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Fermeture de Reims et de Cambrai : témoignages des commandants de base

Mise à jour : 06/07/2011 18:38  - Auteur :  Ltt Marianne Jeune

Les colonels Jean-Michel Meyer et Éric Gernez sont commandants de base aérienne (respectivement Reims et Cambrai). Une responsabilité d’autant plus importante qu’ils ont en charge d’accompagner leur fermeture. Rencontre avec deux commandants de base à l’occasion de la cérémonie de dissolution de la base de Reims, jeudi 30 juin 2011.

Propos recueillis par le lieutenant Marianne Jeune

Le colonel Jean-Michel Meyer est le dernier commandant de la base aérienne de Reims.

En quoi la cérémonie de dissolution de la base de Reims est-elle un moment important ?

Colonel Meyer : La fermeture de la base aérienne 112 de Reims est un événement important à la fois pour l’armée de l’air et pour la région. Cette base a un passé historique prestigieux puisqu’elle a été créée en 1928. Mais la région est ancrée dans une tradition aéronautique encore plus ancienne. C’est, en effet, sur ces terres qu’a eu lieu le premier voyage aérien d’Henri Farman en 1908, le premier meeting aérien un an plus tard et énormément de premières mondiales dans le domaine. Reims est véritablement un berceau de l’aviation, c’est pourquoi la population locale est très attachée à la base aérienne comme faisant partie du patrimoine local! En ce qui concerne l’armée de l’air, la base de Reims a également marqué son histoire. Plus grande base française avant la deuxième guerre mondiale, avec plus de 300 aéronefs, elle a accueilli les douze premiers Republic F 84 des mains du général Dwight Eisenhower en 1951. C’est aussi ici qu’a été créée la première Patrouille de France dans les années 1950. De plus, la base a vu l’arrivée du fer de lance de l’aviation de chasse française en 1973, le Mirage F1. Enfin, elle affiche depuis les années 1980 une forte vocation opérationnelle avec les Mirage F1 C et F1 CR engagés sur toutes les opérations aériennes auxquelles l’armée de l’air a participées jusqu’à aujourd’hui. La dissolution de la base aérienne durant la cérémonie est surtout symbolisée par la remise des drapeaux dont la base avait la garde, au commandant de la base aérienne de Mont-de-Marsan.

Comment avez-vous abordé votre mandat de dernier commandant de la base de Reims ?
Tout commandant de base a une responsabilité: répondre aux missions opérationnelles qui lui sont confiées. Cela a été le cas avec l’engagement sans faille des Mirage F1 dans les opérations aériennes menées ces dernières années. J’avais cependant une mission supplémentaire de taille : celle d’assurer la fermeture de la base aérienne. Pour moi, l’enjeu consistait, avant tout, à veiller au personnel de la base pour que chacun puisse être muté, reclassés ou reconvertis dans les meilleures conditions possibles. Les aviateurs sont le cœur de l’armée de l’air et ils ont été le fil rouge de mes deux années de commandement. S’assurer de la motivation du personnel jusqu’au dernier jour a été également l’une de mes préoccupations. Mais je dois dire que cela n’a pas été très compliqué car les aviateurs n’ont, à aucun moment, baissé les bras. Je les en remercie beaucoup et je les en félicite.

Quelles sont les prochaines étapes que va connaître la base ?
Notre activité aérienne s’arrêtera le 14 juillet puisque deux Mirage F1 défileront au-dessus des champs Elysées pour la fête nationale. Puis, nous pourrons commencer à démanteler tout ce qui est lié à l’activité aéronautique comme la tour de contrôle ou la logistique liée à la maintenance des Mirage F1. Du matériel sera rapatrié vers la base de Mont-de-Marsan ou vers des entrepôts de l’armée de l’air. Il restera ensuite à fermer les bâtiments, les mettre en sécurité, vérifier que les chaudières sont purgées, que les citernes de mazout sont vidées… En bref, nous veillerons à ce que toutes les règles imposées par les restrictions environnementales soient respectées afin de mettre le site en ordre de bataille pour une reconversion. L’état est propriétaire des lieux, l’armée de l’air a seulement apporté des compléments techniques aux différents porteurs de projets intéressés par la reprise du site. Par exemple nous les avons renseignés sur la taille des hangars, l’état des réseaux électriques et de canalisations d’eau, les capacités de stockage… Les projets sont nombreux, mais nous ne savons pas, aujourd’hui, lesquels seront retenus.

Et pour vous ?
Je vais quitter mes fonctions de commandant de base cet été avant de passer chef d’état-major interarmées aux Antilles, le 20 juillet. Je découvrirai cette belle région du monde pour la première fois. C’est un poste très différent de celui que j’occupe aujourd’hui car je serai en charge d’un état-major qui mène de la planification et de la conduite d’opérations très variées.

Le colonel Éric Gernez commande la base aérienne de Cambrai qui fermera en 2012.

Quelle est la raison de votre présence à Reims pour cette cérémonie de fermeture ?
Colonel Gernez : Ma présence est justifiée à plusieurs titres. D’abord, le colonel Meyer étant un camarade de promotion de l’École de l’air, je tiens à le féliciter pour son commandement sur la base de Reims. De plus, nos deux bases, qui affichent des similitudes en accueillant des escadrons de chasse, ferment à une année d’intervalle : Reims aujourd’hui et Cambrai à l’été 2012. Comme l’a rappelé le général Jean-Paul Paloméros lors de son allocution, nous nous appuierons sur l’expérience de la base champenoise pour mener la manœuvre de dissolution à Cambrai.

Avez-vous suivi les mêmes étapes dans le processus de fermeture ?
En effet, les problématiques sont souvent identiques. En particulier le fait de mener la base jusqu’à la fermeture alors que ses missions opérationnelles sont toujours présentes et que ses unités continuent à être pleinement impliquées dans les opérations aériennes. Il faut parvenir à concilier la diminution des effectifs avec le tempo des missions opérationnelles qui restent extrêmement soutenues pour toutes les unités de l’armée de l’air.

Cette cérémonie est un avant-goût de ce qui vous attend. Comment pensez-vous le vivre ? 
La nostalgie sera forcément palpable, mais il faut se projeter dans l’avenir. Il faut être attentif à la bonne conduite de la fermeture. Il faut surtout tenir compte du personnel civil et militaire de la base aérienne, mais également des habitants des villages et des villes qui nous ont accueillis pendant toutes ces années. Il faut faire en sorte de partir de la plus belle des façons !

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