Extraits de l'interview de l’amiral Edouard Guillaud, chef d’état-major des armées
France info, le 28 octobre 2011
Question : l’opération militaire de l’OTAN en Libye ou au-dessus de la Libye doit prendre fin lundi soir, le 31 octobre. Le Conseil de Sécurité de l’ONU l’a demandé. Que va faire la France ?
Tout d’abord, c’est une excellente nouvelle. Cela montre simplement que la situation s’est suffisamment stabilisée pour que la communauté internationale n’aie plus besoin d’intervenir.
Ce que nous allons faire, c’est continuer ce que nous avons commencé depuis bientôt une dizaine de jours, c'est-à-dire le retrait progressif de nos avions. Les deux tiers de nos navires de surface et des hélicoptères sont déjà rentrés en métropole, où ils sont en alerte. Une dizaine d’avions est déjà rentrée également. Actuellement, il reste 9 avions de combat basés en Sicile et en Crète, plus quelques avions de soutien et tout ceci va, petit à petit, revenir vers la France.
Question : quand auront-ils complètement quitté la zone ?
Vous savez que nous venons de vivre quand même 7 mois d’engagement. Il y a donc du matériel à rapatrier. Les avions, eux-mêmes, pour la fin de la semaine prochaine et le matériel, disons, dans les 15 jours.
Question : les nouvelles autorités libyennes aimeraient bien que la France reste présente, qu’avec les autres pays qui sont intervenus ces derniers mois, elle reste à leurs côtés. Que leur répondez-vous ?
Tout d’abord, les nouvelles autorités libyennes, qui sont les autorités légales, légitimes et internationalement reconnues, ont bien sûr des besoins qu’elles expriment. Elles auraient souhaité que la mission de l’OTAN puisse continuer. Simplement, ce qu’elles demandent n’est absolument pas couvert par cette mission. Elles demandent en particulier la surveillance des frontières maritimes et terrestres – 7 000 kilomètres, malgré tout, de frontières terrestres – et qu’on les aide à reconstruire un peu leur armée, leurs services de sécurité. Tout ceci sera certainement envisagé par la communauté internationale, mais dans le cadre de négociations bi et multilatérales.
Question: peut-on dire aujourd’hui, vu l’avancée de ces discussions, qu’il n’y aura plus, ces prochains jours, ces prochaines semaines, aucune frappe française en Libye ?
Il n’y en aura plus. La résolution disait qu’il fallait protéger les populations contre le régime du colonel Kadhafi. Il n’y a plus de régime du colonel Kadhafi.
Question: donc opération terminée pour vous ?
L’opération est terminée.
Question: quel bilan faites-vous, maintenant que l’on commence à avoir un peu de recul, de cette opération libyenne ?
Il y a plusieurs types de bilans.
Le bilan technique est tout à fait formidable. Nous avons de très bons matériels. De temps en temps, il faut savoir quand même faire un peu “Cocorico”. Nous avons d’excellents avions avec le Rafale, d’excellents hélicoptères – le Tigre l’a montré –, d’excellents navires également – le bâtiment de projection et de commandement, ainsi que le porte-avions ont été utilisés d’une façon qui a surpris et impressionné, y compris nos alliés.
Le bilan militaire est donc très bon. Et bien sûr, des équipages, hommes et femmes, parfaitement entraînés, avec un moral d’acier, très courageux et très professionnels. Vous observerez qu’il n’y a pas eu une seule victime collatérale, pas une seule. C’est un résultat, quasiment d’ailleurs, inespéré.
Question: [concernant l’Afghanistan] 200 soldats ont quitté le pays, il y a quelques jours, le retrait va continuer, quelle est la prochaine étape ?
Les 200 qui ont quitté, il y a quelques jours, c’était pour l’essentiel, une compagnie de combat et ce qu’on appelle « les soutiens ».
Ainsi que l’a annoncé le Président de la République, 200 autres vont rentrer avant Noël avec quelques éléments de combat, l’équivalent grosso modo de 2 sections de combat, mais aussi une partie de notre dispositif aérien : nous rapatrions 3 Rafale qui sont actuellement basés à Kandahar.
Question: est-ce qu’on sait à quel moment précisément, ces hommes et ces femmes rentreront ?
Ils seront rentrés chez eux pour Noël.
Question: aujourd’hui, combien avons-nous de soldats en Afghanistan Amiral Guillaud ?
Nous étions à 4 000, nous sommes maintenant à 3 800, à Noël nous serons à 3 600, là encore c’est totalement conforme aux annonces qui ont toujours été faites.
Question: 17 soldats français sont morts cet été, ceux qui restent prennent des risques. Que font ils concrètement aujourd’hui en Afghanistan ? Est-ce qu’ils sortent de leur base où est-ce qu’ils y sont cantonnés ?
Bien sûr qu’ils sortent de leur base, ils n’ont jamais cessé de sortir de leur base.
Ils ont la liberté d’agir en opérations. Nous étions jusqu’au mois de mai à peu près, à 12 opérations majeures par mois en Kapisa et Surobi. Aujourd’hui, nous sommes toujours à 12 opérations majeures. On sort des forward operating base, des bases opérationnelles avancées, et on va dans les vallées, dans la zone verte. Et là, nous travaillons aux côtés de l’armée nationale afghane. Nous continuons à sortir, parce que rester de toute façon à l’intérieur de nos bases, c'est simplement suggérer aux Talibans de venir nous assiéger, vraiment comme au Moyen Age.
Question: il n’y a pas d’instruction pour que les militaires français restent enfermés dans ces bases ?
Il n’y a pas d’instruction pour que les militaires français restent enfermés. Il y a évidemment des ordres que j’ai donnés pour que nous prenions des précautions, et que, comme cela a été prévu, et comme l’a rappelé d’ailleurs le ministre afghan des affaires étrangères à Paris, c'est l’armée nationale afghane qui porte maintenant l’essentiel du poids.
Question : sera-t-elle prête à temps à la fin de l’année 2012 quand l’ensemble des militaires français auront quitté le territoire afghan ?
La fin de l’année 2012, ce n'est pas l’ensemble des militaires qui aura quitté l’Afghanistan, c'est 1 000 hommes ainsi qu’annoncé par le Président de la République.
1 000 hommes 2012 et on va continuer après bien sûr pendant que l’armée nationale afghane augmente. Un chiffre : 2009, 600 soldats afghans en Kapisa et Surobi, aujourd'hui 3 300. Vous voyez bien que les proportions augmentent, donc notre effort parallèlement peut diminuer.
Question : est-ce que vous pouvez dire aujourd’hui Amiral Guillaud : « L’opération en Afghanistan est un succès » quand on voit les Talibans qui continuent à gagner du terrain ?
Je serais plus prudent. Ça, c’est l’histoire avec un H majuscule.
Techniquement, en Surobi, la situation est un succès. La meilleure preuve, c'est que nous allons la transférer. En Kapisa, les combats restent présents, permanents, violents, et vous avez rappelé le malheureux bilan que nous avons eu cet été. Donc là encore, la tendance est positive, mais oui, pour ma part, c'est plutôt un succès, mais je vous parle de succès technique. Le reste, il faut tenir compte de la gouvernance, il faut tenir compte du développement et la volonté du peuple Afghan.
Sources : EMA
Droits : Ministère de la Défense