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Warfare in Independent Africa, William Reno

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Mise à jour : 28/08/2012 14:59

William Reno (2011), Warfare in Independent Africa, Cambridge, Cambridge University Press.

Adam Baczko, doctorant en Etudes politiques à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Jeune chercheur rattaché à l’IRSEM (allocataire DGA/CNRS).

Dans Warfare in Independent Africa, William Reno examine l’évolution des guerres en Afrique depuis l’époque des luttes anti-coloniales. Certes, la plupart des travaux sur les guerres africaines soulignent à quel point les groupes armés actuels se différencient des mouvements de libération nationale des années 60. Cependant, très peu parviennent à appréhender les transformations des guerres dans leur ensemble, indépendamment des différentes situations nationales. Warfare in Independent Africa s’efforce de combler ce vide, en faisant la synthèse de nombreuses recherches et en proposant un cadre d’analyse cohérent pour rendre compte d’un demi-siècle d’évolution.

Pour comprendre les changements de comportement des guérillas africaines des années 60 à nos jours, William Reno se concentre sur deux éléments : les transformations de l’environnement national et international dans lequel les groupes armés émergent et les évolutions des régimes qu’ils affrontent et tentent de renverser. En suivant le fil d’un demi-siècle d’histoire, il montre que depuis les années 80 et 90 les mouvements armés en Afrique se sont adaptés à un contexte politique défavorable.

Dans les années 60, les mouvements de libération nationale et les guérillas anti-apartheid sont parvenus à développer une idéologie cohérente, à discipliner leurs combattants et à produire des institutions solides car ils disposaient d’un environnement propice. Les élites nationalistes qui émergent à cette époque bénéficient de soutiens auprès des comités pour la décolonisation mis en place par l’Organisation des Nations Unies (ONU) et l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Les universités occidentales, les bureaucraties coloniales et les pays socialistes ont constitué autant de lieux où ces militants se sont formés, ont échangé des idées et ont obtenu les ressources indispensables à l’action collective. Pour vaincre des appareils aussi efficaces que les armées et les administrations coloniales, les mouvements de libération nationale ont été forcés de mettre en place une branche militaire performante et une gestion rigoureuse des zones libérées.

Vingt ans plus tard, les lieux de formation et de soutien aux mouvements armés en Afrique se sont raréfiés. Les universités de Dar-es-Salam ou d’Addis-Abeba ont encore joué ce rôle de catalyseur de révoltes et d’idées, permettant à des guérillas réformistes d’émerger en Ouganda et en Ethiopie. Avec la diminution de l’aide des pays communistes et le refus de l’ONU et l’OUA de s’engager dans les affaires intérieures d’Etats indépendants, seuls certains pays africains, menant une politique étrangère agressive dans leur voisinage, acceptent de financer et d’accueillir des mouvements armés. La plupart des guérillas deviennent dépendantes des changements de stratégies de ces Etats et perdent progressivement leur cohérence idéologique. Les rebelles ougandais, rwandais et éthiopiens constituent des exceptions auxquelles l’auteur se réfère pour mettre en évidence le basculement en cours à cette époque.

Dans les années 90, l’environnement international est devenu encore plus défavorable aux guérillas africaines. Les élites contestataires ne disposent plus de lieux pour se socialiser et s’organiser à l’abri de leurs dirigeants. Les transformations des Etats africains depuis les années  60 conditionnent les mouvements armés. La plupart des régimes africains, fragilisés par les rivalités internes et par un contexte de libéralisation internationale, se maintiennent en associant des politiques répressives et clientélistes. Ce mode de gouvernement empêche l’émergence d’institutions solides, laisse ainsi de larges espaces sans administration et nuit simultanément au développement de toute offre politique alternative dans ces régions. Le mécontentement populaire ne trouve donc plus d’élite capable de canaliser les griefs dans une insurrection armée. Seuls les hommes politiques, qui possèdent des réseaux nationaux et internationaux, et les chefs de communautés, vers lesquels se tourne la population en quête de sécurité, disposent de ressources pour constituer un groupe armé. Bien qu’ils ne proposent aucune perspective politique, ils tirent profit de la fragilité des Etats africains et du mécontentement populaire. Pour permettre à nouveau aux intellectuels et aux idéologues de transformer les sentiments de révolte en action collective, William Reno recommande donc de recréer des lieux et des institutions où ces élites peuvent émerger et se rencontrer.

Warfare in Independent Africa peut donc être interprété de plusieurs manières. Cet ouvrage  propose un bilan analytique des guerres en Afrique. Avec ces nombreuses études de cas remises en contexte, il peut être utilisé comme un manuel sur le sujet. La bibliographie sélective est particulièrement utile pour orienter le lecteur vers des ouvrages de référence sur chacun des conflits étudiés. Résultat de deux décennies de recherches, Warfare in Independent Africa est aussi un ouvrage théorique dont la méthodologie peut inspirer des recherches portant sur d’autres aires géographiques. Enfin, il s’agit d’un livre d’analyse politique destiné aux professionnels spécialisés sur les guerres africaines. Les propositions de William Reno contrastent avec les stratégies actuelles, qui promeuvent le statut quo, le plus souvent au détriment des rebelles qui proposent des réponses aux sentiments de révolte de leurs communautés.

Un regret demeure cependant. Les mouvements religieux, notamment les islamistes présents depuis une décennie en Afrique de l’Ouest, dans le Sahel et la Corne de l’Afrique, ne sont pas traités alors même qu’ils s’intègreraient parfaitement dans l’analyse de William Reno. Les madrassahet les Eglises sont aujourd’hui parmi les rares institutions capables de produire, indépendamment des pouvoirs en place, une élite politique avec une idéologie cohérente. Appliqué à ce phénomène, Warfare in Independent Africa permettrait de mieux cerner des mouvements armés, aujourd’hui très actifs et encore mal compris.

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