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Petit-déjeuner débat avec Christophe de Margerie le 28 mars

Mise à jour : 18/06/2012 17:23

Le PDG de Total est intervenu devant les membres du Conseil sur le thème « Sécurité énergétique au XXIème siècle : la responsabilité des entreprises »

Mercredi 28 mars, Christophe de Margerie, Président-directeur général de Total, qui participe en personne aux travaux du Conseil depuis l'origine et fait bénéficier ses membres des compétences et éclairages d'un groupe français major mondial de l'énergie, a animé un petit-déjeuner débat devant une cinquantaine de membres associés du Conseil sur le thème « Sécurité énergétique au XXIème siècle : la responsabilité des entreprises ».

Cette rencontre s'inscrit dans l’approche souhaitée, dès la création du Conseil en 2003, de réunir des responsables des secteurs de l'énergie, de la défense et de la sécurité au sein de groupes de travail. Cette année, le thème a été élargi aux ressources naturelles, aux minerais, aux métaux sensibles, à l'environnement. L’étude est orientée sous l’angle de ce que les moyens de la défense pourraient apporter pour contribuer à la sécurité d’accès aux sources de ces matières premières, jusqu'à l'approvisionnement des consommateurs.

Evoquant l’accident survenu le 25 mars dernier sur la plateforme du champ d'Elgin, en Mer du Nord, Christophe de Margerie a rappelé que la sécurité est au centre des processus industriels de Total et qu’il est attaché à une communication transparente de son groupe face à ce type d’événement, malheureusement consubstantiel au métier d’industriel.

Face au discours tenu par les responsables politiques à l'égard de l'opinion publique, il a fait part de son étonnement, expliquant que les décisions prises et les déclarations faites provoquent la volatilité des marchés, avec, pour conséquence, l’augmentation du prix du baril de pétrole. En effet,  les spéculateurs s’appuient sur des messages anxiogènes et leurs arbitrages contribuent à accentuer cette tendance, sans en être à l’origine. Christophe de Margerie en appelle à la responsabilité des dirigeants pour tenir un langage de vérité aux opinions, et à la mise en place d'un dialogue constructif entre responsables politiques et industriels. Alors que son groupe accompagne et se conforme à la politique étrangère de la France, il a regretté les critiques répétées dont il est l’objet. Total œuvre pour la sécurité énergétique du pays grâce à ses résultats investis dans l’exploration de nouveaux gisements et dans la recherche pour améliorer encore la diversification des approvisionnements et des sources d’énergie. La meilleure façon de faire baisser les prix, c'est d'investir.

Il considère que la France dispose d'acteurs industriels majeurs et de responsables en bonne place dans la compétition mondiale. Selon lui, le Conseil doit être le relais de ces acteurs et appuyer les initiatives des professionnels de l'énergie qui travaillent pour donner une assurance de mise à disponibilité de l’Energie aux populations française et européenne.

S’agissant de la crise iranienne, le Pdg de Total a souligné la faible part des importations françaises en provenance de ce pays et la possibilité de s’approvisionner auprès d’autres pays producteurs. Selon lui, une éventuelle intervention d'Israël en Iran ou le blocage du détroit d'Ormuz conduirait à l'effet inverse à celui recherché car l'Iran trouverait sans difficulté à réorienter sa production à des conditions économiques favorables. La crainte de l’instabilité provoquant la hausse du prix du baril et la hausse du coût de son acheminement - ne serait-ce que par la hausse des tarifs des assurances pour les armateurs.

A l'horizon 2030 et au delà, l'essentiel des ressources énergétiques viendra toujours des sources fossiles et du nucléaire. Le problème n'est pas qu'il n'y aura plus de pétrole mais qu'il n'y en aura pas assez pour faire face à la croissance de la demande énergétique. La part des nouvelles énergies renouvelables sera de l’ordre de 3% du mix énergétique, quoi que l’on fasse, y compris avec les subventions. Cela n'empêche pas Total de conduire de nombreux projets de développement de ces énergies, complémentaires à ceux menés dans le pétrole. De surcroît, dans un marché bien plus important en volume, les coûts de son exploitation augmenteront car il sera de plus en plus difficile à extraire.

Christophe de Margerie a également fait part des difficultés d’un grand groupe comme Total, qui investit sur des projets de long terme, mais qui doit s’adapter à des décisions politiques soudaines, brutales, quelles soient de nature fiscale ou réglementaire. Les projets d’investissement et de recherche en cours ne peuvent pas produire les effets escomptés sans stabilité. Total, comme d’autres industriels, développe l’énergie solaire. C’est bien, sous réserve qu’on développe une stratégie d’investissements de long terme, mais on ne la développera certainement pas en exerçant d’abord une pression forte sur Total puis en lui retirant de manière brutale les conditions de ce développement. De ce fait, ce qui a été fait dans l’énergie solaire (avec des produits de base réalisés à l’étranger) n’a pas créé un relais énergétique alternatif important. Ceci n’a pas créé de l’emploi, mais en a détruit au contraire.

Enfin, Christophe de Margerie a souligné l'importance du pétrole de Guyane et des gaz de schiste pour la sécurité et l’indépendance énergétique de la France et la nécessité de les développer suivant un procédé d'extraction respectant la protection de l'environnement.

Une discussion avec les participants a permis d’éclairer les sujets tels que le détroit d'Ormuz, le nucléaire, la relation avec la Russie, ou le gaz de schiste dont il a regretté que les responsables européens, professionnels comme officiels, n'aient pas perçu l’importance de cette ressource, et que leur exploitation soit freinée pour des raisons plus administratives que techniques.

Christophe de Margerie a appelé à ce que le Conseil se fasse le relais des professionnels de l'énergie dans ce dialogue, qui est la marque du Conseil, entre responsables d’horizons divers. Le Président du Conseil a répondu que le Ced, au travers des travaux conduits par le groupe "Energie"[1]organise et suscite l’échange entre ses membres, représentants des acteurs publics civils et militaires, des industriels, des économistes et intellectuels. Leurs travaux feront l’objet d’une monographie dont la conclusion sous forme de recommandations concrètes sera une réponse à l’adresse des dirigeants politiques. En outre un article à paraître en juin dans la revue Commentaires sera une réponse publique et générale.

[1]"Comment organiser les outils de défense et de sécurité pour garantir l'accès et la mise à disposition des pays et des populations des ressources énergétiques et naturelles, dans une approche associant acteurs (entrepreneurs, opérateurs et pouvoirs publics) de l’économie de ces ressources et acteurs (français et européens) de la défense et de la sécurité ?"

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