Premier armement de ce type développé en Europe, l'AASM (armement air-sol modulaire), est une munition larguée d'avion capable de se guider avec précision vers sa cible terrestre. La charge délivrée est une bombe conventionnelle (250 kg). Complémentaire des missiles de croisière destinés aux frappes en profondeur, la famille AASM est dédiée aux objectifs de niveau tactique situés à plusieurs dizaines de kilomètres. Intégré aux avions Rafale Air et Marine, il confère une capacité de frappe multicibles de type « tire et oublie » par tous les temps, de jour comme de nuit, tout en restant à distance de sécurité des défenses antiaériennes adverses. Il permet des frappes de précision métrique autour du point désigné limitant les dommages collatéraux.
La version INS/GPS de cet armement est équipée d’un guidage par inertie et GPS. Elle est livrée aux forces depuis 2007. La version INS/GPS+IR est dotée en outre d’un imageur infrarouge qui améliore la précision des tirs via un guidage terminal, permettant de garantir une précision métrique même en l‘absence de GPS. Cette version a été livrée aux forces à partir de 2009.
De conception modulaire, l’AASM donne aux forces armées la possibilité de configurer la munition, notamment son système de guidage, en fonction des missions à réaliser, améliorant ainsi la souplesse d’emploi opérationnelle et logistique. Cette modularité permettra aussi de réaliser ultérieurement d’autres versions (version à guidage laser, version 125 kg, 500 kg, 1 000 kg, etc.) appartenant à la même famille de munition, évitant ainsi des coûteuses modifications d’intégration aéromécanique sur les avions.
L’AASM offre la précision de frappe d’un missile pour un coût global de possession bien moindre.
Le programme AASM en chiffres :
- Notification du contrat de réalisation à la société SAGEM : 2000
- Premières livraisons de la version INS/GPS : 2007
- Premiers déploiement opérationnel : 2008
- Premières livraisons de la version INS/GPS+IR : 2009
- L’acquisition de plus de 3000 exemplaires est envisagée par la France
Des besoins opérationnels en armements air-sol performants...
Aujourd’hui, pour exécuter avec succès les missions qui lui sont dévolues, l’arme aérienne doit mettre en œuvre des capacités permanentes de projection de puissance, comprenant des frappes de précision, et offrant une graduation dans son emploi. Ces besoins ont été mis en exergue lors des derniers conflits, notamment en Afghanistan, en Irak et en Libye.
L’acquisition ou le perfectionnement d’armements air-surface répondant à ces caractéristiques sont devenus une priorité pour les forces aériennes.
... face à une menace performante et répandue...
Les systèmes surface-air à très courte, courte et moyenne portée les plus modernes ne sont plus l’apanage des forces armées majeures. Leurs coûts d’acquisition et de possession actuels favorisent leur possession par de nombreux pays. Ainsi ces systèmes constituent la principale menace pour l’aviation de combat.
Si la distance de tir offerte par un armement air-surface demeure un critère primordial à satisfaire, la manoeuvrabilité associée à un large domaine de tir représente un atout incomparable et reconnu par tous les experts. En effet, la souplesse d’emploi offerte par l’ensemble de ces caractéristiques permet la diminution des contraintes imposées par la situation tactique du théâtre d’opérations et rencontrées lors de la préparation et l’exécution de la mission.
... face à une complexité croissante des conditions d’emploi...
Jusqu’à la fin des années quatre-vingt, les performances limitées des systèmes sol-air autorisaient les forces aériennes à pénétrer à très basse altitude et à très grande vitesse. L’évolution du contexte géostratégique ne tolère plus de s’appuyer sur ce seul concept d’emploi et demande d’intervenir rapidement, à grande distance sur des théâtres d’opérations où les cibles potentielles sont en très grand nombre et situées au cœur du dispositif adverse.
