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Institut de Recherche Stratégique de l'École Militaire
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Stratégie américaine en Asie-Pacifique : continuité dans le pivot régional

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Mise à jour : 17/12/2012 16:44

Par Antoine Bondaz, doctorant rattaché  à l’IRSEM

La réélection de Barack Obama à la Maison Blanche marque une continuité dans la stratégie américaine en Asie de l’Est. On peut donc s’attendre à un renforcement du rôle de pivot régional des États-Unis. Cette stratégie d’accroissement de la présence américaine a été développée  à  partir  de  2010,  en  partenariat  étroit  avec  le  Department  of  State  et  le Department of Defense, afin de limiter l’influence croissante de la Chine. Les États-Unis devront cependant réussir à mieux coordonner leurs efforts avec des alliés et partenaires aux intérêts variés.

 

Un an après son arrivée au pouvoir et à la suite de son discours sur l’état de l’Union en janvier 2010 dans lequel il affirmait « ne pas accepter une seconde place pour les États- Unis », l’administration Obama a progressivement mis en place sa stratégie de pivot en Asie de l’Est. Cette nouvelle stratégie a officiellement été rendue possible par le retrait progressif d’Iraq dès 2009, le retrait programmé des troupes d’Afghanistan en 2014 et un basculement progressif des préoccupations stratégiques américaines vers une Asie de l’Est délaissée par son prédécesseur.

 

La  diplomatie  américaine  cherche  alors  à  légitimer  sa  stratégie  et  souligne  la  menace chinoise,  à  travers  notamment  la  critique  d’une  diplomatie  chinoise plus  affirmée  et agressive (assertive), l’opacité des dépenses et capacités militaires de l’Armée Populaire de Libération, ou encore l’ambiguïté de Pékin vis-à-vis de la liberté de navigation dans les eaux régionales. Cet argument appliqué à la mer de Chine du Sud sera pour la première fois mis en avant par Hilary Clinton lors du sommet de l’ASEAN à Hanoi en juillet 2010 et depuis lors repris et défendu non seulement par les États-Unis mais aussi les puissances occidentales et le Japon.

Se basant sur les trois D que sont la diplomatie, le développement et la défense, la stratégie américaine du pivot est alors présentée activement par la Secrétaire d’État Clinton lors de chacun de ses voyages dans la région avec un point d’orgue lors de la publication d’une tribune  dans  le  journal  Foreign  Affairs en novembre  2011. Une  « forward-deployed diplomacy », correspondant à une projection diplomatique américaine accrue, vise alors à rassurer les nations asiatiques en renforçant les alliances militaires existantes, en développant de nouvelles relations et en s’impliquant plus fortement dans les organisations multilatérales.

 

 Cette stratégie s’est traduite par le renforcement des alliances avec le Japon et la Corée du Sud, à travers notamment la signature de nouveaux contrats d’armement et le recul de 3 ans à 2015 du transfert du contrôle opérationnel en temps de guerre (OPCON) à Séoul ; l’envoi de 2 500 militaires en Australie dans sa nouvelle base de Darwin ; le rapprochement sans précédent  avec  la  Birmanie mais  aussi  le  Vietnam  et  l’Indonésie ;  la  nomination  d’un ambassadeur permanent auprès de l’ASEAN ; de la participation au sein du Sommet de l’Asie de l’Est et de l’Initiative du Bas Mékong, etc.

 

Dans les nouvelles orientations stratégiques de défense (Defence Strategic Guidance) présentées en janvier 2012, l’arc de crise américaine se déplace ainsi du Moyen-Orient et de l’Afghanistan pour se concentrer sur le Golfe Persique et l’Asie-Pacifique. Ces orientations qui avaient entrainé une nouvelle répartition de la flotte américaine (de 50/50 à 60/40 en faveur du Pacifique sur l’Atlantique) permettent également de sanctuariser les dépenses militaires consacrées la région et ce malgré un contexte de sévères coupes budgétaires.

 Cela ne signifie pas un détournement de l’Europe qui reste un allié de premier ordre. Cependant, les États-Unis souhaitent partager  le « fardeau  budgétaire » lié à la sécurité internationale  dans  des  régions  secondaires  pour  ses  intérêts  comme  l’Afrique subsaharienne  (cas  du  Mali)  ou  l’Afrique  du  Nord  (cas  de  la  Libye),  afin  de  pouvoir concentrer ses forces sur la région la plus dynamique et désormais la plus riche au monde et dont les enjeux sécuritaires restent primordiaux.

 

Barack Obama l’a rappelé lors du dernier débat de la campagne présidentiel le 22 octobre en déclarant que  les États-Unis demeurent « la nation  indispensable »,  que  la  Chine  est  la seconde menace sur la sécurité nationale (après les réseaux terroristes) et qu’il considère le pays  comme  « un  adversaire  mais  aussi  un  partenaire  potentiel  dans  la  communauté internationale » (l’ordre des mots est important).

Les  États-Unis  font  cependant  face  à  des  problèmes  récurrents  qui  nécessitent  une meilleure coordination avec leurs alliés en Asie. Washington doit premièrement trouver un juste  équilibre entre  trop soutenir ses  partenaires,  au  risque  qu’ils  « free  ride »  et  ne partagent pas le fardeau budgétaire, et ne pas assez les soutenir, au risque qu’ils s’alignent avec la Chine. Les États-Unis doivent ensuite mieux coordonner des alliés qui ne parviennent toujours pas à se mettre d’accord pour des raisons de nationalisme (cas d’une alliance tripartite États-Unis/Japon/Corée du Sud) ou des partenaires qui, ayant des intérêts divergents vis-à-vis de la Chine, ne parviennent pas à un accord (cas de l’ASEAN sur les questions de sécurité en mer de Chine du Sud). Enfin, les États-Unis devront réussir à mieux coordonner leurs propres capacités dans une région allant de New Delhi à Tokyo, de Pékin à Canberra.

Parmi les évolutions auxquelles il conviendra d’apporter une attention toute particulière dans les années qui viennent, on peut noter la position américaine dans le conflit sino- japonais au sujet des îles Diaoyu/Senkaku et plus largement sur la question de la liberté de navigation ;   la   politique   coréenne   de   Washington   à   la   suite   du   changement   de gouvernement en Corée du Sud entraînant une plus grande coopération intercoréenne et ouvrant la voie à un nouvel accord après celui du Leap Day Deal de février 2012 ; l’évolution politique de la Birmanie soutenue activement par les États-Unis au détriment de l’influence chinoise ; la possible signature d’une traité de coopération militaire avec le Vietnam ; le développement du concept américain de combat Air/Mer (Air Sea Battle Concept) afin de contrer la stratégie militaire chinoise dans la région (Anti Access/Area Denial, A2/AD).

 

Le président Hu Jintao ayant déclaré dans son discours de fin de mandat lors du XVIII° Congrès du Parti Communiste Chinois le 8 novembre dernier que la Chine devait vite devenir une « puissance maritime » de rang mondial, l’opposition stratégique entre les États-Unis et la Chine ne va faire que s’accroître.

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