La fin de la Guerre froide avec l’éclatement du bloc soviétique bouleverse la donne stratégique tandis que de nouveaux risques d’affrontement voient le jour. Dans ce nouveau cadre international, l’armée de l’air modifie en profondeur tant ses modes d’action que son organisation. La suspension du service national, décidée en 1996, contraint à une réduction des effectifs compensée par la mise en service d’un matériel plus performant, qu’il s’agisse des Mirage 2000 N de dissuasion nucléaire ou du Rafale.
En outre, l’armée de l’air est de plus en plus régulièrement sollicitée pour assurer des missions de projection de puissance et de force, dans le cadre d’interventions en Afrique ou dans des conflits régionaux dans le Golfe (1991), en Bosnie (1995), au Kosovo (1999) ou en Afghanistan, depuis 2001. Après une première réorganisation en 1994, l’armée de l’air s’engage dans une restructuration de grande ampleur au début des années deux mille. Jusqu’à la mise en œuvre du plan Air 2010, elle regroupe sept grands commandements dont deux opérationnels, le commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA) et le commandement des forces aériennes stratégiques (CFAS). Les cinq autres sont organiques, qu’il s’agisse du commandement de la force aérienne de combat (CFAC), du commandement de la force aérienne de projection (CFAP), du commandement air des systèmes de surveillance, d’information et de communication (CASSIC), du commandement des écoles de l’armée de l’air (CEAA) ou du commandement des forces de protection et de sécurité de l’armée de l’air (CFPSAA).
1990 Une détection aéroportée pour l’armée de l’air
Pour surveiller l’espace aérien sans que le relief ne fasse écran, la France commande quatre Boeing E-3F porteurs d’un radar circulaire portant à plus de 400 km. Le 10 octobre 1990, en provenance directe de Seattle, le premier d’entre eux, destiné à l’armée de l’air et officiellement nommé « système de détection et de commandement aéroportés », est accueilli et encadré par deux patrouilles de Mirage F1 C et de Mirage 2000 jusqu’au Bourget où l’intégration de son avionique doit être achevée. L’appareil, destiné à révolutionner la conduite des avions de combat, rejoint la 36e escadre de détection aéroportée, dont il porte déjà l’indicatif sur les flancs du fuselage.
1991 « Tempête du désert »
Le 2 août 1990, les troupes de Saddam Hussein envahissent l’émirat du Koweït, pour en faire la 19e province irakienne. La réaction internationale est à l’échelle de ce coup de force visant à s’approprier d’importantes réserves de pétrole. L’Arabie saoudite, se sentant menacée, demande aux puissances occidentales de prévenir une éventuelle agression. Initié par les Américains, le déploiement des forces aériennes de la coalition alliée s’engage dès la promulgation de la résolution 662 du conseil de sécurité des Nations unies le 9 août. Un important dispositif de l’armée de l’air prend alors position en Arabie Saoudite pour participer aux opérations de guerre sur le Koweït et l’Irak à l’automne 1990. Partis de la base saoudienne d’Al Ahsa, ces Mirage 2000 RDI, armés de missiles Matra Magic II et Super 530 D, survolent la zone d’opérations. Des Mirage F1 C de la 12e escadre de chasse effectuent des missions similaires depuis le Qatar, dans le cadre de l’opération Méteil.
1992 Opérations humanitaires
Le conflit en Bosnie-Herzégovine débute en avril 1992. Pour secourir la population de Sarajevo, un pont aérien est mis en place sous l’égide des Nations unies. Le 11 juin, le premier détachement de l’armée de l’air, sous mandat de la Forpronu (FORce PROvisoire des Nations unies), débute la remise en état de l’aéroport. Le 29 juin, le lendemain de la visite du président de la République François Mitterrand, le premier avion-cargo, un Transall C160, se pose à Sarajevo. Pendant toute la durée du conflit, le pont aérien reste le seul lien vers l’extérieur, livrant plus de 90 % de l’aide humanitaire destinée à nourrir, à vêtir et à soigner les 440 000 habitants de la ville assiégée.