A présent, les conditions d’emploi de l’arme aérienne doivent satisfaire des scénarios aussi divers que ceux rencontrés dans des opérations de maintien, de renforcement ou de rétablissement de la paix mais doivent également assumer le rôle qui leur incombe dans le cadre de conflits majeurs.
Désormais, il est demandé d’intervenir avec des armements en emport pendant de longues périodes, à basse, moyenne et haute altitude tout en respectant des règles d’emploi souvent draconiennes, en particulier indépendamment des conditions météorologiques.
Enfin, face à la pression médiatique lors des conflits, la prise en compte des dommages collatéraux est devenue un paramètre incontournable de toute première importance.
... et face à un contexte économique de plus en plus contraint.
L’évolution du contexte économique et des politiques budgétaires a accéléré la recherche du meilleur rapport coût/efficacité. Ainsi, la précision et la capacité multicibles offertes par l’autonomie qui caractérise un armement « tire et oublie » nécessitent moins de sorties pour parvenir aux objectifs de l’action aérienne. De même, l’arrivée verticale de la munition permet l’optimisation de l’effet de la charge militaire.
A noter que l’intégration aéromécanique d’un armement sur un avion représente un chantier extrêmement coûteux à la fois au plan financier et humain. Ainsi, différentes intégrations successives, réalisées au cours d’importants chantiers de modifications, pénalisent la disponibilité des flottes de combat et leur aptitude à réaliser leurs missions. La modularité d’un armement permet de pallier cet inconvénient majeur lié à la mise en œuvre de nouvelles capacités de frappes air-sol.
La réponse : le développement de familles complémentaires et modulaires
Pour relever ces défis, la France a décidé de lancer deux familles d’armements air-sol afin d’équiper l’armée de l’air et la marine nationale :
- la famille Apache / Scalp dont les missiles peuvent être tirés à une distance suffisante de l’objectif pour que l’avion porteur reste en sécurité vis-à-vis des défenses aériennes de théâtre. Ils seront réservés, en priorité, aux objectifs de haute valeur situés dans la profondeur d’un territoire ou d’un dispositif adverse ;
- la famille AASM (armement air-sol modulaire) , dont les munitions présentent des caractéristiques de manoeuvrabilité et de domaines de tir importants qui permettent à l’avion tireur de rester à distance de sécurité des défenses aériennes de courte et très courte portée protégeant les cibles, seront dédiés aux objectifs au niveau tactique.
Complémentaires, ces deux familles permettront de réaliser les missions dévolues à l’armée de l’air et à la marine nationale avec une efficacité renforcée.
Un armement de conception modulaire...
Les besoins des armées ont conduit au choix d’une conception modulaire de l’armement. Celle-ci donne aux forces armées la possibilité de configurer la munition en fonction des missions à réaliser. Elle améliore ainsi la souplesse d’emploi opérationnelle et logistique.
L’assemblage des modules est réalisé par les utilisateurs des forces armées :
- un corps de bombe de 250 kg de type : Mk82,
- BLU 111,
- CBEMS (corps de bombe à effets multiples sécurisée). Ce corps de bombe est développé par la société MBDA en deux classes 125 et 250kg, elle dispose du label MURAT. Au plan de la communication externe, MBDA utilise plutôt l’acronyme BANG,
ce qui donne à la munition l’efficacité recherchée,
- une fusée et ses accessoires sont nécessaires à la sécurité et au fonctionnement du corps de bombe,
- un kit d’augmentation de portée est nécessaire au tir à distance de sécurité,
- un kit de guidage de précision.
Dans le cas d’un corps de bombe de 250 kg, l’AASM a une longueur de 3,10 m et une masse de 340 kg.
Les deux premières versions de la famille AASM sont :
- la version d’AASM INS/GPS tout temps,
- la version d’AASM INS/GPS+IR jour / nuit (grâce au rajout d’un imageur infrarouge).
... à l’origine d’une famille de munitions...
