7000 marins sont actuellement engagés sur plusieurs théâtres d’opérations, certains au plus près des combats. Leur engagement n’est cependant possible que par le travail et la disponibilité permanente des marins, civils comme militaires, qui œuvrent à terre au soutien des forces. Au moment où commence la période des congés d’été et que les forces continuent leur mission, l’amiral Forissier, chef d’état-major de la marine, a souhaité s’adresser à tous les marins.
Les opérations militaires sont la finalité du marin d’État. Mais elles impliquent souvent de longues périodes loin des siens pour les marins embarqués, et une disponibilité de tous les instants pour les marins chargés du soutien. Aux marins et à leur famille, que voudriez-vous dire ?
D’abord, je voudrais dire que je suis particulièrement fier de tous nos marins. Je connais la difficulté de l’éloignement, de vivre pendant de longues périodes loin des siens, souvent sans connaître la date du retour. C’est éprouvant pour le marin mais aussi pour sa famille. Ce sont aux familles de marins que je pense aussi car ce sont elles qui portent la plus lourde charge.
Les marins en opération font leur métier, celui pour lequel ils se sont engagés, ils se sont formés et entrainés. Lorsque la mission est longue, la routine et l’éloignement peuvent poindre. Mais la notion d’équipage est essentielle ; dans les moments difficiles, il soude les hommes et les femmes au sein d’un équipage pour la réussite de la mission. J’ai bien conscience qu’au début de l’été, être en opération peut être contraignant pour les marins et leurs familles, mais c’est aussi notre grandeur d’être toujours prêts à répondre aux ordres reçus. C’est notre raison d’être au service de la France.
Quand je parle des marins en opérations, je pense à tous les marins qui participent aux opérations. Ceux qui sont embarqués sur le terrain bien sûr, mais aussi ceux, civils et militaires de toutes armées et services, qui œuvrent pour le soutien des forces. Pour eux aussi, c’est une disponibilité de tous les instants qui est nécessaire.
Face à l’ennemi, le risque est inhérent au métier de militaire. Nos bateaux au large de la Libye ont été pris pour cible et en décembre dernier un fusilier marin a été tué en Afghanistan. Le sacrifice est un engagement consenti par tout militaire. Quelle précision pouvez-vous nous apporter à ce sujet ?
Tout militaire qui s’engage sait qu’il choisit un métier particulier qui peut impliquer de donner ou de recevoir la mort. Je pense bien évidemment au SM Jonathan Lefort qui a donné sa vie en Afghanistan en décembre dernier. Il appartient hélas à la longue liste de marins tombés au service de la France. Nous ne devons jamais oublier cette dimension de notre métier.
Au quotidien, la notion de sacrifice implique également la disponibilité permanente au service des missions qui nous sont confiées.
Les marins ont montré dans les derniers mois leur capacité d’adaptation. N’est-ce pas une source de satisfaction pour celui qui a la responsabilité de les préparer ?
Je rencontre de nombreuses personnalités en France et à l’étranger, et je peux témoigner que la capacité d’adaptation de nos marins est très largement reconnue et souvent admirée. Elle est constitutive à notre état de marin. A bord, le marin doit s’adapter en permanence. Il assume plusieurs tâches : son métier technique, le poste de combat, ses quarts, la sécurité… Il l’a démontré récemment encore, et de façon remarquable, lorsqu’il a fallu partir en mission opérationnelle dans un très bref délai.
Ce professionnalisme vous semble-t-il être le résultat d’un travail réussi en amont : le recrutement, la formation, et l’entrainement permanents des forces notamment ?
Bien évidemment. Nos marins ont été choisis parmi beaucoup d’autres pour servir dans nos rangs, puis tout au long de leur carrière, ils ont été sélectionnés, formés et entrainés. Ce n’est qu’à ce prix qu’ils sont véritablement professionnels. C’est toute la chaîne de la marine qui est impliquée, les écoles, le recrutement, les services administratifs. Le professionnalisme est partagé par tous, et il est reconnu très largement, soyez en sûr.
Pour la première fois le 1er juillet, vous avez remis le livret sur les valeurs aux jeunes mousses. N’est-ce pas symbolique ?
Je suis très heureux d’avoir pu présider cette cérémonie. Les jeunes mousses et maistranciers doivent connaître les valeurs que nous partageons et qu’ils verront rappelées dans toutes nos unités : « Honneur, Patrie, Valeur et Discipline ». Ce livret sera progressivement distribué à tous les engagés, pour les aider à toujours mieux répondre au sens de leur engagement, et en particulier dans les moments difficiles. Je tenais à ce que soit formalisé ce qui fait notre identité, les principes et les règles qui guident nos actions. Ils doivent nous permettre d’appréhender notre quotidien, tout particulièrement dans les situations d’action opérationnelle ou face aux changements que nous connaissons aujourd’hui.
Parallèlement à cette dimension humaine, la marine conduit actuellement de grands programmes : le Barracuda, le NH90, les FREMM, l’Adroit pour n’en citer que quelques-uns. Cela ne vous rend-il pas optimiste pour l’avenir ?
Sans les hommes et les femmes qui les servent, nos unités, nos matériels ne seraient rien. Nous avons bien des raisons d’être confiants dans l’avenir. L’arrivée récente de l’Aquitaine, la première des frégates multimission et de l’Adroit, qui va nous permettre de bénéficier d’un nouveau bâtiment dans des conditions tout à fait innovantes, sont évidemment de très bonnes nouvelles. L’hélicoptère Caïman, va très prochainement renouveler notre flotte d’hélicoptères, et le SNLE Le Terrible vient de compléter notre capacité sous-marine de dissuasion.
Je vous ai dit précédemment ma satisfaction face à la dimension humaine, je suis aussi conscient de l’effort réalisé par la nation pour le renouvellement des équipements. A nous de nous en montrer dignes.
Amiral, vous quitterez vos fonctions dans quelques semaines. Aux marins que vous aurez commandés pendant plus de 3 ans, que souhaiteriez-vous dire ?
Je voudrais leur redire, ma satisfaction et la profonde estime que je leur porte, à eux bien sûr, mais aussi à leurs proches, qui prennent une part importante à leurs missions. Ils méritent tous un magnifique remerciement.
Pour ma part, je ne suis qu’un maillon, entre nos prédécesseurs qui ont fait la marine que nous avons, et nos successeurs qui devront composer avec celle que nous leur laisserons. Eux-mêmes poursuivront la tâche. Elle est permanente car chaque vague efface la précédente et prépare la suivante.
À l’occasion de mon départ, j’irai en particulier à la pointe Saint Matthieu, pour rendre hommage à tous les marins disparus en mer. Leur héritage doit rester présent en permanence à notre esprit.
Sources : © Marine nationale