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Nafissath Odedele : L’appel du large

Mise à jour : 21/07/2010 12:13  - Auteur :  Gwenola de Geloes

Défilé du 14 juillet, carré de l'Ecole Navale. Sous l’uniforme français, l’aspirant togolais Nafissath Odedele attend les consignes de ses supérieurs. A 21 ans, elle est la première « bordache » africaine et la première femme officier dans la Marine de son pays.

« Regardez la pointe de votre sabre. C’est la position que vous devez avoir quand le Général va passer. » Quelques minutes avant de descendre les Champs-Elysées, l’heure de l’inspection générale a sonné. Dans le bloc de l’Ecole Navale, les 70 élèves-officiers forment un carré parfait. A l’avant-dernière ligne se trouve l’aspirant Nafissath Odedele, togolaise. L’émotion que suscite cet événement ne parvient pas à perturber sa sérénité. Ses grands yeux sombres sont levés vers le ciel. Ses pensées vont à sa famille qui devant un écran de télévision la regarde avec fierté, à des milliers de kilomètres de là.

Il est 8 heures et demie ce 14 juillet et déjà, la foule se bouscule sur les trottoirs. Les spectateurs attendent, ravis et impatients, le défilé des armées françaises et africaines pour ce cinquantième anniversaire de l’indépendance des ex-colonies de la France.

Une délégation de soldats togolais est postée en bas des Champs-Elysées. Nafissath les a croisés, mais n’a pas eu l’occasion de leur parler. La jeune fille est arrivée en France en août 2008 avec comme bagage principal la réalisation de son rêve: intégrer l’Ecole Navale.

Mise à l’épreuve

A tout juste 19 ans, elle est devenue la première élève africaine de l’Ecole Navale. L’idée lui est venue en deuxième année de DEUG de mathématiques à l’université de Lomé, et depuis ne l’a plus quittée. « L’Ecole Navale , explique-t-elle, a une longue tradition d’échange avec le Togo, et constitue une référence pour les jeunes officiers togolais. »  Chaque année, une dizaine de pays d’Afrique francophone présentent leurs meilleurs éléments au concours de l’école des officiers de marine. Avant cela, une épreuve de présélection est organisée. Sur soixante candidats togolais au départ, seule Nafissath a été reçue. Une récompense bien méritée pour la jeune fille qui s’est entrainée courageusement par ses propres moyens pendant de longs mois.

Avec un père commerçant et une mère économiste qui n’ont jamais embarqué sur un bateau, rien ne  prédestinait la jeune Nafissath au métier de marin. Très tôt cependant, elle a voulu découvrir ce qui se passait sur la mer. Et ce sont les bâtiments de la marine française qu’elle a appris à connaître en premier. « Ca peut paraître étonnant, mais j’ai une bien meilleure connaissance de la marine nationale que de celle de mon propre pays » , affirme t-elle avec un grand sourire. Depuis deux ans, à côté de l’enseignement théorique, l’aspirant a appris l’art de la navigation au grand large…des côtes bretonnes. Quatre missions de deux semaines chacune lui ont permis d’appréhender le travail qu’elle sera appelée à faire. L’année prochaine, elle s’embarquera sur le BPC Mistral  (bâtiment qui, comme le Tonnerre , succède à la Jeanne d’Arc pour la formation des officiers-élèves). Une campagne d’application de six mois.

Femme de caractère

Première, Nafissath le sera à nouveau en rentrant à Lomé l’été prochain. Avec son grade d’Enseigne de Vaisseau de 2ème  classe, elle deviendra la première femme officier de la Marine togolaise. Avec simplicité et humilité, elle présente son point de vue. L’aspirant entend prouver que la femme africaine est capable de faire beaucoup. « Par mon travail, par mon leadership, je souhaite montrer qu’une femme a toute sa place dans une structure de commandement historiquement masculine. » Une force de caractère qu’elle a maintes fois sollicitée lors de son arrivée en France. Il lui a fallu s’acclimater à un « monde totalement différent ». Aujourd’hui encore, elle est souvent surprise par deux façons de penser très éloignées. Nafissath n’en reste pas moins heureuse de son expérience. « Je retournerai au Togo avec une formation humaine, scientifique et maritime. J’aurai appris l’art de naviguer, mais aussi de commander. »

Dans quelques minutes maintenant, ses compatriotes vont ouvrir le défilé. Il est aux couleurs africaines, pour le cinquantième anniversaire des indépendances. Cette semaine, les entraînements quotidiens au camp militaire de Satory (Yvelines) ont permis à Nafissath d’évacuer son stress. « Défiler en même temps que mes compatriotes, ça n’arrive pas tous les jours. Je compte bien en profiter. »  La musique de la Garde Républicaine interprète La Marche . Le défilé commence. Chaque pas est calé. Quelques instants plus tard, la future Enseigne de Vaisseau Odedele arrive non sans une certaine fierté devant la tribune présidentielle. Au son des tambours français et africains.

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