Laboratoire de l'IRSEM n°11-2012 : La gestion de la crise libyenne par l’Union africaine: chronique d’une impuissance annoncée
Laboratoire de l’IRSEM n°11 – 2012 : La gestion de la crise libyenne par l’Union africaine: chronique d’une impuissance annoncée
Dr Delphine Lecoûtre
L’Union africaine (UA) a été accusée d’impuissance dans sa gestion de la crise libyenne. Son attitude dans cette crise ne peut être comprise qu’en décryptant la relation complexe que le colonel Mouammar Kadhafi entretenait avec elle et avec les dirigeants du continent africain depuis près de quatre décennies. La création d’un Comité ad hoc de haut niveau de l’UA sur la Libye, l’élaboration de sa feuille de route et de son accord-cadre sont les résultats visibles de la stratégie développée par l’Organisation panafricaine, prônant dialogue et concertation entre les deux parties au conflit, le régime Kadhafi et les rebelles du Conseil national de transition (CNT), et s'opposant de fait à celle d’une communauté internationale (occidentale mais aussi arabe) plus partiale. L’UA a été handicapée par de profondes divisions entre les défenseurs ou obligés du colonel Kadhafi, et les partisans d’un soutien et d’une reconnaissance du CNT, tant au niveau du Conseil de paix et de sécurité que lors des Sommets. La chronologie et l’équation de la reconnaissance du CNT par les États membres et l’Organisation panafricaine mettent clairement en évidence ces divergences et rapports de force au sein du continent. Au résultat, la Libye aura bénéficié d’un « traitement de faveur » de la part de l’UA, caractérisé par la non-application de la Déclaration de Lomé de 2000 sur les changements anticonstitutionnels de gouvernement en évitant la suspension de son statut d'État-membre de l'Organisation panafricaine. L’UA, quant à elle, paiera le prix de ses atermoiements en étant somme toute marginalisée par la communauté internationale.