Par Adam Baczko, doctorant rattaché à l’IRSEM
La réélection de Barack Obama confirme l’agenda de désengagement américain. Néanmoins, avec l’intensification probable des offensives Taliban dès 2013 et l’accroissement du nombre de combattants membres des mouvements internationalistes comme Al-Qaeda, le nouveau président pourra difficilement éviter de se confronter à l’échec de plus en plus évident de l’intervention de l’OTAN en Afghanistan.
Réélu, le président des États-Unis peut continuer sa politique de désengagement des unités régulières en septembre 2014, avant les élections de mi-mandat, tout en maintenant un contingent de forces spéciales et en multipliant l’emploi des drones.
L’Afghanistan n’a pas été un enjeu dans la campagne électorale, et Barack Obama n’a fait aucune promesse supplémentaire à ce sujet. En dépit de la posture critique de Mitt Romney vis-à-vis de la politique du président démocrate en Afghanistan, son programme ne se démarquait pas de celui du candidat réélu. L’absence de discussion sur le retrait lors de la campagne électorale l’a montré : dans l’esprit des experts à Washington, l’Afghanistan est une affaire réglée. La population américaine s’oppose maintenant largement à l’intervention américaine, mais la Guerre d’Afghanistan est reléguée au second plan par les inquiétudes causées par le ralentissement économique et l’augmentation du chômage.
L’Afghanistan devrait rester un problème central de la politique étrangère américaine. Barack Obama doit conduire jusqu’au bout la transition de la conduite de la guerre et de l’administration du pays aux autorités afghanes, qui se délitent de mois en mois. Le président américain, bien que plus populaire chez ses alliés européens que son opposant vaincu, ne trouvera aucun soutien parmi eux. Tous les contingents non-américains se seront retirés en 2014, et pour la plupart dès 2013.
Si les rumeurs relatives au maintien de troupes américaines en Afghanistan après 2014 se précisent – un contingent comptant de 10 000 à 20 000 hommes et un usage accru des drones – cette question demeure épineuse. L’Irak a montré que les négociations d’un Status of Force Agreement peuvent ne pas aboutir. Dans le contexte actuel, le président Hamid Karzai joue la carte nationaliste pour survivre sur la scène politique afghane et dépend de plus en plus de son alliance avec le Hezb-i Islami, qui s’oppose fermement à la présence américaine. Il n’est pas impossible que les États-Unis rencontrent donc des difficultés considérables avec leurs partenaires afghans.
Le maintien de troupes américaines en Afghanistan pourrait devenir d’autant plus difficile que la situation pourrait empirer durant l’année 2013. Les dispositifs militaires et gouvernementaux s’effondrent au Sud et à l’Est à mesure que les troupes américaines se retirent. À l’exception de la route centrale, le régime d’Hamid Karzai ne contrôle plus le verrou stratégique de la Kunar. À Ghazni, les gouverneurs de districts pashtounes ne peuvent plus se rendre dans leurs circonscriptions, effectivement gouvernées par l’administration Taliban. La ville de Kaboul est encerclée et les combats les plus intenses se déroulent aux portes de la capitale, dans les provinces du Logar et du Wardak.
Les Taliban ont tout intérêt à intensifier leurs offensives dans tout l’Afghanistan durant l’été 2013 pour ébranler une armée afghane fragile et se retrouver en position de force en 2014. L’année prochaine pourrait donc être propice à la multiplication de combats qui révèlent le manque de pérennité du régime au pouvoir à Kaboul et l’échec de l’OTAN en Afghanistan. En outre, l’accroissement continu de la présence de combattants internationaux dans l’Est de l’Afghanistan, en particulier des membres d’Al-Qaeda, devrait rendre difficilement soutenable la thèse d’un succès dans l’intervention en Afghanistan. Ainsi, à moins de parvenir à une solution négociée avec les Taliban, Barack Obama devra affronter au milieu son deuxième mandat un échec majeur dans sa politique étrangère.