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Interview avec Le Médecin chef Humbert Boisseaux : Le rôle du psychiatre sur les opérations extérieures (2/2)

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Mise à jour : 09/11/2012 16:56

Suite de notre Interview avec Le Médecin en chef Humbert Boisseaux, chef du service psychiatrie de l’hôpital du Val de Grâce, qui évoque pour nous le rôle du psychiatre durant les opérations extérieures. Et pour retrouver  la première partie de l'interview

La prise en compte du facteur psychologique en opération est-elle quelque chose d’ancien à la Défense ?

C’est avec la première Guerre mondiale et le problème des « pertes psychiques », ces soldats incapables de poursuivre le combat bien que sans blessures apparentes, que s’est véritablement posée la question de l’impact psychique de la guerre. Les difficultés rencontrées pour la prise en charge de ces hommes a conduit à définir des modalités d’approches spécifiques au champ de bataille. Mais l’évocation de leur « faiblesse morale » n’a pas permis que soit réellement considérée à sa juste valeur la souffrance de ces soldats. Si les guerres de décolonisation ne leur ont pas offert d’avantage de reconnaissance sociale, elle a permis aux psychiatres militaires qui les ont traitées d’acquérir de solides connaissances de leurs troubles.

C’est au moment de la première guerre du Golfe que pour la première fois, des psychiatres ont été envoyés sur le terrain pour prendre en charge les soldats exposés aux expériences traumatisantes des combats. Leurs retours d’expérience a permis alors de définir une véritable doctrine d’emploi de ces nouveaux intervenants du champ de bataille.

D’autres conflits comme celui du Rwanda, avec les horreurs qu’il a engendré, ont montré la nécessité d’un soutien non seulement sur le terrain mais également après, au retour, avec la mise en place d’un suivi spécifique pour certains militaires particulièrement éprouvés par les tâches qu’ils avaient dû effectuer.

L’Afghanistan est venu souligner un peu plus encore la nécessité de concevoir une prise en charge sur le long terme et le besoin d’une réflexion sur les moyens à mettre en œuvre pour le soutien des combattants au retour de mission.

Cette réflexion a conduit à la mise en place d’un sas de fin de mission à Chypre. Son objectif est double : permettre au soldat de « terminer » sa mission en en faisant un travail de debriefing sur l’action effectuée et engager un processus de décompression nécessaire à la réadaptation à la vie quotidienne. Ce temps peut permettre le repérage de difficultés émergentes chez certains pour une orientation précoce vers des soins.

Pourriez-vous nous parler du rôle des psychiatres en opération extérieure ?

L’une des particularités des armées françaises est la mise en œuvre d’une doctrine de « médicalisation de l’avant ». Il s’agit de faire intervenir les personnels médicaux sur le terrain au plus près des combattants afin de pouvoir intervenir sans tarder et d’assurer un suivi de proximité des personnes en difficulté. La présence d’un psychiatre sur le théâtre offre au médecin la possibilité d’une distanciation vis-à-vis de sa propre implication émotionnelle mais aussi de pouvoir disposer d’un interlocuteur spécialisé dans le registre de la santé mentale.

L’action médicale est complémentaire de celle de l’encadrement militaire qui se doit d’assurer un fonctionnement optimal du groupe, élément indispensable à l’équilibre et au bien-être du soldat. C’est dans ce contexte que les armées se sont dotées depuis quelques années de spécialistes « facteurs humains » à même de conseiller le commandement en ce domaine.

Vous nous avez dit avoir été en opération extérieure vous-même, pourriez-nous nous donner un exemple de votre intervention sur l’une d’entre-elles ?

En novembre 2004 j’ai été appelé à Bouaké, après le bombardement d’un camp français en Côte d’Ivoire, pour soutenir les troupes sur place qui venaient de vivre le traumatisme de perdre de nombreux camarades dans cette attaque.

Dès mon arrivée, ma première action a été d’évaluer l’état du dispositif médical en place ainsi la façon dont le commandement faisait face. Il s’agissait pour moi de comprendre la situation et de voir comment aider ces hommes.

J’ai donc décidé de rencontrer chacun des militaires présents, dans le cadre de groupes de discussion, pour leur demander de me raconter ce qu’ils avaient vécu, afin d’apprécier leur capacité de « résilience collective » et d’identifier le besoin éventuel d’une aide individuelle plus spécifique de certains.

Je suis resté deux mois avec cette unité blessée. Les soldats avaient émis le souhait que je sois présent avec eux pour passer des fêtes de noël, qu’en la circonstance, ils redoutaient particulièrement.

Pour retrouver  la première partie de l'interview

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