Mardi 04 décembre 2012, la Cour d’Appel de Paris ouvre ses portes pour accueillir la journée défense et citoyenneté au coeur de la 1ere chambre, lieu exceptionnel et somptueux par sa décoration, où se sont déroulés les plus grands procès retentissants qui ont marqué l’histoire de France.
08h15, c’est sous une pluie battante que les premiers convoqués arrivent aux portes du palais de justice. Pour ces jeunes parisiens, il s’agit d’un véritable rendez-vous en terre inconnue. Les premières affinités se forment, aujourd’hui sera une journée « pas comme les autres ».
Le temps de s’enregistrer auprès des encadrants, de mettre son tour de cou « signe de reconnaissance de la tribu des « JDCistes » et on se retrouve tous réunis autour d’un petit-déjeuner. Les uns tentent d’imaginer quel sera le programme, questionnent le major Rigault et le lieutenant de vaiseau Fabiani, les deux animateurs du jour, tandis que les autres se laissent porter par cette ambiance « solennelle ».
09h15, c’est l’heure, la journée placée sous le thème « Justice et Citoyenneté » va enfin pouvoir commencer…
C’est avec un air ébahi, la tête fixée au plafond orné de fresques, les mains glissant sur les sièges en cuir que nos jeunes citoyens pénètrent dans la première chambre de la Cour d’Appel.
Pour Salomé, 17 ans, future avocate, c’est inespéré « je suis trop contente, c’est génial ! ».
Motivés et enthousiastes dès le premier module, les interactions n’ont cessé de fuser entre les jeunes et les animateurs. La charte des droits et des obligations du citoyen français a été une bonne source d’inspiration. (ndlr : cette charte sera intégrée au certificat JDC à compter du 1er janvier 2013).
Monsieur Landaret, agent de la mission locale de Paris ainsi que Madame Jean-Baptiste, chargée de recrutement et Monsieur Lagache, chargé d’insertion professionnelle, tous deux du Centre Epide de Montry ont exposé leurs organismes et leurs rôles en tant que partenaires d’insertion du Service National. « Le savoir- faire », sans le « savoir être » n’est rien. Aujourd’hui pour accéder à l’emploi, il faut un bon « savoir être » dixit madame Jean-Baptiste et c’est ce que les jeunes retiendront…
En prenant une tournure plus « militaire » avec le deuxième module : « Pourquoi le budget consacré à la défense est-il aussi élevé ? N’est-ce pas trop ? » se demande Léon, les débats ont repris le dessus. Madame Duval, conseillère technique de la Direction inter-régionale à la Protection Judiciaire de la Jeunesse d’Ile-de-France et d’Outre-Mer, quant à elle, leur a diffusé une vidéo sur la DIR PJJ mais surtout leur a fait comprendre que « l’éducatif a bien sa place dans le milieu pénitentiaire ». Rappelons qu’en 2011, la DIR PJJ a permis à plus de 700 mineurs d’être placés en familles d’accueil et à environ 3800 mineurs d’intégrer des établissement éducatifs.
Mais rien ne laissait présager que la simulation de procès qui allait suivre, orchestrée par maître Montourcy, avocat à la Cour, Madame Lieberherr, Vice-Présidente chargée des enfants et de Madame Chauvelot, Vice-Procureur, allait susciter des vocations judiciaires et pour certains, les révéler. La distribution des rôles, aussitôt lancée, aussitôt bouclée. « Il nous faudra des volontaires : le Président du Tribunal et ses deux assesseurs, les deux prévenus et leurs avocats, le Procureur de la République, la victime, son avocat ainsi que les témoins » lance maître Montourcy.
« Je ferai la victime Madame Marcelle ! » réplique aussitôt Whitney
« Et moi son avocate ! » se propose Salomé,
« Moi, je serai Frédéric, le voleur ! » s’écrit Maoulida.
Personne ne s’est fait prier, la motivation était plus qu’évidente… Le temps de vêtir la robe noire, gracieusement mise à disposition par nos invités, de s’imprégner du dossier, de préparer son texte en concerto avec nos professionnels, qui ont bien voulu se prêter au jeu en endossant le rôle de « consultants » et de « souffleur de texte ». La reconstitution du procès pénal peut débuter…
« Faites entrer les prévenus ! » s’écrit Léon, notre apprenti Président du Tribunal, entouré de ses deux assesseurs, Liida et Bartek .
« Monsieur Frédéric, vous comparaissez aujourd’hui car vous êtes soupçonné d’avoir volé 150 euros à Madame Marcelle, ici présente avec la complicité de Monsieur Florian ici présent » rôle tenu par Daravanh, accompagnée de son avocat, interprété par Charles-Edouard. Après les passages à la barre des témoins, Madame Nicolas, jouée par Salomé (et de deux !) et des parents représentés avec brio par Madame Duval et Monsieur Lagache ; nos deux avocats en herbe nous ont offert des plaidoiries dignes des plus grands conseils, sous les yeux froncés de Kany, représentante du Ministère Public, très convaincante dans son rôle de Procureur.
Maître Montourcy et les deux magistrats laisseront le soin à leurs camarades de choisir tous ensemble quelle sera la peine infligée. Au bout de quelques minutes le verdict tombe, la sentence est prononcée par Léon, le Président : « Frédéric ! le Tribunal vous condamne à un stage de citoyenneté chez Madame Marcelle. Quant à vous, Monsieur Florian, le Tribunal ne retient aucune charge contre vous. Vous êtes relaxé ».
C’est avec le même entrain que les "JDCistes", scindés en deux groupes, ont assisté aux audiences en comparutions immédiates au sein de la 23ème et la 25ème chambre correctionnelle où quotidiennement s’enchaînent les affaires courantes.
Ordre du rôle cet après-midi : « tentative de cambriolage dans les beaux quartiers parisiens » pour les uns et « violences conjugales » pour les autres.
Un bon moyen de leur démontrer que le système judiciaire français est bien loin du système judiciaire américain où la jurisprudence est systématiquement utilisée alors « qu’en France, c’est la loi écrite qui prime » dixit Madame Lieberherr. A peine installé que c’est déjà l’heure de quitter le box, non sans mal pour certains : « Juste au moment où je commençais à être à fond dedans !!! » s’écrit Maoulida.
C’est en fin de journée que Monsieur Degrandi, Premier Président de la Cour d’Appel ainsi que Monsieur Falletti, Procureur Général près la Cour d’Appel, nous ont fait l’honneur de leur présence pour clôturer solennellement cette journée à travers leurs discours aux messages forts en conviction. « Le certificat JDC est le passeport à l’appartenance de la communauté nationale… nous pouvons tous un jour être appelé à défendre notre pays… », « Je suis heureux de l’initiative du Ministère de la Défense d’avoir sollicité la Cour d’Appel du Palais de justice de Paris, nous sommes ici dans la première chambre, haut lieu chargé d’histoire où de grands procès ont été rendus au nom du peuple français… il faut être préparé à défendre la Nation… la menace est moins visible, mais toujours présente… ». Messages qui auront très certainement fait leur chemin dans l’esprit de nos jeunes citoyens, parce qu’effectivement, cette journée n’était pas comme les autres…
En savoir plus :
- Lire l'article sur le site de la Cour d'appel de Paris : Journée Défense et Citoyenneté exceptionnelle à la cour d'appel
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Sources : SGA/DSN
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