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Coopération franco-yéménite pour répondre à de nouvelles menaces

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Mise à jour : 28/06/2010 05:12

Le bâtiment de commandement et de ravitaillement (BCR) Marne , avec à son bord l'état major de la TF 150, a participé du 13 au 21 avril 2009 à un PASSEX avec le Yémen. Une semaine d'échanges placée sous le signe du développement, de la connaissance mutuelle et de l'interopérabilité au travers d'exercices. Retour sur cette expérience avec les témoignages de deux marins yéménites et du lieutenant colonel (LCL) Henri Lambaré, attaché de défense au Yémen.

Interview du sous-lieutenant (SLT) Marwan Al Bakhshi, garde côte yéménite et du capitaine de frégate (CF) Mohammed Hasan Hakam, chef du département des relations publiques des forces navales yéménites.

Quelles sont les principales missions des gardes côtes ? Des marins yéménites ?

SLT Al Bakhshi : Nous devons assurer la sécurité des ports et celle de la côte du Yémen. Nous contrôlons également l'immigration clandestine et l'importation illégale des produits commerciaux qui rentreraient sur le territoire yéménite et susceptibles d'affecter l'économie de notre pays. Nous aidons également les pêcheurs en protégeant nos eaux territoriales de la pêche illégale.

CF Hasan Hakam : Les missions de la marine yéménite sont complémentaires. Notre objectif majeur est de défendre le pays et d'assurer la surveillance de nos 1700 kilomètres de côtes. Nous participons à la protection des eaux territoriales et au contrôle du détroit de Bab el Mandeb. Nous sécurisons également les bâtiments militaires et civils durant leur transit d'un port à l'autre.

Nous luttons également contre le trafic de drogue, la contrebande, l'immigration clandestine et la pollution maritime.

Quelles sont les difficultés majeures auxquelles vous êtes confrontés ?

SLT Al Bakhshi : Nous disposons d'équipages motivés et entraînés, ce sont les moyens matériels qui manquent. Nous aurions besoins de bâtiments plus gros et plus puissants, d'armes plus sophistiquées. Nous ne pouvons pas partir plus de trois jours consécutifs et nous ne naviguons que dans une zone bien spécifique. Notre objectif est d'être en mer sur une longue période et de disposer d'équipements permettant d'aller dans toute notre zone de responsabilité.

CF Hasan Hakam : Nous devons faire face à de nouvelles menaces et à une montée en puissance importante de la piraterie dans nos eaux. Il est difficile de les contrer et de contrôler les trafics illégaux d'autant que nous ne disposons pas de bâtiments de haute mer.

Qu'attendez-vous de ce type d'exercices communs ?

SLT Al Bakhshi : Nous bénéficions régulièrement d'entraînements de la part des Français et des Anglais. Cette semaine à bord de la Marne nous permet de mettre en application les techniques d'intervention en mer enseignées par la gendarmerie maritime française. Nous avons pu observer et participer à des exercices d'équipes de visite, de manoeuvre, de sécurité, de tirs, c'était très formateur. Plus vous continuez à vous entraîner, moins vous risquez de commettre d'erreurs.

En outre, c'est la première fois que je navigue aussi loin et que je vais à Socotra.

CF Hasan Hakam : Nous sommes preneurs de tout ce que la marine française peut nous apporter et cela nous conforte dans notre souhait de renforcer les liens entre nos deux pays.

Que retiendrez-vous de votre passage à bord de la Marne ?

SLT Al Bakhshi : Un entraînement continu est essentiel pour améliorer le niveau technique de l'équipage et être prêt à répondre à tout type d'actions. Ce qui me marque, de cette semaine à bord, c'est l'importance de la cohésion de l'équipage, si tout le monde travaille ensemble dans le même sens, vous ne pouvez qu'atteindre votre objectif.

J'espère vraiment avoir une nouvelle fois l'opportunité de naviguer sur un bâtiment français et si possible apprendre d'ici là le français avec un séjour à organiser en France !

