À peine la guerre achevée, l’armée de l’air est confrontée à de nouveaux défis. Immédiatement engagée dans le conflit en Indochine où, bientôt, près de la moitié de ses effectifs navigants est mise à contribution, elle entame sa réorganisation, tant industrielle que structurelle, dans le contexte économique difficile de la reconstruction.
Les impératifs de la Guerre froide et l’adhésion de la France au traité de l’Atlantique nord, en avril 1949, lui imposent de nouvelles obligations, parmi lesquelles la défense aérienne du territoire français et l’appui aux forces de surface assurant la défense sur le Rhin. Dans le même temps, l’armée de l’air se dote de son premier appareil à réaction de conception française, l’Ouragan, bientôt relayé par l’entrée en service de la famille des Mystère, au cours des années cinquante. La guerre d’Algérie enfin, de 1954 à 1962, fait peser sur l’armée de l’air de nouvelles contraintes et absorbe une grande partie de ses moyens, puisque plus de la moitié de ses effectifs et près du quart de son matériel volant y sont engagés.
1945 Dernières missions pour la libération de l’Europe
L’euphorie de la victoire rejaillit sur l’armée de l’air. Le 20 juin 1945, la foule est nombreuse sur l’aérogare du Bourget pour accueillir en héros les pilotes du régiment de chasse « Normandie-Niemen ». Avec ses 273 victoires revendiquées, l’unité française engagée sur le front de l’Est s’est particulièrement distinguée. La cérémonie présidée par le ministre de l’air Charles Tillon et le chef d’état-major de l’armée de l’air, le général René Bouscat, a un retentissement considérable. Les 37 Yak-3, offerts par Joseph Staline à la France en signe de reconnaissance, sont disposés devant l’aérogare pavoisée et livrés à la curiosité du public à l’issue des discours officiels.
1946 Faire avec l’héritage de la guerre
Le 4 mai 1946, alors que l’insurrection vietminh couve en Indochine, le général Philippe Leclerc remet, sur le terrain de Tan Son Nhut, des décorations au personnel du groupe de chasse 2/7 « Nice », lequel dépend de la 1re escadre de chasse. À son arrivée à l’automne 1945, celle-ci est d’abord dotée de quelques chasseurs japonais peu fiables Nakajima Ki. 43 Oscar et de huit Supermarine Spitfire Mk.VIII fournis par la Royal Air Force du Sud-Est asiatique. Les Mk.IX qui les remplacent sont encore handicapés par une autonomie insuffisante, mais servent en Indochine jusqu’en 1950.
1947 Former de nouvelles générations
Des mécaniciens travaillent sur l’hélice et le moteur d’un Supermarine Spitfire Mk.IX de l’école de chasse implantée sur la base aérienne 708 de Meknès, au Maroc. Jusqu’à la fin des années quarante, l’armée de l’air utilise un nombre important de ce célèbre chasseur anglais de la Seconde Guerre Mondiale en opérations ou en écoles. En 1947, la patrouille acrobatique de Meknès vole sur cet appareil.
1948 Sur tous les fronts
Au-dessus de Madagascar en 1948, une formation de NC 701 Martinet appartenant à l’escadrille d’outre-mer (EOM) 85, alors stationnée sur la base d’Ivato. Cet appareil, fabriqué après la Libération par la SNCAC, est la version modernisée du Siebel 204 allemand. Madagascar est en 1947 le théâtre d’une sanglante insurrection. Pour y faire face, les moyens de l’armée de l’air s’avèrent extrêmement limités, ce qui nécessite la réquisition de Junkers Ju 52 de la compagnie Air France. Pour renforcer ce dispositif et assister les forces sur place, un pont aérien entre la métropole et l’île, distantes de plus de 10 000 kilomètres, est organisé, non sans difficultés. Le groupement des moyens militaires du transport aérien (GMMTA), créé en 1945, met en œuvre des AAC 1 Toucan (ex-Junkers 52), véritables bêtes de somme de l’armée de l’air pendant une quinzaine d’années, renforcés par d’autres appareils de l’Aéronavale. Des Douglas C-47 Skytrain ainsi que quelques bombardiers Handley-Page Halifax de la 21e escadre de bombardement sont utilisés pour le transport.
