par Frédéric Charillon, directeur de l’IRSEM
- La France est le pays que le président Obama a le plus visité durant son premier mandat (quatre fois, contre trois pour l’Afghanistan, le Mexique et la Corée du Sud, et deux pour le Royaume-Uni et l'Allemagne entre autres).
- Le calendrier fait que les deux présidents français et américain sont désormais appelés à travailler ensemble jusqu’à la fin de leurs mandats respectifs, en janvier et juin 2017 (à la différence qu’il s’agira nécessairement du dernier mandat pour Barack Obama). Ils ont donc du temps devant eux pour établir une relation forte… mais sont également condamnés à se supporter quoi qu’il arrive.
- A la fin de son premier mandat, le président américain avait insisté sur l’importance stratégique de l’Asie (le fameux pivot). Le président français insiste quant à lui sur la nécessité de relancer l'Europe politique, dont chacun admet dans le même temps qu’il s’agit d’une tâche difficile. La période qui s’ouvre devrait donc être marquée par la question de savoir comment combiner ces deux paramètres : l'Europe sera-t-elle en mesure, plus globalement, de prendre part aux dynamiques stratégiques nouvelles et parfois lointaines pour elle, qui préoccupent entre autres son allié américain ?
Plusieurs tendances décelables dans le premier mandat de Barack Obama peuvent être extrapolées :
En qualité, la relation bilatérale franco-américaine n’est pas en cause, mais en intensité, l’intérêt américain pour l'Europe s’estompe. Les États-Unis sont en quête d’alliés forts et engagés à l’heure où les européens montrent peu d’appétence pour un rôle international, ou bien disposent de peu de moyens pour le faire. Plus explicitement que ses prédécesseurs, Barack Obama admet que l’essentiel des défis stratégiques n’est plus en Europe, et que la relation privilégiée à l’allié européen n’est plus un tabou. Alors que les Républicains lui reprochaient cette attitude à l’égard des alliés traditionnels, sa réélection le conforte dans ce sens. La France pourrait souffrir de ce contexte si elle le comprend mal (voir conclusion).
Deux tendances de l'administration Obama à l’égard du Sud pourraient, si elles se poursuivent, offrir des créneaux de complémentarité France - États-Unis qui augmenteraient la valeur stratégique de la France aux yeux de l’allié américain.
Pour le dire cyniquement, l'administration Obama-I a entretenu avec plusieurs États des types de relations bilatérales dont la France pourrait tirer partie si celles-ci étaient reconduites. A titre d’exemples :
- La main tendue américaine vers le monde musulman est plus facile à gérer par Paris qu’une rhétorique de choc des civilisations ;
- Le fait que Washington voie en Londres davantage un partenaire stratégique en déclin militaire, plutôt qu’un relais politique des intérêts américains dans le jeu européen, change également la donne ;
- La difficile relation de l'administration Obama-I à l'administration israélienne du Likoud, réticente à un rôle des européens en général et de la France en particulier dans les dossiers du Proche-Orient (notamment israélo-palestinien), change là encore la donne ;
- l'administration Obama a initié le reset avec la Russie. Même si l’initiative n’a pas donné les résultats espérés, l’état d’esprit dont elle témoignait, qui inclut aussi la Russie comme un élément du complexe de sécurité européen, convient sans doute mieux à l’approche française qu’une posture belliqueuse.
Deux erreurs ou plutôt deux idées fausses, présentes dans le débat public français, devront être évitées :
1- Barack Obama est trop souvent considéré comme un président « européen ». Or il agira bien comme un président américain, dans le sens des intérêts américains. Il ne faudrait pas que ce point donne lieu à un « expectations – capabilities gap », ou à une « déception amoureuse » en France.
2- Son administration éloigne ses priorités stratégiques de l'Europe, mais pour mieux considérer cette dernière comme un fournisseur potentiel de sécurité : il est possible de travailler à la rassurer sur ce second aspect du problème, plutôt que de geindre sur le premier.