L’Asie dans son ensemble constitue à plusieurs égards un enjeu stratégique majeur. En effet, la région fait preuve d’un dynamisme économique, financier, démographique et intellectuel exceptionnel. Elle est cependant ébranlée par de nombreux facteurs de déstabilisation dont la portée dépasse ses seules frontières. Suivant les orientations données par le Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008, la défense française mesure le poids croissant de cette région dans les équilibres stratégiques mondiaux et s’efforce de rester présente et active dans la sécurité régionale.
Un constat s’est imposé à la lumière de la crise économique et financière de 2008-2009 : dans l’économie globalisée d’aujourd’hui, l'Asie – de la Chine à l'Inde en passant par l’Asie du Sud-est – est le premier moteur de la croissance mondiale. Les détroits d’Asie du Sud-est voient passer plus de 60% des pétroliers et méthaniers de la planète et relient l’Asie du Nord-est, dont l’activité économique compte pour plus de la moitié du PIB mondial, au Moyen-Orient et à l’Europe. La région peut également compter sur une population jeune et dynamique, atout économique majeur pour un continent qui compte 60% de la population mondiale. De plus en plus, la « culture asiatique », qu’elle soit chinoise, japonaise ou indienne, s’exporte et séduit à travers l’attrait culturel, linguistique, touristique propre à ces civilisations du bout du monde.
Enfin, il convient de souligner que l’Asie, notamment du Sud-est, abrite plusieurs pays considérés comme « émergents » ou susceptibles de l’être dans un avenir proche. C’est le cas de l’Indonésie, du Vietnam, de la Malaisie ou de la Thaïlande, pays dont le poids économique et diplomatique va déjà croissant. L’affirmation de ces nouvelles puissances moyennes pose en particulier la question des dynamiques de coopération et de compétition régionales.
Mais l’Asie est également le foyer de tensions et de conflits qui ont le potentiel de déstabiliser la région, voire le monde : crise nucléaire nord-coréenne, tensions sino-japonaises et sino-américaines, questions de souveraineté non résolues, conflits frontaliers entre l’Inde et la Chine, l’Inde et le Pakistan. L'Asie reste la seule région du monde où trois puissances nucléaires contiguës connaissent des différends frontaliers. L’intégrité des Etats est en outre menacée au cœur même de leurs frontières par des mouvements rebelles et insurgés, des groupes terroristes, ou par l’existence de conflits politiques et sociaux fratricides – on pense ici à la Thaïlande, aux Philippines ou à l’Indonésie.
La cristallisation des tensions autour des questions de souveraineté, notamment sur des territoires maritimes (mer de Chine méridionale et orientale), se traduit par la croissance considérable des budgets de défense et la modernisation sans précédent des outils de défense. Au-delà, l’ambition chinoise de s’imposer comme la première puissance régionale devant les Etats-Unis a inévitablement un impact majeur sur les politiques des pays voisins.
Dans le but d’éviter que les nombreux irritants ne dégénèrent en conflit ouvert, les pays d’Asie se familiarisent progressivement avec la sécurité collective. Si la coopération multilatérale, otage d’intérêts nationaux difficilement conciliables, reste balbutiante, l’ASEAN a montré la voie en 1996 avec la création de l’ARF, Asean Regional Forum. De multiples initiatives pour constituer notamment une communauté asiatique de défense à l’échelle de la région au sens large, telles la Communauté de l’Asie de l’Est ou l’ASEAN+8, témoignent de ce volontarisme.
Puissance maritime mondiale, nation mitoyenne de l’Asie par ses territoires du Pacifique et membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies et de la Commission d'armistice de 1954 de la guerre de Corée, la France est résolument engagée en faveur de la stabilité de l’Asie-Pacifique. Elle entend être en mesure d'assumer ses responsabilités de sécurité en cas de crise dans la région.
Cet engagement s’exprime aujourd’hui d’abord en Afghanistan. La France y mène, au sein d'une coalition de plus de quarante Nations et sous l'égide de l'OTAN, un effort long et difficile de reconstruction d’un Etat pour aider les autorités et le peuple afghans à reprendre progressivement en main leur destin. Cette action est globale et se joue à plusieurs niveaux, depuis l’amélioration de la situation sécuritaire, incluant la lutte contre le terrorisme international, à l’appui à la gouvernance, en passant par l’aide au développement. Elle s'inscrit également résolument dans le long terme.
La lutte contre la prolifération des armes de destruction massive constitue également un enjeu de sécurité prioritaire. A ce titre, le ministère de la Défense reste attentif à l'évolution de la crise nucléaire nord-coréenne, et participe aux côtés de nombreux Etats asiatiques (Thaïlande, Singapour, Corée du Sud, Philippines…) à la Proliferation Security Initiative qui implique, entre autres, la surveillance du transit de cargos et des inspections de cargaisons aériennes et maritimes.
En outre, la présence française, en particulier à travers nos moyens navals, démontre notre engagement dans la préservation des équilibres stratégiques de l’Asie. Les missions confiées à ALINDIEN, l’amiral commandant la zone de l’Océan Indien, notre participation aux principaux fora sur la sécurité maritime (Western Pacific Naval Symposium) et le développement depuis de nombreuses années nos relations bilatérales de défense avec les Etats de la région, nous permettent de mieux appréhender les problématiques régionales. La DAS joue un rôle prépondérant dans ce domaine à travers le maintien du dialogue au niveau politico-militaire avec des partenaires traditionnels (Japon, Corée du Sud, Singapour, Australie) ou nouveaux (Vietnam, Malaisie, Mongolie, etc.). La France est ainsi reconnue comme un véritable acteur de la sécurité régionale, comme en témoigne sa participation au forum annuel du Shangri-la dialogue de Singapour.
La France entend aussi développer une coopération institutionnelle au niveau régional. C’est tout le sens de notre participation à l’ASEAN Regional forum ou notre adhésion au Traité d’Amitié et de Coopération de l’ASEAN en 2006. D'autres coopérations plus concrètes pourraient ensuite inscrire ces évolutions dans la durée : des programmes de formation, des embarquements croisés, des exercices régionaux de sauvetage, des mécanismes inspirés d'accords existant pour d'autres océans. Ainsi, les conséquences dramatiques des phénomènes climatiques extrêmes doivent nous inciter à approfondir le dialogue défense et sécurité, aux plans bilatéral et multilatéral, sur le thème de la coopération dans le domaine de l’assistance aux populations en cas de catastrophe naturelle.
Enfin, au-delà de la dimension proprement régionale, l’Asie constitue aussi un enjeu pour l’Union Européenne, notamment pour l'Europe de la défense. L’expérience réussie de la mission politique conjointe UE-ASEAN à Aceh, lancée en septembre 2005, est le premier jalon de cette coopération à développer entre l’Asie et l’Union Européenne. Dans tous ces domaines, la DAS intervient pour encadrer et développer la politique de défense envers l'Asie, mais aussi en tant qu'acteur principal de la réflexion prospective menée au sein du ministère.