CF Hasan El Hakam : Ce transit commun tripartite marine française, marine yéménite et gardes côtes a été une belle expérience pour tous de travailler ensemble en mettant en commun nos pratiques. Nous n'avons que trop rarement l'occasion de voyager aussi loin de nos côtes, nous avons énormément appris et espérons pouvoir engager des opérations de sécurité maritime plus conséquentes que celles réalisées aujourd'hui.

Interview du LCL Henri Lambaré, attaché de défense au Yémen.

Quelles sont les relations France Yémen? Sur le plan maritime et de défense?

La relation militaire bilatérale avec le Yémen est depuis 2003 dans une phase de montée en puissance avec une accélération du processus depuis 2006, notamment dans le domaine de la sécurité maritime avec une forte augmentation du nombre d'escales depuis 2007. Il s'agit, pour la marine française, du 6ème exercice maritime conduit avec les gardes-côtes et les forces navales yéménites depuis avril 2008.

Fin 2009, un poste de coopérant officier de marine au Yémen sera créé, dont l'une des principales responsabilités sera de coordonner l'ensemble de nos actions de coopération au profit des gardes-côtes et des forces navales yéménites.

Par ailleurs, le projet français de mise en place d'un dispositif tripartite : Yémen - France - Djibouti, de sécurité maritime dans le détroit de Bab el-Mandeb devrait être formalisé dans les prochains mois par la signature d'une lettre d'intention entre les trois pays. L'objectif sera de créer une véritable dynamique susceptible de renforcer à terme la coopération entre eux en matière de sécurité maritime dans le detroit.

Quel est l'intérêt de ce genre d'exercice? Pour la France? Le Yémen?

L'objectif de cet exercice est d'effectuer une traversée commune aller et retour entre le port d'Al-Mukallah et l'île de Socotra avec des participants de deux nations différentes et, pour la partie yéménite, relevant de deux ministères distincts : l'intérieur et la défense.

Ce transit doit permettre à tous d'apprendre à mieux se connaître, de manière à être en mesure, un jour, d'effectuer des opérations maritimes communes dans une zone, où la multiplication récente des actes de piraterie, notamment contre des bâtiments français et yéménites, est venue nous rappeler l'importance stratégique.

Quels sont les enjeux majeurs des forces navales yéménites ?

La marine yéménite est aujourd'hui fortement désireuse de développer des relations avec les forces navales étrangères et en particulier la marine française.

Pour ce faire, elle dispose de nombreux atouts, dont plusieurs bases sur la mer Rouge et le golfe d'Aden, des patrouilleurs acquis récemment et des équipages entraînés et motivés.

Une nouvelle mission vient de lui être confiée : coordonner l'ensemble du dispositif de sécurité maritime autour du futur terminal gazier de la société Yémen L.N.G. à Balhaf, dont le groupe Total détient une participation majoritaire. Les forces navales doivent prochainement se déployer dans la zone et les premiers méthaniers qui arriveront et repartiront du site dès la fin du mois de juin prochain seront escortés par des patrouilleurs de la marine yéménite.

Qu'attendent-ils de ce type de coopération?

Les attentes de nos partenaires des forces navales yéménites sont bien évidemment immenses. Au delà des aspects techniques du développement de notre coopération et des questions de sécurité maritime, ces attentes sont surtout humaines.

Les contacts avec la marine française ont en effet suscité une intense curiosité dans les rangs des marins yéménites et le désir de s'ouvrir sur le monde extérieur. Plusieurs jeunes officiers des forces navales ont d'ailleurs exprimé le souhait d'apprendre le français et espèrent participer à des stages de formation en France.

Quelle est leur attitude face à la piraterie? Trafics de drogue? Immigration clandestine?

Les forces navales participent activement à des opérations organisées dans le cadre d'un plan national de lutte contre la piraterie. Des escortes de navires yéménites, en particulier des pétroliers, entre les principaux ports du pays sont régulièrement assurées par la marine yéménite.

En ce qui concerne la lutte contre les trafics de produits stupéfiants, des boutres suspects et leur équipage, ont à plusieurs reprises été remis par les forces maritimes internationales à des patrouilleurs de la marine yéménite au large d'al-Mukallah et de la pointe de Ras Fartak.

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