Automne-EM-1 Portail-EM Cuivre-EM-1 AccueilFoch-1 Test-Ciel-EM BandoIRSEMHiver
Institut de Recherche Stratégique de l'École Militaire
Accueil | IRSEM | Publications | Lettre de l'IRSEM | Lettres de l'IRSEM - 2012 | Lettre de l'IRSEM n°10 - 2012 | Dossier stratégique | Réélection de Barack Obama et développements stratégiques au Moyen-Orient

Réélection de Barack Obama et développements stratégiques au Moyen-Orient

Retour

Mise à jour : 19/12/2012 18:38

Par Manon-Nour Tannous, doctorante rattachée à l’IRSEM

 Après la parenthèse que constitue la campagne électorale1, le président Obama doit se saisir à nouveau des dossiers de politique internationale. Parmi eux, le Moyen-Orient est le plus urgent, mais aussi le plus complexe. C’est désormais une image  de centriste réaliste que véhicule le président américain, et non plus celle d’idéaliste de 2008.

Bilan

À son arrivée au pouvoir en 2008, Obama a instauré un nouveau discours, refusant la rhétorique manichéenne de son prédécesseur, et cherchant à effacer l’image d’une Amérique belliqueuse. Hamilton Jordan, conseiller du président Jimmy Carter, écrivait que « les batailles à propos des mots d’un président sont en réalité des batailles  sur le cœur et l’esprit de sa  présidence ». Par cette nouvelle grille de lecture, il s’agissait pour Obama de dire au Moyen-Orient qu’il n’était plus l’ennemi a priori. C’est l’objet de son discours du Caire en 2009, et c’est ce qui lui vaudra le prix Nobel de la Paix.  L’ambition  est  grande :  désarmement  nucléaire,  apaisement  des  relations  avec  le  Moyen- Orient, évolution significative du dossier israélo-palestinien.

 Quatre  ans plus tard : Ben Laden a été tué ; les révolutions arabes, quelque soit leur issue, ont modifié en profondeur le visage de la région (avec la perte d’alliés comme l’Egypte) ; le conflit israélo-palestinien, bien qu’à l’arrière-plan, demeure ; la crise sur le nucléaire iranien n’est pas résolue.  Le  président  américain,  héritier  d’une  tradition  qui  le  dépasse,  n’a  pas  su  infléchir  la politique de son pays. Un deuxième mandat, sans perspective de réélection, laisserait présager une prise de position plus ferme sur ces différents dossiers. Mais n’est-ce pas à nouveau surestimer la volonté et les moyens de Barack Obama ?

 

Syrie : leadership from behind

Après l’inaction qui a caractérisé la campagne présidentielle, le président américain ne peut ignorer plus longtemps les appels pour endosser un rôle dans la crise syrienne. L’ampleur du drame humanitaire et surtout les répercussions redoutées sur la région pousseront les Etats-Unis à favoriser une victoire de l’opposition syrienne. Mais la libération d’un peuple ne joue pas automatiquement pour les intérêts américains, et des inquiétudes persistent sur l’après-Assad. Toutefois, elles seraient sur le point d’être dépassées : le 11 novembre 2012, Washington a affirmé son soutien à l'opposition syrienne unifiée (par l'accord obtenu à Doha).

Ainsi, nous assisterions à un double mouvement. Le discours de refus d’une intervention  militaire contre le régime de Bachar Al-Assad est amené à perdurer. Obama ne veut pas s’impliquer dans de grandes opérations militaires dont l’aboutissement et le résultat sont inconnus. Mais parallèlement, les Etats-Unis assumeraient un rôle de leadership from behind, laissant d’autres acteurs – en particulier ses alliés arabes (Arabie saoudite, Qatar) – financer et armer les rebelles syriens, dans ce qui semble être une dernière ligne droite. Washington, soucieux de ses intérêts, ne serait qu’une force d’accompagnement prudente, un soutien a minima.

Dossier israélo-palestinien : la gestion au lieu de la résolution

A mesure qu’il recule dans le rang des priorités américaines, le règlement du conflit israélo- palestinien ne semble jamais avoir autant été dans l’impasse. Le discours soutenant deux Etats côte à côte   ne   peut   faire   oublier   l’action   de   l’administration   Obama   qui   a   rendu   impossible   la reconnaissance symbolique d’un Etat palestinien aux Nations Unies.

Il  faut  à  présent  tenir  compte  de  la  politique  interne  de  chaque  partie.  1)  Tout  d’abord,  les divergences sont notoires entre Obama et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou. Le soutien affiché par ce dernier pour Mitt Romney a constitué un pari aventureux. Toutefois, les élections législatives anticipées en Israël, pourraient lui donner une nouvelle marge de manœuvre, et durcir le bras de fer avec les Etats-Unis2. Les calendriers américain et israélien sont loin d’être synchronisés, et cette tension restera vive sur la question du nucléaire iranien : Israël ne peut se passer d’une couverture voire d’un feu vert américain pour une intervention directe, à laquelle s’opposent les militaires américains. Ces éléments ne doivent toutefois  pas faire oublier que le soutien à Israël est bipartisan, et que les pressions sur Israël seront modérées. 2) Côté palestinien, nous assistons à la fin d’un cycle de politique intérieure : l’Autorité palestinienne, soutenue par les Etats-Unis et l’Europe depuis Oslo est à bout de souffle. Aux yeux des Palestiniens, elle a assuré la sécurité d’Israël sans rien obtenir en retour. Le silence américain sur la poursuite de la colonisation3 n’est pas étranger à ce discrédit. A l’inverse, le rôle du Qatar (et la visite de l’émir à Gaza) a permis l’éloignement du Hamas de l’axe iranien.

