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État-major des armées
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Audition de l’amiral Guillaud dans le cadre du PLF 2012

Mise à jour : 21/10/2011 11:49

Propos liminaires de l’amiral Guillaud, chef d’état-major des armées, à l’occasion de son audition au Sénat et à l’Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) 2012, ainsi que des questions de la commission des Affaires étrangères et de la Défense au Sénat et des questions de la commission de la Défense nationale et des forces armées à l’Assemblée nationale.

Questions de la commission des Affaires étrangères et de la Défense au Sénat

M. Jean-Pierre Chevènement - Je crains que vous ne pêchiez par optimisme sur la situation qui prévaut en Afghanistan. Il y a des progrès, mais il faut également prendre en compte la recrudescence des attentats, en particulier à Kaboul, l'assassinat de l'ex-Président Rabbani, les désertions au sein de l'armée nationale afghane ainsi que la pénétration de la police afghane par les Talibans. Je considère, par ailleurs, inévitable qu'après avoir annoncé leur départ en 2014, les forces alliées soient fragilisées dans leur position. S'agissant de la Libye, je comprends les éléments de satisfaction, mais je crois qu'il faut se garder de sombrer dans l'autosatisfaction. La prolifération des armes en provenance de la Libye dans le Sahel est une source de préoccupation majeure pour l'avenir. En ce qui concerne la révision du Livre blanc et la préparation de la prochaine loi de programmation, je souhaiterais savoir quels sont les premiers éléments de réflexion de l'état-major sur les principales inflexions à apporter au diagnostic et aux capacités qui avaient été établis en 2008 ? Je considère qu'il faudra intégrer la crise financière dans ces réflexions. S'agissant des besoins, il faut sans doute s'attendre à moins d'opérations extérieures multinationales d'envergure telles l'Afghanistan notamment en raison d'un repli américain sur des préoccupations intérieures, mais également à plus d'opérations ponctuelles telles que celles en Libye.

M. Didier Boulaud - Compte tenu de la diminution drastique du format des armées, votre formule selon laquelle « pendant les travaux, la vente continue » pourrait aussi bien être inversée : « pendant la vente, les travaux continuent ». A l'occasion des opérations en Libye, on peut se demander où est passée l'Europe de la défense dont les progrès devaient être à l'origine la contrepartie de notre intégration à l'OTAN. Pouvez-vous nous indiquer les lacunes opérationnelles des armées européennes qui ont été constatées pendant le conflit libyen ? Qu'est ce que nous n'aurions pas pu faire sans les Américains ? Tout le monde sait que leur rôle a été essentiel en matière de renseignement opérationnel, de ravitaillement en vol et de ciblage.

Mme Michelle Demessine - J'ai retenu de votre exposé un chiffre : l'augmentation de 50 % des dépenses de défense dans le monde. Au lieu de le prendre comme une donnée de fait à laquelle il faudrait s'adapter, on peut se demander s'il s'agit pour les citoyens d'une bonne chose. On peut espérer voir un jour une Europe capable de peser de façon autonome sur l'évolution du monde. Mais cela suppose une Europe de la défense qui est aujourd'hui en panne et une volonté politique qui ne semble aujourd'hui partagée que par la France et l'Angleterre. Cela nous renvoie au dilemme entre l'OTAN et une défense européenne. J'ai été à deux reprises en Afghanistan, et j'aurai de la situation dans ce pays une approche plus nuancée que la vôtre sur l'efficacité de notre action. J'ai pu mesurer combien les trois objectifs - sécurité, gouvernance et développement - ont en réalité été concentrés sur la seule sécurité. Je crois qu'on peut parler pour les deux autres objectifs d'un relatif échec.

Au-delà des exemples de transferts réussis comme le RC-Kaboul ou la Surobi, qu'en est-il des transferts effectués par nos alliés ? J'aurais voulu savoir s'il existait des territoires qui ont été récemment repris par les talibans. J'ai la conviction que l'évolution de la situation en Afghanistan dépendra du problème persistant que constitue le Pakistan. En effet, toute la stratégie des talibans est décidée depuis ce pays. Je souhaiterais enfin savoir quel est l'état des relations entre la France et les autorités afghanes. La France a-t-elle voix au chapitre pour la préparation de l'après 2014 ? J'ai le souvenir que la gestion de la coalition en Afghanistan s'est longtemps concentrée dans un face à face entre les autorités afghanes et américaines.

