La politique étrangère d’Obama, premiers bilans :
Par Maya Kandel, chargée d’études à l’IRSEM.
Les grandes stratégies font sans doute les meilleurs livres, mais la pratique quotidienne de la politique étrangère permet rarement une application propre et directe de leurs principes. C’est ce qu’illustrent bien deux livres récemment sortis, qui reviennent sur la politique étrangère de Barack Obama, tentant un premier bilan à l’aube d’un éventuel second mandat.
Bending History, Barack Obama’s foreign policy,
par Martin Indyk, Kenneth Lieberthal et Michael O’Hanlon, tous trois chercheurs à la Brookings Institution, revient en détails sur les principaux dossiers internationaux traités par le président démocrate, en présentant non seulement les faits essentiels mais également des analyses approfondies sur le travail accompli. Rappelons ici que les experts de la Brookings peuplent l’administration Obama, ce qui explique aussi le bon accès à l’information dont ont bénéficié les auteurs de ce livre. Il en ressort avant tout à quel point le bilan Obama est inachevé. Reculant devant la difficulté de décrire en un mot la « stratégie » du président démocrate, les auteurs le qualifient de « progressiste pragmatique », tout en soulignant que malgré des discours brillants, Obama est resté un pragmatique (réaliste) plus qu’un visionnaire – ce qui explique l’espoir soulevé par son élection mais aussi l’ampleur de certaines déceptions.
Pour les auteurs, Obama a été « plus efficace que Bush sur l’agenda de Bush » (Ben Laden, contre-terrorisme et drones, Iran, Corée du Nord), il a obtenu des résultats dans sa politique avec la Russie (reset) et a su redéfinir « de façon appropriée » le rapport américain avec l’Asie et la Chine – même si le « pivot » demeure un « travail en cours » (work in progress). En cas de second mandat Obama, ce pivot pourrait bien résumer cette fois la stratégie américaine, une fois « soldée » la guerre en Afghanistan. En revanche, les auteurs pointent l’échec majeur du mandat, le processus israélo-palestinien, soulignant les erreurs de jugement du président américain vis-à-vis d’Israël, et l’échec de sa tentative d’améliorer l’image américaine auprès du monde musulman. Surtout, le livre est excellent sur les conséquences du printemps arabe, sur le « grand écart » opéré entre intérêts et valeurs, et sur le pari fait par Obama sur les militaires et les Frères musulmans, pari dont on ignore encore l’issue, en Egypte, qui demeure la pièce maîtresse du « grand jeu » américain au Moyen-Orient. Il reste que dans cette région qui demeure cruciale pour Washington, l’avenir est incertain pour les Etats-Unis : une seule chose est sûre, l’influence et la marge de manœuvre des Etats-Unis sont aujourd’hui réduites – même s’il n’est pas sûr qu’une autre voie ait été possible.
Si l’Amérique ne peut imposer sa volonté au Moyen-Orient, qu’en est-il de l’Asie ?
Dans Obama and China’s Rise, Jeffrey Bader, qui fut l’architecte principal au National Security Council de Barack Obama de la redéfinition américaine en « nation du Pacifique » et du pivot vers l’Asie, présente en insider la manière dont l’administration Obama a redéfini la politique des Etats-Unis vers l’Asie du Sud-Est en général et la Chine en particulier.
Bader évoque ainsi les efforts américains pour consolider les bases d’un dialogue sino-américain, non seulement sur les questions économiques mais également sur les questions militaires et stratégiques, et raconte le mix subtil concocté par le NSC et le département d’Etat pour combiner containment et engagement de la Chine. Pour l’auteur, il est essentiel de construire une relation de confiance et de renforcer les liens entre les deux grandes puissances. Sans préjuger de la trajectoire future de la Chine, il reste optimiste, car contrairement aux rivaux passés de Washington, la Chine elle n’a pas d’ambitions impériales – pas encore, serait-on tenter d’ajouter.
Une absente de marque : il est bien peu question d’Europe dans ces deux ouvrages. Présente seulement sur l’Iran dans le premier, elle est pour l’essentiel absente du second. Le vieux continent aurait-il perdu toute pertinence stratégique pour les Américains ? Cela reste à voir, d’autant qu’en attendant la réalisation du partenariat transpacifique (Trans-Pacific Partnership ou TPP), la relation transatlantique demeure pour les Etats-Unis le lieu de son alliance militaire et de ses échanges économiques les plus approfondis.
Or un élément pourrait remettre en question l’ensemble de ces visions et analyses prospectives : les Etats-Unis pourront-ils maintenir leur engagement sur la scène internationale sans le rétablissement de leur situation économique ? Tous les auteurs le soulignent : l’Amérique doit restaurer sa santé budgétaire si elle ne veut pas perdre les moyens de sa puissance militaire et donc à terme, aussi, sa pertinence stratégique dans certaines parties du monde, en particulier en Asie.