marin est un militaire né pour durer ! Et puis le temps passé à bord nous permet de mieux nous rendre compte des petits plaisirs de la vie. « C'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme... ».

QM Renaud M., magasinier aéronautique

« Je ne regrette rien »

Harmattan est ma deuxième mission opérationnelle et c'est vrai qu'elle est vraiment différente d'Agapanthe. Nous sommes partis précipitamment, en laissant nos familles, sans date de retour, dans l'incertitude et cette mission m'a vraiment permis de voir jusqu'où j'étais capable d'aller (stress, travail, état de nervosité...). C'est un travail sur soi qui demande, parfois, de se remettre en question.
L'ambiance en passerelle est tout ce qu’il y a de plus normale, avec ses tensions et ses coups de gueule, mais aussi avec ses bons moments. Mais, nous avons chacun nos caractères et nous avons appris à mieux nous connaître. Le porte-avions est un bateau à faire, même si tout le monde n'est pas de mon avis ; il m'a appris à prendre sur moi et ça, c'est un grand point positif. Je ne regrette vraiment rien, bien au contraire !

QM Tatiana M. 22 ans, timonier

« La mission d’une carrière »

Commandant Adjoint Equipage (COMAEQ) et donc chargé des « ressources humaines » et de la discipline à bord, je suis bien placé pour « sentir » l’équipage. Cet équipage m’impressionne par sa cohésion et son dynamisme, sa maturité collective. Même dans les moments d’adversité – et Dieu sait qu’il y en a, individuellement ou collectivement, pendant de longues missions – chacun reste souriant, poli et prompt à réagir aux sollicitations.
La mission actuelle ? C’est LA mission d’une carrière, celle qui justifie les mois et même les années d’entraînement et de préparation du bâtiment, celle qui justifie aussi le choix de la nation de se doter d’une Marine de combat puissante.
Le moral de l’équipage ? Bien sûr, notre moral et par conséquent notre efficacité, dépendent non seulement de notre cohésion, de la bonne ambiance à bord et des progrès de l’opération, mais aussi, pour une large part, des nouvelles et du soutien de « l’arrière », comme on disait lors des conflits d’autrefois. Nos familles sont au cœur de nos pensées et j’en profite pour remercier la mienne, qui m’a toujours soutenu pendant toutes ces années de marin embarqué et qui me permet encore aujourd’hui de faire ce métier magnifique ! 

CF Thierry B., commandant adjoint équipage

« Le soutien de nos familles est primordial »

Je suis affecté depuis 4 ans à la flottille 12F comme « boom » : celui qui arme, configure et dépanne les systèmes d’armes sur les avions de chasse Rafale qui est le fleuron de notre industrie aéronautique et qui est capable de mettre en œuvre des équipements à haut niveau technologique.
Je me suis forgé un vrai esprit de marin et une endurance à la mer. Aujourd’hui, ce que je peux rapporter, c’est que l’ensemble du personnel présent sur le grand Charles est pour moi d’une qualité exceptionnelle. Nous avons prouvé que rien n’est insurmontable, que notre force morale est infatigable. Nous avons montré notre maîtrise technique des systèmes qui nous sont confiés. Nous avons démontré la pertinence du moyen de projection de puissance qu’est le Charles de Gaulle. Avec plus de huit mois en mer, il est vrai que nous sommes tous fatigués, mais nous avons des ressources. Je pense que nous pouvons être tous fiers du travail déjà réalisé. Pour terminer, je voudrais faire passer un message important : le soutien de nos familles est primordial, surtout lorsque nous nous inscrivons dans la durée. Aujourd’hui, comme à aucun autre moment, nous avons besoin de vous, de votre soutien, de vos encouragements. Je profite de ces quelques lignes pour embrasser toute ma famille, ma femme Laetitia et ma fille Alihya. Je vous embrasse, je vous aime.