Amiral Edouard Guillaud - Je crois qu'il faut porter sur la situation un regard lucide et ne pêcher ni par optimisme ni par pessimisme. L'assassinat de l'ex-Président Rabbani constitue effectivement une très mauvaise nouvelle car il était un symbole. Le rôle du Pakistan est en effet essentiel. J'observe, d'ailleurs, que le Président Karzaï a estimé à la suite de l'assassinat du Président Rabbani qu'il convenait de cesser de discuter avec les Talibans et discuter directement avec le Pakistan. Je constate également l'émergence de l'Inde qui joue un rôle de plus en plus important, notamment à travers une aide directe qui s'élève à plus d'un milliard de dollars par an et qui vient de signer avec l'Afghanistan un traité d'amitié qui comporte un volet de formation militaire. La situation au Pakistan est préoccupante. Mais la question relève plus de l'action de la diplomatie que des militaires.

S'agissant des désertions, je serai plus optimiste. Il y avait 25 % de désertions par mois il y a cinq ans. Ce taux s'est considérablement réduit aujourd'hui à quelques pourcents. Cette situation s'explique en grande partie par le doublement des soldes des soldats de l'armée afghane.

S'agissant du transfert, je tiens à souligner qu'il n'y a aucun territoire qui ait été repris par les Talibans. Ces derniers ont subi de lourdes défaites au Sud et au Sud-Ouest. Du coup, ils sont devenus plus actifs à l'Est du pays, ce qui concerne au premier chef les Français, notamment dans la région de Kapisa. Cela n'empêche pas que la situation se soit considérablement améliorée notamment en Surobi où par exemple le nombre d'IED a notablement diminué contrairement à la Kapisa. Est-ce qu'on se retire trop tôt ? Je crois que non. Nous nous retirons progressivement, la transition du district de Surobi permettant dans un premier temps de renforcer notre présence en Kapisa. La situation dans cette province est complexe notamment en raison d'une composition ethnique hétérogène. La situation postérieure au retrait de 2014 sera effectivement difficile. La fixation d'une date de retrait donne évidemment un coup de fouet aux forces talibanes, mais elle présente aussi l'avantage de fixer une échéance au Gouvernement afghan pour prendre ses responsabilités et asseoir son autorité. C'est une arme à double tranchant.

L'avenir de la situation en Afghanistan après 2014 sera avant tout l'affaire des diplomates et des politiques. Les Etats-Unis négocient actuellement un traité d'amitié avec l'Afghanistan afin de ne pas reproduire la même erreur que les Russes après leur départ de 1989 qui avait laissé un grand vide. Il ne s'agit pas seulement de maintenir une forme de présence militaire mais également de développer une relation de coopération dans différents domaines, et notamment pour la France dans le domaine de la formation.

En ce qui concerne la Libye, les opérations ont réservé de mauvaises surprises et notamment la découverte non pas de dizaines, voire de centaines, mais bien de plusieurs milliers de dépôts de munitions. Il y avait beaucoup de ce que l'on appelle des manpads des missiles portatifs anti-aérien, de type SA 7. Heureusement la plupart de ces manpads étaient dépourvus des piles idoines, sans doute parce que Kadhafi se méfiait de ses propres troupes. Certaines de ces munitions ont pu être prélevées au profit de trafiquants d'armes. Le Sahel est une zone de trafic depuis des millénaires. C'est actuellement une plaque tournante du trafic de drogue en provenance d'Amérique du Sud. Il pourrait devenir également une plaque tournante du trafic d'armes, si cela s'avérait temporairement plus lucratif. AQMI est assurément un objet de préoccupation. Nous nous efforçons à travers la coopération sécuritaire avec les pays concernés de réduire son impact sur la zone. Les résultats obtenus sur le terrain dépendent largement de la volonté des différents pays de s'attaquer au problème. Or cette volonté est variable.