1949 Hélices et réacteurs
Ces De Havilland DH.100 Vampire F.1 provenant de la Royal Air Force, sont affectés au centre de transformation sur avions à réaction (CTAR) de Mont-de-Marsan, à partir de décembre 1948. Ce petit bipoutre anglais, qui vole à 850 km/h, à 5 000 mètres d’altitude, est utilisé par l’armée de l’air pour faciliter la qualification de ses pilotes sur Vampire FB.5. C’est le premier monoplace à réaction de nos escadres de chasse, écoles et patrouilles acrobatiques françaises. En 1952, une variante modernisée est construite sous licence par la SNCASE sous la désignation SE 532/535 Mistral.
1950 Ailes françaises sur l’Indochine
Valérie André est engagée en Indochine comme médecin capitaine, fin 1948. Après une formation en métropole en 1950, elle devient la première Française brevetée sur hélicoptère avant de retourner en Indochine à l’automne de la même année. Celle que les combattants appellent respectueusement Madame Ventilo devient chef de section à Gia-Lam et effectue, aux commandes de son Hiller jusqu’en 1953, de nombreuses missions de guerre, essentiellement des évacuations sanitaires. Ultérieurement, elle sert en Algérie en qualité de médecin-chef et de pilote. En 1976, ses exceptionnels états de service font d’elle la première femme en France à être nommée officier général.
1951 À l’heure de l’Alliance Atlantique
Au roulage sur le terrain de Bach Maï, un Grumman F8F-1B Bearcat du groupe de chasse 1/6 « Corse ». Ce puissant chasseur équipé d’un moteur en double étoile Pratt & Whitney R2800 développant 2 100 ch remplace les Grumman Hellcat en Indochine. Il vole à 680 km/h, emporte selon les objectifs visés des roquettes, des bombes ou des bidons de napalm. Plus de 200 Bearcat, conçus initialement pour opérer depuis des porte-avions américains, sont pris en compte par l’armée de l’air qui les engage intensivement contre les objectifs terrestres de 1951 à 1956.
1952 Le rééquipement se poursuit
Un instructeur et son élève se préparent pour un vol d’entraînement à bord d’un Lockheed T-33A de l’école de chasse de Meknès, dont les appareils opèrent toutefois sur le terrain de Rabat-Salé jusqu’en mars 1953. Pour permettre la transformation de ses pilotes sur avions à réaction de fabrication américaine, l’armée de l’air acquiert les T’Bird en 1951 et les utilise intensivement à Tours jusqu’en 1981.
1953 Entre ombre et lumière
Un Sikorsky H-19 de l’ELA 52 survole en novembre 1953 la base aérienne de Tan Son Nhut où s’entraîne le commando « colonel Serot » à l’hélitreuillage et au poser d’assaut. Cette unité, fonctionnant sur le mode du maquis, effectue des opérations de renseignement et attaque ponctuellement des objectifs à l’arrière des lignes ennemies. Elle est constituée au début des années cinquante de soldats supplétifs commandés par des cadres des troupes aéroportées françaises.
1954 Heures dramatiques en Indochine
Parachutage de ravitaillement sur un point d’appui à Diên-Biên-Phu, en février 1954. Au sol, un des Fairchild C-119 Packet envoyés par les États-Unis, un Bristol 170 Freighter et trois Douglas Dakota. Le camp retranché de Diên-Biên-Phu est établi en novembre 1953 après l’opération aéroportée Castor. Une piste permet son ravitaillement et le stationnement de chasseurs Grumman F8F-1 Bearcat pour l’appui-feu. Mais, dès le début de la bataille, le 13 mars 1954, elle est pilonnée par l’artillerie vietminh et condamnée. Le soutien aérien n’est possible que depuis des terrains éloignés. Seules des missions de parachutage périlleuses permettent de soutenir les forces françaises, qui doivent cesser ce combat trop inégal, le 7 mai.
1955 Défense aérienne du territoire… …et records sur jets
Cette scène de défense aérienne en 1955 n’est pas sans évoquer les salles de contrôle britanniques de la Bataille d’Angleterre en 1940 dont les méthodes de travail inspirent encore ces opérateurs. Ils s’affairent autour de la table de situation générale du PC enterré du secteur de défense aérienne (SDA) de Paris. Situé place de la République à Paris, dans les sous-sols de la caserne Vérines, ce SDA relève de la zone de défense aérienne 901 (ZDA 901) couvrant le quart nord-est du territoire national.