SM Kevin B. 25 ans, électro-mécanicien d’armement au sein de la flottille 12F

« La valeur de notre engagement »

«Nous sommes en 2009, quelque part entre les Seychelles et la Somalie. Mon équipe est embarquée, l’un des thoniers bretons qui opèrent depuis les Seychelles. En pleine journée, le klaxon d’alerte hurle soudain cinq coups brefs. C’est le signal… Des intrus sont en vue. Aussi loin des côtes, aucune chance qu’il s’agisse de pêcheurs locaux…
Ce sont deux skiffs très bas sur l’eau, arrivant à vive allure par le travers arrière. À bord des trois thoniers de la flottille, les équipes EPE sont rappelées au poste de combat. Chaque homme sait ce qu’il a à faire. Les affûts sont déjà en place, les pièces d’auto-défense sont installées en un tournemain. Nous sommes parés. Il n’aura fallu qu’une minute… Les réflexes acquis aux prix d’un inlassable entraînement ont payé. L’attente commence… Un quart d’heure passe. Les embarcations foncent toujours droit sur nous. Elles sont là, s’approchant dangereusement de la zone frontière autour du bateau, ignorant nos avertissements sonores et lumineux. Les rafales de semonce hachant la surface devant leur étrave ne freinent pas plus leur avance. D’une seconde à l’autre, pourtant, les skiffs violeront la zone sanctuaire. Il n’y a plus qu’une seule réponse : les tirs au but pour décourager les agresseurs de venir au contact. Nous avons le devoir de protéger nos marins et leurs bateaux. À tout prix. C’est là, je crois, toute la valeur de notre engagement au service de la nation.
Encadrés par un puissant tir de barrage, les skiffs stoppent net leur course. Ils n’iront pas plus loin. Les pirates ont compris qu’ils ne peuvent progresser plus avant. Maintenus en respect, ils tournent à bonne distance de la flottille. Le patron-pêcheur lance sur les ondes un message d’alerte signalant la présence de pirates dans la zone. Un bâtiment de guerre allemand croisait non loin. Il intercepte notre message et accourt à notre rencontre. Entre temps, nos assaillants ont définitivement lâché prise. Ils l’ignorent encore, mais l’étau est déjà en train de se refermer sur eux. Un hélicoptère des forces espagnoles s’est envolé à leurs trousses pour « marquer » leur fuite. Avant le crépuscule, ils seront rattrapés C’était ma première mission comme EPE… Je me suis porté volontaire pour repartir au plus vite.»

Second-maître Benoît M, compagnie de fusiliers marins de l’Île Longue

« Concret à forte valeurs ajoutées »

L’engagement, dans un sous-marin comme sur la ligne de front, cela implique d’être réactifs et de connaître bien évidemment ses hommes. En tant qu’officier, il faut être évidemment proche de ses hommes. Ce sont d’ailleurs cette proximité et la forte dimension des opérations qui m’ont incité à m’engager dans les forces sous-marines. Car les sous-marins, ce sont avant tout des équipages à taille réduite avec des marins motivés, passionnés, professionnels et performants. Sur un sous-marin, tout un équipage, de sa base à son commandant, est impliqué par les missions. Le rôle de chacun est déterminant chez nous : quant aux réalités opérationnelles, elles sont omniprésentes et impactent constamment notre programme des opérations. Même si l’actualité internationale ou nationale ne nous parvient qu’à travers un filtre, lorsque nous sommes en patrouille, nous sommes conscients de notre utilité militairement, stratégiquement et géo-stratégiquement parlant. Forcément, la vie de sous-marinier impacte la vie familiale.
C’est souvent avec un faible préavis que nous devons partir pour des missions à durée prolongée. Cela implique d’en avoir discuté avec sa compagne au préalable. Etre sous-marinier, c’est un choix de vie et un choix professionnel qui ne se fait pas tout seul au départ, mais en concertation avec son épouse. Pour ma part, j’ai choisi cette voie afin d’accumuler les expériences opérationnelles pendant les 20 premières années de ma carrière. Issu d’une famille où l’on est cavalier depuis 3 générations, j’ai choisi la Marine et les forces sous-marins, pour toucher aux opérations, être au contact des hommes, embarquer et naviguer. Si la promiscuité et la rusticité des conditions de vie en effraient plus d’un, moi je les ai tout de suite acceptées car c’est à mes yeux, la promesse de mener une carrière pleine garantissant des opportunités et des challenges sans cesse plus élevés au fur et à mesure que l’on prend du grade et que l’on acquière de l’expérience.
Je reviens de 4 mois de patrouille dans l’arc de crise en océan Indien. A compter de cet été, je vais partie 2 ans en détachement dans la Royal Navy, au titre de la coopération, avant de revenir occuper des postes à responsabilités dans les forces sous-marins. J’ai de la chance de faire un métier concret et à fortes valeurs ajoutées. C’est forcément épanouissant…

LV Thomas L., SNA Améthyste

Sources : © Marine nationale

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