L'armée de l'air, en pointe dans la construction de l'Europe de la Défense, mutualise ses moyens avec ceux de ses homologues européens. Ce qui représente une source d'économie et optimise l'efficacité de l'action militaire.
Le véritable sens de cet engagement européen consiste à investir aujourd'hui en vue des gains politiques et capacitaires de demain. Les liens avec les armées de l'air occidentales sont très développés et l'armée de l'air les côtoient régulièrement lors d'exercices ou d'opérations menés dans un environnement multinational. De nombreuses initiatives participant à la construction de l'Europe de la Défense ont abouti.
La capacité de réponse rapide militaire de l'Union européenne (UE) est un sujet fondamental pour la capacité globale européenne. Il s'agit d'assurer à la fois la cohérence civilo-militaire et la synergie interarmées. Pour l'armée de l'air, être en mesure de mettre en exergue le fait aérien ainsi que l'importance de la surveillance aérienne spatiale dans l'environnement politico-militaire représente des enjeux majeurs au sein de l'Europe. Parmi les exemples marquants de cette étroite coopération européenne, l'armée de l'air a participé activement aux opérations militaires comme Artémis en République démocratique du Congo (RDC), de juin à septembre 2003, ou plus récemment à l'opération Eufor Tchad/RCA (république centrafrique) , en 2008, pour laquelle l'état-major opérationnel « Air » a assuré le pilotage de la chaîne logistique pendant douze mois (ériger en plein désert une mini-ville, approvisionner 37 000 militaires, trouver les ressources en eau et en énergie, etc.).
L'armée de l'air participe activement à la mise au point de procédures communes pour permettre à l'Europe d'agir en utilisant au mieux les capacités disponibles dans chacun des États membres. Dans le domaine de la formation, les futurs pilotes de combat belges sont instruits avec leurs homologues français à Tours et à Cazaux. L'Allemagne, l'Italie et la Grèce s'intéressent à ce projet qui en annonce un plus ambitieux avec la mise en place d'un réseau d'écoles standardisées de pilotes de chasse à l'échelle européenne : Advanced European Jet Pilot Training (AEJPT). Par ailleurs, des structures offrent un cadre privilégié pour optimiser ces partenariats en matière de procédures et pousse toujours plus loin l'objectif de rationalisation des moyens, garant de gains opérationnels et financiers à l'échelle européenne. À titre d'exemple, le groupe aérien européen (GAE) est un état-major européen spécialisé dans les opérations aériennes, implanté sur la base aérienne de High Wycombe (Grande-Bretagne). Né d'une initiative franco-britannique en 1995, il compte cinq membres supplémentaires : l'Italie (1998), l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne et les Pays-Bas (1999). L'objectif du GAE est d'améliorer les capacités opérationnelles des forces aériennes (la compatibilité et la complémentarité des moyens) afin qu'elles puissent mener des actions communes. Le GAE mène des travaux théoriques dans les domaines de la CSAR (Combat Search And Rescue), des UAV ( Unmanned Aerial Vehicles - avion sans pilote), des capacités déployables d'approvisionnement en carburant ou des transmissions visant à évaluer les capacités actuelles et futures des pays membres dans le but de coordonner les actions entreprises, de suggérer de nouvelles voies de coopération et de proposer des solutions d'optimisation. Ces travaux se traduisent en tests pratiques expérimentés au travers d'exercices annuels dénommés Volcanex. En juin 2001, le GAE a donné naissance à la cellule de coordination du transport aérien européen ( European Airlift Coordination Cell - EACC), implantée à Eindhoven, remplacée en 2004 par le centre de transport aérien européen ( European Airlift Center).
Le lancement de l'EATC ( European Air Transport Command - commandement européen de transport aérien militaire), le 1er juillet 2007, est l'aboutissement d'un des enjeux importants de l'armée de l'air. Le commandement sera implanté sur la base aérienne d'Eindhoven, aux Pays-Bas. Il permettra d'utiliser conjointement et d'une manière plus efficace les appareils de transport aérien militaire. Près de 170 appareils (C160, C130, Casa 235 et les futurs A4000M) seront mutualisés à l'échelon européen. L'Allemagne, la Belgique, la France et les Pays-Bas sont les pays fondateurs de ce commandement qui s'ouvrira également à d'autres partenaires. Le futur quartier général se mettra en place le 1er septembre 2010 et accueillera près de 150 militaires, dont 46 français.