S'agissant de l'Europe de la défense, j'ai l'habitude de dire qu'elle est en hibernation. C'est une vue optimiste, puisqu'elle implique qu'il y aura un réveil, un printemps. L'Europe de la défense a manqué le coche de la Libye. Les opérations comportaient plusieurs volets : embargo maritime ; no-fly zone ; protection des populations. Les structures européennes auraient pu prendre la responsabilité de la gestion de l'embargo maritime. C'était la proposition de l'OTAN.

Entre militaires européens nous sommes tous d'accord. Mais on ne fera pas l'Europe de la défense sans la volonté des Etats. Les progrès dépendront de la volonté politique des peuples et de leurs représentants. J'ajoute que les structures militaires européennes à Bruxelles n'ont montré aucune appétence pour prendre des initiatives.

Les opérations en Libye ont montré certaines lacunes, dans au moins trois domaines : le ravitaillement en vol des avions. Les Etats-Unis ont mis en permanence une trentaine de ravitailleurs, ce qui suppose une capacité de 40 à 50 appareils en alerte ; les drones, y compris les drones armés, la suppression des défenses anti-aériennes (SEAD), notamment du fait de l'absence des forces allemandes, car il y a effectivement des capacités en Europe qui n'ont pas été utilisées. Les Allemands ont notamment un vrai savoir faire en matière de SEAD. Ils ont des Tornado avec des équipages parfaitement rodés et très bien équipés. Du temps de la guerre froide, c'était leur spécialité.

M. Jacques Gautier - Considérez-vous que le format des armées défini par le Livre Blanc de 2008 constitue un plancher par rapport à nos ambitions ? Estimez-vous nécessaire de maintenir une présence a minima en Libye à la fin des opérations et sous quelle forme ? Enfin, s'agissant des drones, pourriez vous nous parler des perspectives de coopération avec nos amis britanniques concernant les drones tactiques - le watchkeeper en particulier. Pouvez également nous parler des drones navals - le SDAM (système de drone aérien pour la Marine) en particulier. C'est un sujet dont on parle beaucoup en ce moment. Enfin, les bateaux de projection et de commandement - les fameux BPC - sont sans doute très bien. Mais si nous ne disposons pas de la drome nécessaire, de la batellerie adéquate pour transporter les troupes à terre, ça ne sert pas à grand-chose. Or il semblerait que nous n'ayons acheté que deux CTM (chaland de transport matériel) alors qu'il en faudrait au moins quatre. Ce n'est pas raisonnable.

M. Xavier Pintat - Pouvez nous dire quelle a été l'utilisation des satellites français dans l'opération l'Harmattan, en particulier le satellite Hélios. A-t-il été utilisé et si oui a-t-il donné satisfaction ? S'agissant du drone MALE, avez-vous le sentiment que nos amis anglais ont la réelle volonté de mener le projet commun de drone franco-britannique jusqu'au bout ? En ce qui concerne la défense anti-missile, elle va s'imposer au sein de l'OTAN. Dans quelle mesure et sous quelle forme la France participera c'est toute la question. Dans cette perspective, pouvez-vous nous indiquer comment la France se prépare au sommet de Chicago ? Vous savez bien que les enjeux sont moins militaires que stratégiques et politiques. Or nous sommes parmi les nations occidentales, et mis à part évidemment les Etats-Unis, le seul pays dont les industriels sont capables d'être présents sur l'ensemble des technologies, cela grâce à notre savoir faire sur la dissuasion.

M. Jacques Berthou - J'ai également participé à une mission en Afghanistan et je souhaite à ce propos rendre hommage à nos militaires Je crois que la transition devra être favorisée par des actions dans le domaine économique. Je constate que les Chinois sont déjà très présents sur le terrain. Compte tenu des objectifs de redressement des finances publiques, pourriez-vous nous indiquer, s'il y avait des choix à faire dans le domaine de la défense, quelles devraient être nos priorités ?

