Parmi les nombreuses missions menées par la Marine nationale, la chasse aux mines est toujours d’actualité. Détecter les mines posées sur le fond, les repérer une à une, puis les classifier avant, éventuellement, de les détruire selon leur dangerosité, telles sont les missions assignées aux marins spécialistes de la chasse aux mines.
Représentant une grave menace pour les forces maritimes et le trafic commercial sur les océans, les mines ont été employées de manière intensive au cours des deux derniers conflits mondiaux. Depuis, elles ont également été utilisées pendant les guerres de Corée et du Viêtnam et au cours des conflits du Moyen-Orient.
Pourvus de sonars spéciaux à haute définition, de coque, remorqués ou propulsés et naviguant sur l'avant, ce sont les Chasseurs de Mines Tripartites (CMT) qui mènent la chasse aux mines. Fournissant une image du fond de la mer, les CMT sont aidés dans leurs tâches par des engins sous-marins télécommandés et autopropulsés. Désignés dans la Marine nationale par l’acronyme PAP, signifiant « Poisson Auto Propulsé », ces engins modernes sont munis de caméras permettant une identification plus précise des objets détectés et la dépose éventuelle à proximité d’une charge explosive pour détruire l’objet considéré dangereux. Lorsque les eaux sont troubles ou que les conditions l’exigent, il est fait appel à des marins aguerris, les plongeurs-démineurs, procédant eux-mêmes à l'identification et à la pose d’explosifs pour la destruction (« pétardement » selon le terme consacré) de la mine.
Reportage au cœur de la « guerre des mines ». par le capitaine de corvette Louis Tellier, commandant du CMT Orion et la photographe reporter Marie Babey, embarquée à l’occasion d’une mission « sous haute tension ».
Le Chasseur de Mines Tripartite (CMT) Orion est sur le point d’appareiller afin de ratisser consciencieusement les eaux de la Méditerranée. Echos d’une mission menée à l’automne 2010.
« Appareiller de nuit pour une mission a tout de suite plus d'allure ! Les équipes de quart s'activent, sûres de leur mouvement. Quelques ordres fusent, les amarres sont larguées, et nous voici partis ce dimanche soir. Il est 22 heures, l’Orion appareille de nuit pour une mission de chasse aux mines dans les baies de Roquebrune et de Menton, sises entre Monaco et l'Italie. Dans cette zone frontalière chargée d'histoire, un club de plongée local a signalé la présence d'une mine près des côtes à 50 mètres de profondeur. A partir de ces précieux indices, nous entamons notre chasse.
Lundi matin. Après une première plongée d'environnement permettant de finaliser la tactique employée, l'équipe du central opérations de l'Orion commence sa chasse, sonar à l'eau et le regard rivé sur les écrans. La navigation débute très près des côtes. Le chef de quart veille attentivement à la sécurité nautique près de ce littoral si touristique. Chacun est absorbé par la mission. Le désir de trouver l'objet recherché et de nettoyer nos fonds marins nous anime.
Un premier objet est détecté sur les fonds marins. Le commandant prévenu, la diffusion générale annonce : « Intervention PAP pour identification, profondeur 50 mètres, longueur de drisse 60 centimètres. ». En moins de 20 minutes, l'objet est identifié par la caméra du Poisson autopropulsé, autrement dit le « PAP » dans notre jargon. Il s’agit d’une superbe mine à orin italienne datant de la seconde guerre mondiale. Nous reprenons aussitôt nos rails de recherche.
La motivation est alors facilement entretenue et spontanée. Le rythme exigeant de la bordée pour les équipes de chasse ne diminue en rien la concentration des détecteurs sous-marins. Scrutant les fonds à l'aide du sonar de coque, le Central Opérations (CO) communique à huit reprises à la passerelle la position de mines possibles. Sur ordre du commandant commence alors une longue séquence d'identification des échos sous-marins. L'identification d'un écho se fait soit grâce aux plongeurs-démineurs, soit grâce au PAP, équipé d'un projecteur et d'une caméra sous-marine, et dirigé par le central opérations. La chasse se révèle excellente. Huit mines à orin italiennes sont ainsi identifiées entre 15 mètres et 120 mètres de profondeur, toutes situées entre 500 mètres et 3000 mètres des côtes. L'ensemble du bâtiment vit au rythme des opérations.
Après deux jours de chasse, il est l'heure pour les plongeurs-démineurs de s'attaquer au cœur de leur métier. Ces mines contiennent jusqu'à 200 kilogrammes d'explosif. Malgré leur âge, il est bien sûr interdit à tout plongeur non spécialiste de s'en approcher ou de les toucher, la charge explosive est toujours dangereuse. Seuls les démineurs professionnels peuvent les traiter. Les mines sont trop proches des côtes françaises. Nos plongeurs doivent donc mettre en place un chantier sous-marin afin d’assurer la sécurisation des mines, le relevage de l'engin explosif à l'aide d'une « vache » (sorte de montgolfière sous-marine gonflée à l'air pour soulever un engin lourd) puis le déplacement des mines vers un point de pétardement en sécurité à plus de trois nautiques des côtes. Ce travail dangereux est réalisé en coopération avec les services de la mairie de Roquebrune. Une vedette de sapeurs pompiers assure la sécurité sur le plan d'eau tandis que pompiers et policiers sécurisent la côte et veillent à ce qu'aucun baigneur ne se mette à l'eau et ne subisse l'onde de choc d'une explosion sous-marine inattendue.
Mercredi, 10h30. L'Orion est au « point fixe » à 400 mètres de la mine. Tous les regards des marins sont tournés vers les deux embarcations des plongeurs-démineurs qui installent soigneusement la charge explosive autour de la mine. Le chef de quart diffuse régulièrement sur VHF 16 le compte à rebours. Le directeur de plongée suit ses équipes depuis la passerelle. Il tient informé le commandant de l'avancée du chantier.
11 heures, l'équipage retient son souffle. « Sécurité, sécurité, sécurité, compte à rebours à 10 pour le pétardement d’un engin explosif au sud de Roquebrune, 10, … 3, 2, 1, 0 ». Une gerbe de plusieurs dizaines de mètres de haut s'élève. La mine est désormais détruite. Mais il faut retourner vers le littoral car le travail est loin d'être fini. D'autres mines nous attendent. Le Groupe de Plongeurs Démineurs (GPD) Méditerranée, embarqué sur le Bâtiment Base de Plongeurs Démineurs (BBPD) Pluton, nous apporte également son soutien au cours de cette mission. Au final, pendant deux semaines, trois mines supplémentaires ont été identifiées.
CC Louis TELLIER, commandant du CMT Orion
LES MINES : pourquoi ? comment ?
Les mines de type IK et IKA, de fabrication italienne, ont été mouillées pendant la seconde guerre mondiale. Menton était occupée dès le début de la guerre par les Italiens. Monaco et Roquebrune, plus à l’Ouest et initialement en zone libre, ont été occupés à partir de 1942.Les forces de l’Axe ont probablement mouillé ces mines pour se protéger d'un débarquement allié sur la côte d'Azur. Ces mines contiennent une charge explosive de 145 kg d’explosifs. Malgré leur âge, il est bien sûr interdit à tout plongeur de s’en approcher ou de les toucher, car la charge explosive est toujours dangereuse. Seul les démineurs professionnels sont habilités à les traiter.
Stéphane Dugast
Pour aller plus loin: Marie Babey, photographe. Portrait.
Sources : © Marine nationale