Les difficultés pour relancer des négociations de paix, face aux dirigeants de la droite israélienne décidés à agiter la menace iranienne pour occulter la question palestinienne, laissent supposer qu’Obama se contentera de « gérer » et d’éviter d’éventuels débordements, au lieu de s’engager pour une résolution4 du conflit.

Iran : réalisme prudent

Pendant le premier mandat d’Obama, le problème du nucléaire iranien est resté en-deçà du seuil acceptable. Les quatre prochaines années risquent d’être plus difficiles, alors que la question reste fondamentale du point de vue de la non-prolifération nucléaire. Face à Romney qui affirmait « si Barack Obama est réélu, l’Iran disposera de l'arme nucléaire », Obama a déclaré qu’il ne tolèrerait pas un Iran nucléaire. Malgré ce discours de fermeté, ce sont probablement vers des initiatives de contact – et donc dans la continuité de sa politique – que le président s’orientera d’abord. Refusant tant la voie néoconservatrice (résolution du problème par une intervention) que l’ouverture à la Nixon (avec Mao en 1972), le président américain devrait s’en tenir au réalisme qui l’a caractérisé : alliance de pressions diplomatiques et de sanctions, sans basculer dans une guerre ouverte.

L’enjeu sera d’éviter une déstabilisation de l’économie mondiale, ainsi que le chaos régional, dans une zone où les souches d’instabilité sont déjà nombreuses. Le dossier nucléaire, ainsi envisagé, pourrait être l’occasion, pour Washington, d’imposer sa vision à Israël. Réaliste et pragmatique, Obama adoptera la politique qui lui permettra de maintenir la puissance américaine, à savoir maintenir la fermeté envers l’Iran, sans pour autant autoriser Israël à mener une guerre unilatérale.

Sécurité et terrorisme : poursuite de la lutte par d’autres moyens

Malgré la mort de Ben Laden, la question ouverte par le 11 septembre 2001 reste importante dans l’inconscient collectif américain. Obama ne parle plus de « guerre contre le terrorisme », mais les dépenses dans ce domaine sont considérables. Par ailleurs, les pratiques n’ont guère changé, notamment en ce qui concerne les opérations secrètes. L’attaque du consulat américain à Benghazi en est l’illustration : l’action terroriste a révélé que le consulat comprenait plus d’agents de la CIA que de diplomates, signe de l’adoption de méthodes invisibles. La nomination de Leon Panetta, ancien chef de la CIA, à la tête du Pentagone, marque également le développement de l'intelligence et du renseignement.

Par  ailleurs,  après  le  retrait  d’Irak  (guerre  de  volonté,  aux  yeux  d’Obama),  qui  n’a  pas  permis d’écarter Bagdad de la sphère iranienne, Obama devra également assurer le retrait d’Afghanistan (guerre de nécessité) en 2014. A l’avenir, le Pakistan deviendra sans doute une des zones les plus problématiques (armée forte, arme nucléaire, proximité avec l’Afghanistan, terrorisme, trafic de drogue).

 

Conclusion : une nation du Pacifique plutôt que de l’Atlantique

Le président Obama avait déjà annoncé une rupture en matière de politique internationale lors de son premier mandat (malgré des priorités inchangées par rapport à ses prédécesseurs). Son second mandat  sera  plutôt  consacré  à  des  ajustements  ou  à  des  changements  mineurs.  Comme  tout président américain réélu, il cherchera désormais à laisser une trace dans l’histoire. Ce dessein, en matière de politique étrangère, ne laisse pas de place à l’empêtrement. Aussi, il s’orientera vraisemblablement vers la résolution des crises résorbables, et une simple gestion des crises complexes. Le Moyen-Orient ne lui permettant pas d’accomplir cette destinée historique, c’est vers l’Asie, et en particulier la Chine, que se tournera le président américain.

 1 La campagne américaine est dominée par les questions internes, en particulier dans un contexte de crise économique. Un sondage de l’Institut Gallup du 22 octobre 2012 montre que l’Irak et l’Afghanistan ne sont considérés comme des thèmes prioritaires que par 3% des électeurs américains (contre 23% en 2004).

 2 Les divergences sur la politique à adopter envers Israël dépassent les gouvernements américain et israélien. En effet, les élections ont montré un clivage entre les juifs américains (qui ont voté pour Obama à plus de 70%) et les juifs américains vivant en Israël (qui ont voté en masse pour Romney).

 3  Netanyahou a annoncé le jour-même de l’élection américaine la construction de deux colonies, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

 4 Certains objecteront qu’à l’impossible nul n’est tenu. Mais Obama a montré sur ce dossier moins de détermination que ses prédécesseurs, Bush compris.

Rejoignez nous sur...

Haut
Copyright Ministère de la Défense 2013 | Mentions legales