Conçu comme une constellation de satellites, le programme civilo-militaire Orfeo
comprend une partie « optique » : le système Pléiades, mis au point par une équipe française. Il fournira des images de haute précision de n'importe quel point du globe.
Première mise sur orbite en 2010, à partir de la base de Kourou, en Guyane.
« Il est absolument primordial pour la France et l'Europe de pouvoir avoir une analyse d'une situation stratégique donnée, d'appréhender des menaces ou des risques comme l'évolution de tel ou tel pays dans sa course à l'armement », déclarait Hervé Morin, ministre de la Défense lors d'une visite à EADS Astrium, en novembre, à Toulouse. C'est au cours de cette visite que lui a été présenté le système d'observation Pléiades, composante optique du programme d'observation franco-italien ORFEO (voir encadré).
Dans une salle blanche, à l'abri de la moindre particule de poussière, le premier des deux satellites du système d'observation Pléiades est en cours d'assemblage. Haut de plus de 3 mètres pour 1 000 kg, il abrite l'instrument optique développé par Thales Alenia Space, à Cannes, intégré à la plate-forme en octobre dernier sur le site toulousain d'Astrium, maître d'oeuvre du satellite. Il s'agit d'une caméra haute résolution dont l'objectif de 65 cm de diamètre permet de révéler des détails au sol de l'ordre de 70 cm. Soit, près de quatre fois plus petits que ceux identifiables aujourd'hui par le satellite d'observation SPOT-5, lancé en 2002 - plus grands, cependant, que ceux perçus par des satellites américains tels que Geo-eye-1 et Worldview-1, dont la résolution approche 50 cm.
Pour effectuer ses prises de vues, Pléiades sera positionné à 695 km au-dessus de la Terre, sur une orbite polaire héliosynchrone permettant de « photographier » le globe en tous points. Doté d'une mémoire embarquée de 600 Gbits (90 Gbits pour Spot-5), chaque satellite pourra réaliser quotidiennement en moyenne 450 clichés capables de couvrir une zone de 20 km de côté. Pléiades n'a pas pour vocation de photographier systématiquement tout ce qu'il survole, mais de répondre à une demande ,en un ou deux jours suivant le nombre de satellites en orbite.
Autre atout de Pléiades, sa capacité de transmission des images. Lorsque le satellite passera au-dessus de la station de réception d'un « client », il pourra décharger les prises de vue à raison de 450 Mbits/seconde (un débit 4 à 5 fois supérieur aux capacités de SPOT). Mais le point fort du système est son aptitude à basculer sa ligne de visée jusqu'à 60° en moins de 25 secondes pour accéder aux points situés hors de la verticale du satellite. Au passage au-dessus d'une « cible », le satellite pourra prendre des images sous plusieurs angles. Celles-ci seront ensuite « assemblées » en vues en trois dimensions notablement supérieures à celles disponibles aujourd'hui.
Les militaires pourront ainsi, par exemple, évaluer plus précisément l'accessibilité d'une piste d'atterrissage de fortune en fonction du relief environnant, tandis que des chercheurs civils suivront plus aisément l'évolution d'un glacier ou le comportement d'un volcan. « Chaque satellite est équipé de quatre actionneurs gyroscopiques qui le font pivoter autour de son axe de gravité », explique Daniel Galindo, responsable des programmes civils d'observation chez Astrium.
D'un coût global de 560 millions d'euros, dont 320 millions pour la réalisation des deux satellites, le système Pléiades bénéficie d'une architecture adaptée à un usage civilo-militaire. Ainsi, le programme garantit aux militaires la confidentialité nécessaire à la conduite d'opérations. Un centre de mission où le ministère de la Défense pourra définir son programme de travail, recevoir ses images et les traiter sera installé à Creil (Oise), au sein du Centre militaire d'observation par satellites (CMOS). Les prises de vue destinées aux utilisateurs civils seront traitées par une station de réception située à Toulouse, complétée par une autre à Kiruna, en Suède. Prioritaires dans la programmation et l'accès à Pléiades, les militaires ne bénéficieront que de 3 % des capacités du système. Le restant, dédié pour moitié à des organisations de recherche et pour l'autre, dont la gestion sera exercée par la société Spot Image, à des acteurs commerciaux.
Dans un an, le satellite prendra la direction de Kourou, en Guyane, en prévision d'un lancement, début 2010, par une fusée russe Soyouz. L'année suivante, ce sera au tour du deuxième satellite Pléiades de prendre le chemin de l'espace.
Tania Sotty
| Un programme franco-italien Les deux satellites Pléiades développés par la France constituent la partie optique d'ORFEO (Optical and Radar Federated Earth Observation). Ce programme civilo-militaire, conçu comme une « constellation » de satellites, résulte d'un accord de coopération signé en 2001 entre la France et l'Italie, cette dernière ayant en charge le système radar : quatre satellites Cosmo Skymed. En marge de l'accord, la France a développé des partenariats avec quatre pays. En échange de leur participation financière au programme, ils auront accès aux images fournies par les satellites au prorata de leur participation : 4 % pour la Belgique, 3 % pour la Suède et pour l'Espagne et 0,4 % pour l'Autriche. |