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Groupe Jeanne d'Arc : une formation du Tonnerre

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Mise à jour : 28/06/2010 05:20

Le navire-école Jeanne d'Arc achevant sa dernière mission, les futurs cadres de la Marine nationale seront désormais instruits sur un autre navire : cette année, le BPC Tonnerre. Si l'objectif affiché est le même, former des cadres, l'ambiance diffère: ces « midships » seront confrontés aux opérations qui se déroulent actuellement en Océan Indien.

Brest, 4 mars 2010. Sur le pont d'envol du bâtiment de projection et de commandement (BPC) Tonnerre , les officiers élèves en ordre serré font face au «château», l'unique structure qui s'élève de cette véritable base flottante de 20.000 tonnes. D'aucuns espèrent qu'ils atteindront un jour l'enceinte vitrée de la passerelle de navigation, la plus haute.

La cérémonie d'aujourd'hui inaugure le départ en mer des nouveaux officiers élèves mais aussi d'une nouvelle école d'application à la mer. Après quarante cinq générations d'officiers formés sur le porte-hélicoptères J eanne d'Arc , ils sont 122 à bénéficier les premiers d'un embarquement de cinq mois sur l'un des navires les plus récents de la Marine. Pas de rupture cependant avec les années passées, assure-t-on dans les coursives du bâtiment. Une simple évolution.

Évoluer dans le pur respect de la tradition

«Nous avons souhaité cette évolution dans le pur respect de la tradition» a confirmé l'amiral Jacques Launay, inspecteur général des armées Marine, lors de cette cérémonie qu'il préside. Dans le fond, l'objectif est inchangé: «confronter l'élève à la prise de responsabilités et lui permettre d'acquérir son statut de chef». Le nom de «Jeanne d'Arc», cher aux marins et célèbre dans tous les ports du monde, a d'ailleurs été conservé pour baptiser cette formation.

Dans la forme, c'est autre chose. Le porte-hélicoptères Jeanne d'Arc, a appareillé pour son ultime mission le 2 décembre dernier. Les futurs cadres de la Marine se formeront donc à l'avenir sur des bâtiments plus « jeunes » que leurs équipages. « Pour comprendre notre décision, il faut être conscient que la Marine de demain est celle des BPC , des FREMM , et des Barracuda (ndlr les derniers «programmes» de la Marine nationale): des unités ultramodernes, armées par des équipages réduits » explique l'amiral Chomel de Jarnieu, major général de la Marine. «Ces bâtiments vont remettre en cause nos façons de travailler, nos politiques de maintenance et, très certainement, nos organisations». Les officiers en formation sur le Tonnerre seront donc confrontés à un navire fortement automatisé et capable de remplir un large spectre de missions interarmées et interalliées.

Autre changement, un bâtiment n'est plus exclusivement dévolu à l'instruction des officiers élèves, mais ce sont les officiers élèves qui seront désormais intégrés à la mission du bâtiment. Le BPC Tonnerre, fort de sa capacité d'accueil, 450 personnes, peut aisément recevoir une promotion d'enseigne de vaisseau. Les «midships» accompagneront donc le Tonnerre dans son activité opérationnelle en océan Indien jusqu'à l'été prochain.

Enfin, dernière évolution, l'année 2010 marque un tournant dans le cursus des officiers élèves. Instruits sur un total de quatre ans à l'École navale de Lanvéoc Poulmic, ils partiront dorénavant en mer dès la troisième année et non plus en fin de scolarité. Ceci afin d'harmoniser la formation avec les autres écoles navales européennes et de consacrer la dernière année de leur scolarité, à la formation dans la spécialité de leur choix.

« Une qualité d'enseignement peu commune »

Comme pour leurs aînés avant eux, cet appareillage représente pour Edouard Tortat et Martin Peynaud, la consécration de plusieurs années d'études: «l'embarquement à bord du Tonnerre va nous donner une qualité d'enseignement peu commune. Et grâce à la mission opérationnelle du bateau nous serons d'entrée de jeu plongés au coeur de notre métier. On ne part plus en « campagne». On part en «mission»».

