Naissance de l’ECPAD : les débuts d’une institution unique sur la mémoire militaire de la Grande Guerre
 

1915-1919 : les années fondatrices

 

La création de la section cinématographique de l’armée (SCA) intervient en février 1915, quelques mois avant celle de la section photographique.

Le ministère de la Guerre entend d’une part rattraper le retard pris sur l’armée allemande, qui s’est organisée dans ce domaine dès septembre 1914, et d’autre part répondre au souhait des sociétés de cinéma Gaumont, Pathé, Éclair et Éclipse de pouvoir filmer les combats.

Ce seront donc des hommes en uniforme qui tourneront les seules images du front. Deux autres ministères, celui des Affaires étrangères et celui de l’Instruction publique et des Beaux-arts, participent à la création de ces structures.

En janvier 1917, les deux sections sont réunies en une seule, la section photographique et cinématographique de l’armée (SPCA) par Lyautey. Le ministre rappelle la même année dans une directive au général commandant les armées du Nord et du Nord-Est les deux objectifs principaux de cet outil : "permettre la réunion d’archives aussi complètes que possible concernant toutes les opérations militaires" et "rassembler, pour la propagande française à l’étranger, des clichés et des films susceptibles de montrer la bonne tenue des troupes, leur entrain et les actions héroïques qu’elles accomplissent".

Cette ligne de conduite dans la réalisation des images et dans leur conservation à titre d’archives sera désormais, le vocabulaire évoluant, celle de l’organisme chargé de produire photographies et films pour l’armée. Qu’il s’agisse de la section cinématographique, du service cinéma des armées, puis de l’établissement cinématographique et photographique de l’armée et enfin de l’ECPAD, ceux-ci ont toujours exercé simultanément des fonctions de production et de conservation.

Les premiers opérateurs de la SCA sont des caméramans issus des maisons privées. Leur travail sur le terrain est rigoureusement encadré : déplacement uniquement sur ordre de mission du ministère de la Guerre ou du Grand Quartier général, prise en charge sur le front par un officier d’état-major...

Photographes et caméramans travaillent toujours de concert : leurs images portent ainsi sur les mêmes thèmes. Le matériel utilisé est au départ celui des opérateurs dans le civil, puis des caméras sont louées. Chacun envoie ses négatifs à la maison de production à laquelle il est rattaché, qui est chargée du tirage et du développement des films. Les épreuves montées et dotées de commentaires sur des cartons sont présentées en commission de censure militaire.

L’interdiction par la censure porte avant tout sur des images qui pourraient nuire au moral de l’arrière et des troupes ou qui divulgueraient le secret des opérations. Un exemplaire de chaque film, même censuré, est remis aux archives du ministère de la Guerre avec les épreuves de tournage. Enfin, le bureau parisien de la section se charge de l’inventaire et de l’archivage des documents. Des copies de projection sont réalisées pour être diffusées dans les salles de cinéma françaises et étrangères.

À partir de 1917, un film d’actualités est composé toutes les semaines : sous le titre des "Annales de la Guerre", il présente cinq à six sujets militaires, politiques, internationaux ou artistiques. Chaque numéro des "Annales" est tiré à 25 exemplaires et envoyé dans les pays où des contrats d’exploitation ont été signés. Ces images sont destinées à rassurer les familles et à divertir les soldats. En effet, la SCA crée des structures de diffusion spécifiques : le "cinéma aux Poilus" en 1915 et en 1917 "le ciné cantonnements", dans près de 400 salles de projection. Les "tournées cinématographiques" permettent enfin de projeter ces images dans les zones rurales. Avec le théâtre aux armées, le cinéma des armées devient le mode de distraction favori des poilus.

930 films ont été réalisés par la section entre 1915 et juillet 1919(1). Les conditions de tournage des images, dans un contexte très encadré, avec la contrainte d’un matériel encombrant et lourd - l’opérateur transporte caméra, trépied et bobines en nitrate de cellulose - expliquent que la section filme surtout les à-côtés de la bataille : les transports de troupes ou d’artillerie, les blessés, les prisonniers, les cantonnements...

Pour compléter ces images, on réalise des mises en scènes. Les images tournées grâce à des caméras à manivelle sont en noir et blanc et muettes. L’action est mise en valeur par les cartons, les titres et les intertitres, ou certaines techniques de colorisation comme le teintage ou le virage.

En 1915 et 1916, les nombreux films courts réalisés constituent des petits sujets sur toutes les facettes de la guerre, et véhiculent un discours engagé et patriotique. À partir de 1917, le savoir-faire des opérateurs de la section et les exigences du public contribuent à l’évolution de la production vers un réalisme accru. Les cadavres apparaissent à l’écran, les premiers assauts sont filmés en juillet 1916 dans la Somme et sur la cote 304 à Verdun en juillet 1917.

Outre les "Annales de la guerre", le catalogue de la section s’enrichit de films documentaires et de longs-métrages "récapitulatifs"(2). Certains films sont enfin tournés à partir d’un scénario élaboré, avec des acteurs professionnels dirigés par un réalisateur chevronné(3).

Après l’armistice et avec la démobilisation, la raison d’être de la SPCA disparaît. La structure est dissoute par arrêté du 10 septembre 1919, les pellicules et les plaques photographiques sont remises au ministère de l’Instruction publique, les hommes sont démobilisés.

Pour en savoir plus sur les missions et les activités de l’ECPAD : www.ecpad.fr

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Notes

(1) L’inventaire des films encore conservés fait apparaître des lacunes très importantes : pour les années 1915 et 1916, environ 50 % de la production manque à l’appel, contre seulement 14 % pour 1917-1919.

(2) Le service de santé des armées est un cas particulier dans cette production : une centaine de films lui sont consacrés, avec pour objet l’activité du service ou encore des interventions chirurgicales enregistrées pour servir de films d’instruction.

(3) Dix ans avant "Belphégor", Henri Desfontaines réalise pour la SPCA "L’Alsace attendait" (1917), "La femme française pendant la guerre" (1918), "Les enfants de France pendant la guerre" (1918).

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Pour agrandir les images, cliquer sur les vignettes...


Près du fort de Douaumont, l’opérateur de la section photographique et cinématographique de l’armée. Meuse, 19 avril 1917. Photographe : Albert Samama-Chikli
Le cinéma des armées de l’Est. Serven (Alsace), 6 avril 1917. Photographe : Jacques Ride
L’opérateur de la SPCA filme des explosions sur le village d’Esnes. Esnes (Meuse), 26 octobre 1917. Photographe : Jacques Ridel
Des opérateurs de la section cinématographique de l’armée filment les débris du Zeppelin deux heures après sa chute. Compiègne, avenue Gambetta, 17 mars 1917. Photographe : Maurice Boulay
Un opérateur de la Section cinématographique de l’armée au travail. Feuillières (Somme), 21 octobre 1916. Photographe : Jacques Ridel

 
Sources : ECPAD
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