1956 Guerre d’Algérie et « affaire » de Suez
De retour en France, deux Republic F-84F Thunderstreak de la 3e escadre de chasse quelques semaines après l’expédition de Suez. L’appareil codé « 3-VS » porte encore les bandes jaune et noir des appareils engagés contre l’Égypte. L’armée de l’air utilise depuis 1955 ces chasseurs-bombardiers américains reçus dans le cadre du MDAP. C’est l’avion standard du 1er CATac qui succède à la 1re DIVAR, en 1953.
1957 Sous toutes les latitudes
Sur la base américaine de Sondre Stromfjord, au printemps 1957, le Noratlas n° 127 est mis à la disposition des expéditions polaires françaises dirigées par Paul-Émile Victor, qui pose ici avec l’équipage du Nord 2501 piloté par le commandant Despouy du GT 2/61 « Franche-Comté ». Cet appareil transporte également un hélicoptère Alouette II du centre d’expériences aériennes militaires (CEAM), pour cette mission qui préfigure l’expédition glaciologique internationale du Groënland de 1957-1960.
L’armée de l’air apporte régulièrement son soutien aux campagnes scientifiques nécessitant le transport de matériels et de spécialistes sur de grandes distances.
1958 Les ailes françaises préparent l’avenir
Un pilote, équipé d’une combinaison pressurisée, sort d’un caisson d’altitude du laboratoire de médecine aéronautique au centre d’essais en vol (CEV) de Brétigny. Cet institut médico-physiologique, avec son caisson d’altitude et sa centrifugeuse, étudie les contraintes subies par les navigants lors de vols à haute altitude ou à des vitesses élevées. Ces travaux permettent de concevoir des équipements assurant la protection en vol du personnel navigant.
1959 Liaisons longue distance
Un North American F-100D Super-Sabre du 1er CATac déplacé à l’aide d’un chariot porte-avions de création française, présentée à Lahr-Hugsweier (Allemagne), où est stationnée la 33e escadre de reconnaissance, en janvier 1959. Au titre du MDAP, l’armée de l’air reçoit, à partir de 1958, des Super Sabre pour équiper deux escadres de chasse du 1er CATac. D’abord stationnées en France, celles-ci migrent en Allemagne en 1961 ; de 1963 à 1966, aptes à l’emploi d’armes nucléaires tactiques, elles assurent l’alerte atomique sous contrôle américain dans le cadre de l’Otan. Ces appareils sont les premiers à disposer de la capacité nucléaire au sein de l’armée de l’air.
1960 Opérations en Algérie
Une formation de Douglas AD-4N Douglas AD-4N Skyraider de la 20e escadre de chasse de Boufarik. Cette unité spécialisée dans les missions d’appui-feu est constituée des escadrons de chasse 1/20 « Aurès-Nementcha », volant sur Mistral, et 2/20 « Ouarsenis » sur Thunderbolt. En 1960, renforcée par l’escadron 3/20 « Oranie », elle remplace ces appareils par un puissant monomoteur américain à hélice quadripale, le Douglas AD-4N Skyraider, propulsé par un moteur développant 2 700 ch. Cet avion possède alors une autonomie et une capacité d’emport en armements inégalées. L’armée de l’air en acquiert 113 exemplaires.
1961 La défense aérienne à l’heure de Mach 2
Un Mirage III C de la 2e escadre de chasse et son pilote en « habit de lumière » à Dijon, en décembre 1961.
Cette combinaison, indispensable au-dessus de 15 000 mètres, permet aux pilotes d’effectuer des vols à très haute altitude et d’atteindre, grâce à un moteur-fusée, la stratosphère. Les performances élevées et la complexité technique du Mirage III C, obligent pilotes et mécaniciens à fournir un effort d’adaptation très important.
1962 Fin de la guerre en Algérie
Un hélicoptère Sikorsky H-34 survole des soldats de l’armée de l’air, durant une patrouille dans le Djebel Bel, le 30 mars 1962. Les opérations en Algérie ont révélé toute l’importance de l’action de l’hélicoptère.
Droits : Armée de l'air