Même enthousiasme à peine feint pour Egon Machiels, un jeune officier belge. «Les places sont chères pour intégrer l'École navale française, même en simple échange. Et je ne suis pas déçu: le Tonnerre , ses infrastructures, son radier, sont déroutants. Tout est démesuré.»

Sur le quai les familles tentent un dernier signe à leur fils et filles restées à bord. En face, les héritiers des gabiers de la «Marine en bois», les manoeuvriers, s'affairent sur les boutres… et libèrent le Tonnerre.

E.V Chaumeil

«Le « groupe Jeanne», une spécificité française »

Le capitaine de frégate Denis Bertin est commandant de l'école du «groupe Jeanne d'Arc». « Ils seront de bons chefs s'ils savent ce que font leurs subordonnés» avance le commandant. Entretien.

Quelle est la valeur ajoutée d'une formation des élèves officiers sur le Tonnerre ?

La valeur ajoutée, c'est d'abord la modernité du bâtiment. Nous travaillons sur un bâtiment exceptionnel, révélateur du type de bateau que nous posséderons dorénavant dans les forces. Au niveau des installations, de l'automatisation et de la pratique du quart en passerelle, nous sommes bien dans une nouvelle génération de bâtiment. Mais l'instruction des officiers élèves ne se limite pas au Tonnerre seul. Les «midships» vont aussi travailler sur la frégate anti-sous-marine Georges Leygues qui l'accompagne dans sa mission. Le Georges Leygues représente ce qui fait encore l'ossature de notre marine, aviso, frégate de surveillance…

Pour ne donner qu'un exemple, cette nouvelle promotion va concrètement aborder les installations de lutte anti-sous-marine sur le Georges Leygues après l'avoir appris dans la théorie sur le Tonnerre.

Le contenu de la formation diffère -t-il des années précédentes ?

Le but est clairement la formation pour ces jeunes marins aux premiers postes d'officiers. C'est-à-dire, qu'ils doivent être aussi à l'aise comme chef de quart que comme chef de secteur. Aujourd'hui, la mission du Tonnerre est concrète et comprend un transit par l'océan Indien notamment. Sur ce bâtiment désigné pour une mission, se greffe les élèves. C'est justement là où le principe diffère vraiment avec la «Jeanne». Auparavant, le navire école partait faire sa campagne de formation et, de manière inopinée, pouvait réaliser des opérations, souvent de l'humanitaire.

L'école d'application à la mer du « groupe Jeanne » est-elle différente de nos voisins européens ?

La particularité de la France est de réunir tous les officiers élèves sur un bâtiment ou sur un groupe de bâtiments et de leur dispenser la même formation à tous. Il y a en quelque sorte un «standard» dans la formation de l'officier. Ces derniers sortiront donc de l'École navale en étant sûr qu'ils possèdent les mêmes connaissances, avec un socle commun. Chez nos voisins européens, les futurs cadres sont placés en «stage» sur des bâtiments qui peuvent être très différents les uns des autres et où le niveau à la sortie va dépendre de l'investissement de chaque bâtiment pour former ses midships. Je pense notamment aux Anglais.

Quel est l'état d'esprit des élèves ?

Très sincèrement, excellent. Je ne vous cache pas qu'il y avait une certaine appréhension. Avec le récit de leurs aînés sur la «Jeanne», les officiers élèves se projetaient facilement. Mais depuis leur embarquement, ils sont enchantés. Je vais tout faire pour qu'ils gardent cet enthousiasme d'un bout à l'autre de leur cinq mois de navigation. Quant à l'équipage du Tonnerre, ils sont agréablement surpris de voir des jeunes qui s'intéressent à leurs tâches les plus élémentaires, et qui les partagent. C'est ainsi qu'ils gagneront leur légitimité. Ils seront de bons chefs s'ils savent ce que font leurs subordonnés.

Sources : ©Marine nationale

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