Cette conception permettra de réutiliser un maximum de sous-ensembles et d’équipements afin de réaliser ultérieurement d’autres versions autorisant un potentiel de croissance important grâce à une configuration aérodynamique inchangée.
La version 125 kg a fait l’objet en 2008 d’un tir de démonstration à partir d’un Mirage 2000.
La version laser, avec un désignateur avion, drone ou commando, fait l’objet d’un Plan d’étude amont qui s’est concrétisé en 2010 et 2011 par la réalisation de 3 tirs de démonstration sur des cibles fixes et mobiles.
D’autres versions ont ou pourront faire l’objet dans les prochaines années de travaux avancés de démonstration ou d’études :
- version métrique tout temps avec autodirecteur électromagnétique ;
- version 1000 kg ;
- version 500 kg.
- anti-radar ;
- avec liaison de données ;
- en anti-navire ;
- pénétration accrue ;
- à effets collatéraux réduits.
... disposant d’une précision métrique tout temps (INS/GPS), et en présence de contre-mesure GPS ou d’absence de GPS (INS/GPS+IR) à un faible coût global de possession.
- Cette nouvelle famille de munitions dispose de la précision d’un missile pour un coût quatre fois moins élevé.
- Une grande capacité de tir à distance de sécurité des défenses aériennes : SATCP, SACP et SAMP à moyen terme.
- Une portée supérieure à 60 km en haute altitude (HA) et à 15 km en très basse altitude (TBA) quelque soit la version du kit de guidage.
- Une capacité d’emploi à toutes les altitudes (TBA, MA, HA) sur une grande variété de cibles (missions : CAS, OCA, AI, SEAD).
- La capacité tout temps.
- La capacité jour / nuit.
- Des domaines de tir étendus avec forte capacité de dépointage quelles que soient les altitudes de tir.
- Une efficacité terminale accrue.
- Des performances significatives sans GPS ou avec brouillage GPS.
- Une précision métrique autour des cordonnées désignées.
- La capacité multicibles (6 munitions par aéronef grâce à des adaptateurs bi ou tri bombes).
- La mise en œuvre du concept « zéro » maintenance, ceci malgré les exigences de tenue aux environnements sévères et la présence d’un propulseur.
- Une durée de vie en emport élevée.
- Une préparation du tir simple.
- Une charge du pilote allégée grâce à la capacité « tire et oublie » et autonome.
- La capacité de reconfigurer des missions des armements au cours du vol du porteur jusqu’au tir.
- Une sécurité accrue permettant d’être compatible des embarquements sur navires de guerre si utilisation de corps de bombe muratisé (BLU 111 ou CBEMS).
- Un temps d’assemblage réduit.
Une communalité entre l’armée de l’air et la marine nationale sur deux porteurs
Du fait d’une expression de besoins commune aux deux forces armées aériennes, les munitions AASM seront intégrées aux avions Rafale Air et Marine.
A noter que les munitions sont conformes aux STANAGs OTAN (en particulier accrochage) et compatibles du MIL STD 1760.
Le maître d’ouvrage est l’unité de management Rafale de la DGA.
Il s’appuie sur les compétences des centres d’expertises techniques et des centres d’essais de la DGA et des forces armées.
Le maître d’oeuvre industriel de l’AASM a été retenu à l’issue d’une consultation internationale, il s’agit de la société Sagem Défense Sécurité du groupe Safran.
Le choix des équipementiers est de la responsabilité du maître d’oeuvre industriel.
Le principal sous-traitant est la société Roxel pour le propulseur.
L’AASM est destiné à l’armée de l’air et à la marine nationale.
Premières livraisons de la version INS/GPS tout temps : 2007
Premières livraisons de la version INS/GPS+IR jour/nuit : 2009
Au total, c’est plus de 3000 exemplaires que la France envisage de commander avec une production jusqu’en 2025.
Le Maroc a acquis des AASM dans le cadre du programme de rénovation de ses Mirage F1.
Sources : DGA