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Europe de la défense : une chance à saisir (par P. Esper et YT de Silguy) - le Figaro 24 mars 2009

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Mise à jour : 28/06/2010 04:30

Dix ans après que les Etats membres européens ont convenu des objectifs d'une Politique Européenne de Sécurité et de Défense, l'Union européenne est-elle en mesure de jouer un rôle sur la scène internationale qui soit à la mesure de son poids économique et de sa tradition démocratique?

L'Europe de la Défense est en deçà de ce qu'elle pourrait être. Animateurs du Conseil économique de la défense, nous pensons qu'une véritable politique de sécurité concertée entre Etats membres est nécessaire dans le contexte des turbulences géopolitiques et économiques actuelles. Il faut saisir une "fenêtre de tir" pour relancer l'Europe de la défense. La France a un rôle à jouer pour donner l'impulsion au changement et convaincre ceux des pays de l'Union européenne qui le veulent et qui le peuvent, de prendre leurs responsabilités. Tel sera le message d'un ouvrage que nous publierons au printemps et d'un colloque international qui se tiendra le 13 juin.

Les avancées de l'Europe de la défense sont indéniables. L'Union européenne est devenue un acteur fiable sur le plan opérationnel. Vingt-trois missions civiles et militaires au titre de la Politique Européenne de Sécurité et de Défense ont été conduites depuis 2003. Dernièrement, les Etats membres se sont entendus sur le lancement de l'opération Atalante contre la piraterie en Somalie. Qui eût imaginé, il ya dix ans, la mise en place d'une opération maritime militaire de l'Union européenne, qui plus est sous commandement britannique? Notre pays a inscrit les questions de défense dans ses objectifs prioritaires de sa présidence de l'Union et a adopté une approche pragmatique. L'acceptation progressive du principe de mutualisation des capacités de la part des Etats membres a permis, entre autres, la mise en place d'un programme satellitaire européen, une coopération navale, la modernisation des flottes d'hélicoptères existantes et la formation commune des militaires européens.

La décision récente de créer une capacité de planification stratégique civile et militaire est un trompe l'oeil masquant mal les réserves britanniques sur la notion d'état major européen. Et pourtant, l'Europe de la Défense peut encore avancer si les dirigeants écoutent leurs opinions publiques et si les opportunités sont saisies. En effet, des éléments nouveaux dans l'équilibre politique et économique mondial nous laissent penser qu'une "fenêtre de tir" existe pour prendre l'initiative de rupture en matière de défense et sécurité européenne

Le nouveau contexte international pourrait être favorable. Le discours de Joe Biden à la Conférence sur la sécurité à Munich le 7 février 2009 est encourageant quand il déclare " nous supportons l'approfondissement de l'Europe de la défense ainsi que le renforcement du rôle de l'Union européenne dans le domaine de la paix et de la sécurité". Que les Etats-Unis démontrent alors la réalité de leur soutien à une Europe de la défense forte et efficace !

La perspective d'une pleine participation de la France au Commandement intégré de l'Otan peut aller dans ce sens. Pour nombre de nos partenaires européens, un pas de plus vers l'Europe de la défense, c'est un pas en arrière vis-à-vis de l'Otan. En nous rapprochant de l'Otan, nous avons rassuré certains partenaires et nous pouvons cependant montrer que nous n'avons pas renoncé à notre capacité de jugement et d'autonomie.

La crise financière donne un bien-fondé supplémentaire à l'idée d'un approfondissement de la coopération en matière de défense. L'efficacité des efforts et des investissements de défense, de recherche, d'équipement et d'action opérationnelle conduit à rationaliser les budgets, à générer des effets positifs sur l'emploi et à mieux aménager le territoire économique européen.

En outre, la crise va entraîner une évolution des rapports entre puissances dans le monde. L'Europe doit saisir l'opportunité de se construire et de projeter son modèle. Une fois les élections anglaises et allemandes passées, à l'automne 2009 ou au printemps 2010, l'environnement politique et économique sera propice à une concertation entre pays européens qui le veulent et qui le peuvent pour définir les paramètres d'une relance de l'Europe de la défense.

Pour avancer en matière de défense, il sera nécessaire d'emprunter la voie d'une Europe à géométrie variable. Le processus de Lisbonne est ralenti. Il semble illusoire de construire l'Europe de la défense à 27. Le contexte d'insécurité appelle à renforcer notre vigilance commune mais il est impossible de forcer un Etat membre réservé ou réticent à engager ses troupes sur le terrain où à accroître son budget de défense. Il faut avancer autrement, par la préparation et la mise en place d'une structure ouverte, transparente et inclusive, reposant sur la volonté politique des Etats qui veulent et qui peuvent faire progresser la défense européenne. Cette démarche reprend l'idée et le chemin qui avaient prévalu pour les accords de Schengen et pour l'euro.

Ceux qui sont prêts à se fixer des objectifs en matière de technologie, d'équipement, d'investissement, d'interopérabilité, le feraient sans minimum requis de participants. Sans attendre la ratification du traité de Lisbonne, un tel "groupe de progrès" susciterait un effet d'entrainement et développerait la capacité de l'ensemble de l'Union européenne, en s'appuyant sur la volonté politique d'Etats membres et non pas sur leur niveau particulier d'engagement passé.

Philippe Esper

Président du Conseil économique de la défense

Yves-Thibault de Silguy

Ancien Commissaire Européen

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