Le maillage sécuritaire du ciel européen se construit progressivement. La France a déjà signé des accords de « droit de poursuite » avec la Belgique, la Grande-Bretagne, l'Italie et la Suisse. D'autres coopérations sont en cours de discussion. La France est à l'origine de la coopération sécuritaire de l'espace aérien avec ses pays voisins européens. Un accord transfrontalier constitue une première en Europe. Ce texte établit un droit de poursuite hors des frontières nationales. Cette disposition doit permettre de terminer une mesure active de sûreté aérienne sous les ordres et le contrôle du pays survolé. Concrètement, le document prévoit la possibilité pour un avion de chasse français de suivre un appareil classifié comme suspect à l'intérieur de l'espace aérien transfrontalier, jusqu'à sa relève par un chasseur national et réciproquement. Dans un tel scénario, le contrôleur aérien français doit toutefois avertir son homologue européen de la situation avant le franchissement de la frontière par son appareil. Sur le plan opérationnel, l'autre intérêt de cet accord réside dans la mise en commun des moyens : un échange de données radar entre les deux pays engendre un gain d'informations et de temps en cas d'intervention. Il permet de voir depuis une distance supérieure à plusieurs centaines de kilomètres au-delà de la frontière nationale. Cette coopération prévoit également des exercices communs aux procédures. Rien qu'en 2006, quatre entraînements nommés « Swatch » ont eu lieu.
Le jeudi 21 janvier 2010, une conférence civile militaire FABEC ( Functionnal Airspace Block Europe Central - Bloc d'espace aérien fonctionnel Europe Central) s'est déroulée à l'École Militaire, à Paris. Au cours de cette conférence regroupant la France, l'Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse, plusieurs sujets importants ont été abordés comme la future gouvernance du FABEC, le dessin et la gestion de l'espace aérien. L'initiative d'un ciel unique européen, lancée par la commission européenne en 2000, a abouti à la promulgation d'un corpus réglementaire en 2004 qui a été révisé en 2009. Dans ce contexte, huit blocs d'espace aérien fonctionnels couvrant la totalité des pays de l'Union européenne devront être opérationnels d'ici la fin de l'année 2012.
Les grandes étapes de l'Europe de la Défense
En septembre 1948, la France, la Grande-Bretagne et les trois pays du Bénélux (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg) signent le traité de Bruxelles qui prévoit la défense commune de ces États. Le 23 octobre 1954, il inclut la RFA (République Fédérale d'Allemagne) et l'Italie ; il donnera le jour à l'Union de l'Europe occidentale (UEO) en mai 1995. Parallèlement, un grand nombre d'États de l'Europe de l'Ouest, dont la France, s'allient aux États-Unis, créant l'organisation du traité de l'atlantique nord (Otan) en 1949. Le traité de Maastricht, entré en vigueur le 1er novembre 1993, instaure une politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l'Union européenne. Au sommet d'Helsinki en décembre 1999, le conseil européen décide de la création d'une force de réaction rapide de l'ordre de 60 000 hommes, en mesure d'accomplir des missions humanitaires et d'évacuation, de rétablissement et de maintien de la paix. Sont également créées des structures de décision et de planification : le comité politique et de sécurité (COPS) qui réunit les représentants des 25 États de l'union, le comité militaire de l'union européenne (CMUE) qui réunit les chefs d'état-major et l'état-major qui prépare les plans d'opérations menées par l'UE.
La politique européenne de sécurité et de défense (PESD)
Les pays membres de l'union européenne collaborent dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Ses objectifs (faire face aux nouvelles menaces, lutter contre le terrorisme, oeuvrer pour la paix
) correspondent à ceux de la France.
La politique européenne de sécurité et de défense est l'une des composantes de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) née avec le traité de Maastricht. Elle vise à la mise en place de missions de gestion de crise là ou l'Otan n'est pas engagée.
Ces missions connues sous le nom de « missions de Petersberg » sont de trois ordres :
Le concept air rapid response (Air RR Concept)
Des réflexions ont été menées sur la capacité de l'union européenne à déployer rapidement des groupements de force, en tant que force autonome ou en tant que composante d'une opération de grande envergure.
Dans ce cadre, le volet « air » de la réaction rapide se fonde sur les caractéristiques propres à l'arme aérienne qui lui confèrent la possibilité de concentrer des forces au-delà de longues distances dans un temps très court en s'affranchissant des frontières terrestres.
Initialement baptisé « Rapid Response Air Initiative », ce projet, parti de réflexions franco-allemandes, a été agrée par le conseil militaire de l'union européenne (CMUE) sous le nom de « Air Rapid Response Concept - Air RRC », le 21 décembre 2007.
L'armée de l'air française contribue déjà aux capacités demandées en mettant notamment en oeuvre le commandement de la composante « air », sous la forme d'un état-major « air » de planification et de conduire des opérations aériennes dans un cadre interarmées (JFACC : Joint Force Air Component Command).
Elle doit être également à même de fournir des éléments de force de combat, appui feu, reconnaissance, transport, ravitaillement en vol, recherche et sauvetage au combat, appui pour des missions de gestion de crise, d'évacuation de ressortissants, de démonstration de force ou de stabilisation.
Enfin, elle participe à la mise sur pied de bases aériennes déployables sur le théâtre d'opération.
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