1993 D’un Mirage à l’autre
Au cours de l’été 1991, l’escadron de chasse 2/3 « Champagne » reçoit des Mirage 2000 N K-2 en attendant l’introduction du Mirage 2000 D. Cet escadron de la FATac n’assure cependant que des missions conventionnelles, participant comme la 4e escadre à des opérations ou à des exercices multinationaux. Ainsi, en avril 1993, trois de ses Mirage 2000 N K-2 avec un Mirage 2000 C RDI de la 12e escadre de chasse de Cambrai, rejoignent le Sultanat d’Oman dans le cadre de l’exercice interarmées franco-omanais Sea Turtle.
1994 Les mutations de l’armée de l’air
Le 6 juillet 1994, un Embraer EMB-312 Tucano du CEAM arrive à Salon-de-Provence. Cet appareil est appelé à remplacer au sein du groupement d’instruction 312 le Fouga Magister qui a assuré pendant près de quarante ans la formation des élèves-pilotes de l’armée de l’air.
1995 Bosnie : nouvelles missions
Un SDCA Boeing E-3F du 36e escadron de détection et de contrôle aéroporté ravitaillé par un Boeing C-135FR des FAS. Au cours de l’opération Crécerelle, les C-135FR ravitaillent au-dessus de l’Adriatique non seulement les E-3F, les Mirage et les Jaguar de l’armée de l’air, mais aussi les autres chasseurs de l’Otan, notamment lors des frappes aériennes en Bosnie-Herzégovine pendant l’opération Deliberate Force en 1995.
1996 Les forces aériennes stratégiques évoluent
Équipés de Mirage 2000 N, armés du missile ASMP, trois escadrons des FAS, l’EC 1/4 « Dauphiné », l’EC 2/4 « La Fayette » à Luxeuil, et l’EC 3/4 « Limousin », à Istres, assurent désormais la mission nucléaire, assistés de ravitailleurs en vol C-135FR. Avec une priorité donnée aux vecteurs nucléaires, les ravitailleurs assurent le soutien des appareils de la force aérienne de combat. Lors des opérations extérieures, ils participent aussi à la mise en œuvre des SDCA E-3F du commandement air des systèmes de surveillance, d’information et de communications.
1997 Féminisation et professionnalisation
Le 21 février 1997, à l’issue d’une cérémonie de présentation au drapeau, la première promotion de militaires techniciens de l’air (MTA) sort de son centre de formation (CFMTA), situé sur la base aérienne 722 de Saintes. Créé le 1er octobre 1996 dans le cadre de la professionnalisation de l’armée de l’air, le CFMTA dispense une formation militaire initiale de sept semaines. La formation professionnelle théorique se déroule à Saintes ou sur une autre base aérienne, suivant les spécialités, durant une à trois semaines. La formation professionnelle pratique se fait sur la base d’affectation pendant deux mois. L’ensemble de la formation est sanctionné par le certificat d’aptitude élémentaire (CAE).
1998 L’armée de l’air à l’international
En février 1998, sur le chemin du retour de Red Flag, des Mirage 2000 D participent à l’exercice Miranda 98 au Venezuela. C’est le premier échange depuis 1927 entre l’armée de l’air et la force aérienne de ce pays équipée de chasseurs Mirage 50 d’origine française et de F-16 de construction américaine.
1999 Opérations « Trident » sur les balkans
Le 1er avril 1999, deux ponts humanitaires sont mis en place à destination de Tirana en Albanie et de Skopje en Macédoine. L’armée de l’air engage des Transall C-160 dans l’opération Trident Humanitaire au profit des réfugiés kosovars.
2000 L’Europe de la Défense en avant
Dans un panache tricolore, la Patrouille de France annonce le début du défilé de ce 14 juillet placé sous le signe de la défense européenne. Elle est suivie dans les airs par 28 avions du groupe aérien européen (GAE), composé d’aéronefs français, anglais, italiens, espagnols, belges, hollandais et allemands. Créé en 1995 dans un cadre franco-britannique et élargi à sept nations en 1998 et 1999, le GAE a pour objectif de renforcer la capacité des armées de l’air des nations membres à mener des opérations en commun.
