Plongeur de la Marine depuis vingt ans, Sébastien Gadea est l'un des rares hommes à avoir côtoyé le monde des abysses. Un exploit rendu possible grâce au scaphandre Newtsuit, dont il fut longtemps le seul utilisateur. À 38 ans, il prend sa retraite des souvenirs plein la tête.
À travers son scaphandre, Sébastien Gadea affiche un large sourire. Cette imposante cuirasse de plongée pourvue de deux pinces aux extrémités des bras semble tout droit sortie d’un roman de Jules Verne. Et pourtant, rien de plus sérieux. Le plongeur enfile cette « deuxième peau » avant que deux marins de la Cellule plongée humaine et intervention sous la mer n’en vérifient l’étanchéité. Le Newtsuit, c’est son nom, est le seul exemplaire de la Marine nationale.
Plongée à 300 mètres
L’ensemble de cette armure sous-marine pèse trois fois le poids de Sébastien, mais « elle permet d’intervenir à une plus grande profondeur que les équipements de plongée traditionnels ». Car le Newtsuit est un scaphandre atmosphérique dans lequel l’utilisateur n’est pas exposé à la pression absolue de l’eau. « Ma mission prioritaire est l’assistance d’un sous-marin en perdition, explique Sébastien Gadea. Pour l’équipage d’un submersible accidenté, l’urgence consiste à mettre en place un système de ventilation. Une fois en plongée, je fixe des manches de ventilation sur la coque du sous-marin, permettant ainsi une évacuation de l’air vicié et un apport d’air frais à l’équipage. » Le système Newtsuit, développé à l’origine pour des plates-formes offshore, bénéficie des meilleures avancées technologiques et n’existe qu’en vingt-trois exemplaires dans le monde. « Le scaphandre peut plonger jusqu’à 300 mètres. À cette profondeur, la visibilité est quasi nulle et la température de l’eau avoisine les 3 °C. On se situe alors à la frontière entre le monde de la faune sous-marine qui remonte à la surface et celle qui vit dans les abysses. »
Face au risque, dextérité et patience
Sébastien s’est engagé à 18 ans pour devenir commando marine. Une mauvaise chute l’en détourne, mais aujourd’hui, le marin ne se sent pas en reste : « le risque est permanent, mais une fois immergé, l’idée même du danger ne me traverse pas l’esprit, assure-t-il. Auparavant, j’étais plongeur démineur. En 2006, j’ai effectué une opération de déminage au large du Liban (qui lui a valu la Croix de la Valeur militaire et la Médaille militaire). Lors de cette intervention, notre sécurité dépendait de notre rapidité d’exécution, notamment sur les engins explosifs. Avec ce scaphandre, il faut faire preuve de dextérité et de patience. Ma sécurité est essentiellement assurée par l’équipe en surface avec laquelle le dialogue est permanent. Mais je garde la maîtrise du renouvellement de l’air, et pour me mouvoir au fond de l’océan, j’utilise des moteurs fixés au niveau de la taille que je pilote à l‘aide de pédales. C’est très inconfortable, mais, en mode survie, je peux rester 48 heures en plongée. »
Après vingt ans de service, le maître principal de la Marine a retrouvé fin avril la vie civile. « J’ai réalisé ma dernière plongée militaire sur l’épave d’un trois-mâts en collaboration avec le ministère de la Culture. Je suis allé explorer l’épave de La Lune, un vestige du XVIIe siècle. C’est mon plus beau souvenir. Lorsque ma fille sera plus grande, je lui dirai que son papa a marché sur la Lune ! »
Grégoire Chaumeil