Amiral Edouard Guillaud - S'agissant des priorités, je n'ai qu'une réponse : donnez-moi le niveau de vos ambitions et je vous indiquerai les moyens nécessaires pour les atteindre. Aujourd'hui notre outil de défense confère à la France une forte crédibilité sur la scène internationale. Nous disposons d'un droit de véto au Conseil de sécurité de l'Onu. Nous sommes la sixième puissance économique mondiale. Le maintien de cette crédibilité a un coût, mais en dernier ressort il appartient au peuple dont vous êtes les représentants de définir les priorités et les ambitions de la France. A ces ambitions correspondent un format et des capacités. La question au fond est : voulons-nous continuer de jouer en première division ou pas ?

S'agissant du drone naval, la marine nationale va mettre en œuvre un patrouilleur hauturier, tête de la série Gowind mis à disposition par DCNS pour 3 ans, - l'Adroit. Ce type de partenariat présente de nombreux avantages à la fois pour DNCS qui dispose ainsi d'un démonstrateur seaproven et pour la marine nationale qui bénéficie d'un bâtiment supplémentaire. Sur ce patrouilleur, un prototype de drone naval à voilure tournante va être expérimenté. La question des drones navals est une question ancienne. J'y ai travaillé moi-même en tant que jeune officier. Ces drones rempliront des services importants, mais à condition qu'on soit capable de les faire atterrir sur des plateformes en mouvement. Les Américains font des essais sur leurs propres navires qui sont des plateformes beaucoup plus larges et lourdes. C'est évidemment plus facile que sur un patrouilleur hauturier.

Le Watchkeeper est un drone britannique développé sur la base d'un drone israélien. Moins souple d'emploi que le Sperwer, car il utilise une piste, il lui est supérieur dans d'autres domaines. Il emporte des senseurs plus performants et plus récents. Il y a un accord avec les Britanniques pour participer à l'évaluation de ce drone. C'est quasiment de l'achat sur étagères pour nous Français.

S'agissant de la volonté britannique de construire avec nous un projet de drone MALE, nous sommes confrontés sur ce sujet aux mêmes types de difficultés que sur le reste. Nos amis ont une solide réputation de pragmatisme. L'envers de la médaille c'est qu'ils considèrent la planification à moyen-long terme comme du « romantic planning », au sens de roman-feuilleton, plein de rebondissements.

Sur la batellerie, nous n'avons jamais été bons car cela fait typiquement partie des petits programmes, en termes financiers et technologiques, qu'il est facile de supprimer ou de retarder quand on veut faire des économies budgétaires et qui sont pourtant indispensables, le moment venu au cœur de la bataille.

Concernant Hélios, deux pays occidentaux seulement disposent de satellites d'observation optique : les Etats-Unis et nous. L'image satellitaire en voie claire est une denrée rare. Oui nous avons beaucoup utilisé Hélios afin d'établir des dossiers d'objectifs, notamment pour les tirs de Scalp que nous avons effectués.

La DAMB est un vaste sujet. Nos industriels et nos militaires sont les seuls à avoir les connaissances techniques nécessaires sur l'ensemble du spectre, ou du moins capables de les acquérir si nécessaire.

Les derniers contacts avec mes homologues américains me laissent penser que la défense antimissile n'est ni destinée à suppléer la dissuasion, ni à être dirigée contre des Etats tel que la Chine ou la Russie, mais vise plus particulièrement des États « voyous ». D'un point de vue pratique, il faut bien mesurer le risque technologique, politique et militaire à être entraînés dans une course aux équipements, sans aucune garantie de bénéficier in fine d'un transfert technologique.

Donc si on veut participer à cette aventure il est indispensable d'apporter nos propres briques technologiques.

Nous avons choisi ce que l'on appelle l'alerte avancée. Nous sommes prêts à partager les outils que nous envisageons de mettre en place, qu'il s'agisse du satellite ou des radars, avec nos homologues européens prêts à fournir des efforts scientifiques et financiers nécessaires. Mais, pour l'instant, cela ne semble intéresser personne en Europe.

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