2001 Nouveau front contre le terrorisme
Selon les vœux du président de la République lors d’une allocution prononcée sur la base d’Istres, la France renforce sa participation aux actions militaires menées contre le terrorisme en Afghanistan. À la fin de l’année, un Hercules et un Transall sont les premiers à se poser sur le sol afghan, à Mazar-i-Sharif. Un groupe de transport opérationnel est alors créé à Douchanbé, au Tadjikistan.
2002 Au service des citoyens
Depuis 1995, les armées participent au renforcement de la sécurité générale dans le cadre du plan gouvernemental Vigipirate. Plus de 2 000 aviateurs, provenant de toutes les bases aériennes, patrouillent chaque année avec les forces de police et de gendarmerie dans les grands aéroports français, comme ici à Lyon Saint-Éxupéry. Objectif : prévenir les menaces et réagir aux actions terroristes.
2003 Un Mirage IV P pour les Nations unies
Afin de renforcer les missions d’inspection effectuées en Irak par la commission des Nations unies, deux Mirage IV P de l’escadron de reconnaissance stratégique 1/91 « Gascogne » et deux C-135 FR du 93e escadron de ravitaillement en vol « Bretagne », rejoignent le Golfe. Du 26 février au 18 mars, plus d’une quinzaine de missions de reconnaissance sont effectuées.
2004 Première livraison de Rafale
Les trois premiers Rafale biplace sont livrés en décembre à Mont-de-Marsan. Le B 304 est le premier à entrer en service au sein de l’armée de l’air au centre d’expériences aériennes militaire. Leur dérive arbore l’emblème de l’escadron de chasse 5/330 « Côte d’argent ». Cet appareil, dernier fleuron de Dassault est destiné, à terme, à remplacer le Mirage F1, le Jaguar et une partie des Mirage 2000.
2005 Nato response force
Après Hélios II-A en décembre 2004, le programme Syracuse III, satellite français de communications militaires, est lancé depuis la plate-forme guyanaise. À cette occasion, des hélicoptères Fennec, armés de canons de 20 mm, embarquant des tireurs d’élite, sont prêts à intervenir dans le cadre des mesures actives de sûreté aérienne (MASA).
2006 Caracal sur tous les fronts
En décembre, deux Caracal sont acheminés à bord d’un Antonov An-124 pour rallier la capitale afghane. Ils assurent le transport de troupes, le transport logistique et sanitaire au profit des alliés. Les appareils sont dotés d’une mitrailleuse, d’un lance-leurres et d’un dispositif de vision nocturne.
2007 Au cœur de l’Afghanistan
À la fin septembre, les trois Mirage 2000 D, basés jusqu’à présent à Douchanbé, sont redéployés sur la base otanienne de Kandahar, dans le sud-est de l’Afghanistan. Ce transfert renforce l’efficacité des avions de combat. Ils seront successivement rejoints par des détachements de Mirage F1 CR et de Rafale. Au printemps, le Rafale avait réalisé son premier déploiement sur le théâtre, moins d’un an après sa mise en service opérationnel. Le 1er avril, le premier tir en opération d’une bombe de 250 kg guidée laser était effectué par un Rafale, afin de dégager
des forces américaines prises à partie par des talibans.
2008 Déclenchement du plan Morphée au Kosovo
Le plan Morphée rouge est déclenché le 18 mars en raison des violences infligées aux soldats français de la force de l’Otan au Kosovo. Un Boeing C-135 FR, équipé du kit médical spécialisé Morphée, décolle de la base d’Istres afin de rapatrier onze militaires blessés. Cette mission au Kosovo constitue la première mise en œuvre opérationnelle du système Morphée depuis son entrée en service, en juillet 2006.
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